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Les désirs impurs de Prunelle
Les désirs impurs de Prunelle
작가: Songey

Chapitre 1: La femme du masque

작가: Songey
last update 게시일: 2026-07-30 14:55:01

Le cristal des flûtes tintait sous les ors du George V, et Prunelle Delacroix avançait dans la salle comme une lame dans du velours. Chaque pas, chaque inclination de tête répondait à un code qu’elle avait passé quinze ans à perfectionner. Ce soir, elle n’était pas une femme : elle était la PDG de Delacroix Industries, le visage d’un empire coté en bourse, la glace souveraine qui faisait plier les conseils d’administration et saliver les chroniqueurs économiques.

— Encore un triomphe, ma chérie.

Son époux, Yassir, posa une main légère sur sa nuque. Un geste de propriétaire, élégant, calibré pour les photographes. Elle lui offrit un sourire qui s’arrêtait exactement là où il fallait, à la commissure des lèvres, sans jamais atteindre les yeux. Lui aussi savait jouer. Il était son allié, son partenaire stratégique, l’homme qui avait apporté à l’empire les connexions moyen-orientales qui lui manquaient. Leur mariage était une fusion d’intérêts avant d’être une union.

— Le ministre nous attend, reprit Yassir en l’entraînant vers un petit groupe où le pouvoir se tenait en grappe.

Prunelle hocha la tête, le verbe rare, le regard aiguisé. Elle connaissait ses dossiers mieux que quiconque, et quand elle parla chiffres, prévisions, parts de marché, les hommes qui l’entouraient oublièrent presque qu’elle était une femme. C’était ainsi qu’elle aimait les réduire : au silence de l’admiration ou de l’impuissance.

Le dîner s’étira dans une chorégraphie huilée. À minuit, elle avait engrangé deux promesses d’investissement et l’intérêt discret d’un fonds souverain. Yassir la complimenta dans la voiture, vitres fumées, mains sages sur le cuir. Il était satisfait. Elle aussi, en apparence.

Dans le penthouse qui dominait la Seine, la façade se lézarda. Yassir vint à elle avec la même politesse qu’en public. Il l’embrassa dans le cou, gestes mécaniques, et elle se laissa faire comme on se prête à une obligation. Leurs corps se connaissaient depuis trop longtemps pour se désirer encore. Il prit son plaisir, elle attendit. Quand il roula sur le côté, le souffle déjà lourd de sommeil, Prunelle fixa le plafond et sentit ce vide glacé, familier, qui s’élargissait dans sa poitrine.

Elle attendit que la respiration de Yassir devienne régulière, puis se glissa hors du lit. Pieds nus sur le marbre chauffant, elle traversa le dressing, le bureau, jusqu’à un petit boudoir dont elle seule possédait la clé. Là, dans une boîte en laque de Chine, dormait un carnet de cuir noir, vierge de toute mention comptable. Son journal. Le seul témoin de ses failles.

Elle s’assit, dévissa le capuchon d’un stylo plume, et commença à écrire. Elle parla du dîner, du ministre, du vide dans la chambre conjugale, et surtout de cette chose inavouable qui grandissait en elle : un désir de ne plus contrôler. De ne plus être celle qui tient les rênes. D’être poussée, soumise, brisée même, pourvu que ce soit par une main plus forte que la sienne. Elle écrivit ces mots avec la précision glacée qu’elle mettait dans ses contrats, comme si le simple fait de les formuler pouvait exorciser le besoin.

Sa plume suspendit un instant au-dessus du papier. Puis, lentement, elle traça la phrase qui résumait tout :

« J’aimerais qu’on me brise. »

Elle referma le carnet, le cœur curieusement léger. Prunelle Delacroix ignorait que ce vœu, jeté dans le silence de la nuit, venait d’être entendu. Quelque part dans Paris, un homme au costume bon marché et au regard d’orage achevait de ficeler un dossier à son nom. Un homme qui n’attendait qu’une brèche pour s’y engouffrer. Et la brèche, elle venait de l’ouvrir.

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