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Chapitre 7 : Le masque tombe

Author: Morgane CTS
last update publish date: 2026-02-08 13:13:10

Le silence du bureau de Julien était d'ordinaire feutré, presque apaisant. Mais à cet instant, il semblait lourd, chargé d'une électricité qui me faisait dresser les poils sur les bras. La porte s'ouvrit brusquement, rompant le calme précaire de la pièce. Julien apparut. Il s'arrêta net sur le seuil, la silhouette découpée par la lumière crue du couloir. Il tenait sa veste de costume d'une main négligente, sa cravate était desserrée, révélant le premier bouton ouvert de sa chemise blanche. C'était l'image même de l'homme d'affaires puissant en fin de journée, mais son regard n'avait rien de fatigué.

Ses yeux passèrent de mes clés jetées au sol au dossier qui brûlait encore sous mes doigts tremblants. L'espace d'une seconde, je vis une faille dans son masque d'onyx. Était-ce de la surprise ? De l'agacement ? Ou peut-être la reconnaissance d'un prédateur pris en flagrant délit ? Puis, presque instantanément, ses traits se figèrent. Ses yeux devinrent deux blocs de glace, impénétrables et mortels.

— Je croyais avoir été clair concernant cette pièce, Victoria, articula-t-il d'une voix dont la froideur m'aurait fait fuir quelques semaines plus tôt.

Mais la colère en moi était plus forte que la peur.

— Et vous aviez été clair concernant ma boutique, aussi ? répliquai-je. Ma voix tremblait, oui, mais je la portai haute, refusant de baisser les yeux. "Un joyau au centre du projet", c’est ce que vous avez dit, non ? Vous l'avez répété devant Madame Morel, vous l'avez juré devant moi avec ce ton si convaincant !

Je frappai le dossier du plat de la main, le bruit du papier contre le bois résonnant comme un coup de feu dans l'espace clos.

— Je viens de voir vos plans pour la "Phase 2", Julien. La démolition ? Vraiment ? Vous comptiez me laisser jouer la petite fiancée parfaite, sourire aux photographes et porter vos bijoux jusqu’à ce que les pelleteuses arrivent devant ma porte ? Jusqu'à ce que mon héritage soit réduit en poussière sous vos pieds ?

Il entra dans la pièce et, d'un geste lent et délibéré, referma la porte derrière lui. Le clic sec de la serrure sonna comme un couperet, nous enfermant dans un huis clos étouffant. Il ne s'excusa pas. Il ne chercha même pas à nier ou à inventer une excuse de dernière minute. Il contourna son bureau de verre et de cuir, s'asseyant dans son fauteuil monumental. Il me dominait de toute sa stature, de toute son arrogance.

— Ce sont des plans de travail, Victoria, dit-il en croisant les mains. Dans mon monde, on envisage toutes les options, même les plus radicales. C’est ainsi qu’on bâtit des empires.

— Ne jouez pas avec les mots ! Votre note manuscrite est très précise. "Ne rien dire à V." Vous vous êtes servi de moi, Julien ! Vous m'avez utilisée comme un pion pour calmer les commerçants du quartier et obtenir ce permis de construire que la mairie vous refusait !

Julien posa ses mains à plat sur la table et se pencha vers moi. L'ombre de son corps sembla grandir, envahissant mon espace vital. Sa voix tomba d'un octave, devenant un murmure menaçant qui me fit frissonner.

— Et vous ? Vous ne vous servez pas de moi ? Soyons honnêtes, Victoria. J’ai racheté vos dettes en une heure, effaçant d'un trait de plume des années de mauvaise gestion. J’ai écarté votre ex-associé qui vous harcelait et qui menaçait de vous ruiner. Depuis que vous êtes ici, vous dormez dans des draps de soie qui coûtent le prix de votre chiffre d’affaires mensuel. Nous avons un contrat, Victoria. Un pacte. Je n'ai jamais promis d'être un saint, ni un sauveur désintéressé. J'ai promis de vous aider si vous m'aidiez à sécuriser ce projet.

— En mentant sur l'avenir de ma vie ! hurlai-je, les larmes aux yeux. Vous êtes exactement ce que Stan disait : un requin qui n'a aucune parole, un monstre de sang-froid caché sous un costume sur mesure.

Il se leva brusquement, la chaise roulant violemment en arrière. Il contourna le bureau en deux enjambées et s'arrêta à quelques centimètres de moi. La tension était telle que j'avais l'impression que l'air autour de nous allait s'enflammer. Je pouvais sentir son parfum, un mélange de cuir et de luxe, et la chaleur qui émanait de lui.

— La différence entre Stan et moi, Victoria, c'est que moi, je gagne toujours. Et je ne laisse personne se mettre en travers de mon chemin.

Il plongea ses yeux dans les miens, un défi brutal, une promesse de destruction.

— Si vous sortez d'ici maintenant pour me dénoncer, vous perdez tout. La banque reprendra votre boutique demain à la première heure, et je m'assurerai personnellement que vous ne retrouviez jamais un local, pas même un mètre carré de trottoir, dans cette ville. Vous finirez avec rien, à part vos yeux pour pleurer vos rêves brisés.

Il marqua une pause, laissant ses menaces s'infuser dans mon esprit.

— Alors, qu'est-ce que ce sera ? Vous ravalez votre fierté, vous continuez à jouer votre rôle de future Madame Castille et on discute de la Phase 2 quand le moment sera venu... ou vous retournez à la rue dès ce soir, sous la pluie, avec vos clés inutiles pour seule fortune ?

Je le fixai, le cœur battant à tout rompre, réalisant que le loup ne s'était jamais caché. Il m'avait simplement invitée à dîner avant de me dévorer.

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