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Chapitre 4: Sélection des candidats

Penulis: Songey
last update Tanggal publikasi: 2026-07-30 14:57:13

Trois jours plus tard, Sandrine Verhaeghen déposa sur le bureau de Prunelle une chemise cartonnée contenant douze curriculum vitae. La DRH avait le teint pâle de ceux qui s'apprêtent à annoncer une mauvaise nouvelle. Elle connaissait assez sa patronne pour anticiper sa réaction.

— Voici la première sélection, Madame. J'ai appliqué vos critères à la lettre.

Prunelle ouvrit la chemise sans un mot. Ses yeux parcoururent les premières pages à une vitesse qui trahissait des années de pratique. Moins de quarante ans, expérience internationale, audace. Elle avait été claire. Très claire.

Le premier candidat était un énarque de trente-quatre ans, passé par deux cabinets ministériels. Son CV ressemblait à un exercice de calligraphie administrative : impeccable et parfaitement creux. Prunelle le reposa après trois secondes. Le deuxième avait dirigé une filiale à Shanghai, ce qui aurait pu être intéressant, mais sa lettre de motivation était si prudente qu'elle en devenait illisible. Le troisième accumulait les diplômes comme d'autres les timbres, sans que rien ne laisse deviner une personnalité derrière le papier glacé.

Elle releva la tête. Sandrine soutint son regard avec le courage des condamnés.

— C'est une plaisanterie ? demanda Prunelle d'une voix trop calme.

— Madame, j'ai contacté nos chasseurs de têtes habituels. Ils ont proposé ces profils. Ce sont les meilleurs disponibles sur le marché en ce moment.

— Les meilleurs ? répéta Prunelle en laissant tomber la chemise sur le bureau. Ce sont des clones, Sandrine. Des profils lisses, formatés, sans une once d'originalité. Je vous ai demandé de l'audace. Où est-elle ?

La DRH ouvrit la bouche, la referma. Prunelle se leva, contourna le bureau et se planta devant la baie vitrée. Elle sentait monter en elle une irritation qu'elle ne parvenait pas à contenir. Ce n'était pas seulement la médiocrité des candidats. C'était plus profond. C'était la sensation que le monde entier cherchait à la protéger du danger qu'elle appelait de ses vœux.

— Recommencez, dit-elle sans se retourner. Élargissez la recherche. PME, start-up, secteurs non cotés. Je veux des profils atypiques, des gens qui ont mordu dans la vie avant de la coucher sur un CV. Et prévenez-moi dès que vous aurez quelque chose.

— Bien, Madame.

Sandrine rassembla les dossiers et quitta la pièce avec un soulagement à peine dissimulé. Prunelle resta seule, le front contre la vitre froide. Elle se demanda fugitivement si elle n'était pas en train de perdre la raison. Congédier un secrétaire de vingt ans, exiger un successeur qui la bouscule, rejeter les meilleurs profils du marché : tout cela ressemblait à un sabotage en règle. Et peut-être en était-ce un.

Les jours suivants furent interminables. Prunelle gérait l'empire avec sa rigueur habituelle, mais une partie d'elle restait en alerte, guettant le signal. Elle dormait mal. Les nuits étaient peuplées de rêves confus où des silhouettes sans visage la poussaient dans des escaliers sans fin. Elle se réveillait en sueur, le cœur battant, et mettait de longues minutes à se rappeler qui elle était.

Une semaine plus tard, un jeudi matin, Sandrine réapparut avec une nouvelle pile de dossiers. Elle avait les traits tirés, mais une lueur différente dans le regard. Celle de la satisfaction professionnelle.

— J'ai suivi vos instructions, Madame. J'ai ratissé plus large. Beaucoup plus large. J'ai une short-list de cinq profils. Ils sont... inhabituels.

Prunelle prit la chemise et la feuilleta lentement. Le premier candidat avait trente-deux ans, un doctorat en neurosciences et une reconversion dans le conseil en stratégie. Surprenant. Le deuxième était une femme de trente-huit ans qui avait monté puis revendu trois entreprises en Afrique de l'Ouest. Intéressant. Le troisième avait passé cinq ans dans les forces spéciales avant de reprendre des études de commerce. Inattendu.

Elle tourna la page suivante et son regard s'arrêta net.

Le quatrième dossier était plus mince que les autres. Une simple feuille, un CV concis, presque austère. Le candidat s'appelait Gérald Veyrac. Trente ans. Un parcours sans éclat apparent : études de gestion à Lyon, un poste d'assistant de direction à Marseille, puis une expérience de trois ans dans une holding familiale du côté de Bordeaux. Rien qui justifie une sélection pour un poste de cette envergure.

Et pourtant.

Prunelle relut le nom. Gérald Veyrac. Quelque chose dans la brièveté du document, dans sa sécheresse même, éveillait une curiosité qu'elle ne s'expliquait pas. Il n'y avait aucune photo. Aucune lettre de motivation ampoulée. Juste des dates, des postes, des compétences énumérées avec une sobriété chirurgicale.

— Pourquoi celui-ci ? demanda-t-elle sans lever les yeux. Son profil ne correspond pas aux critères.

Sandrine hésita.

— Il ne correspond pas sur le papier, Madame. Mais j'ai reçu un appel du chasseur de têtes hier soir. Il m'a dit que ce candidat l'avait contacté directement, sans passer par l'annonce. Qu'il avait insisté pour être présenté. Et qu'il avait une façon de parler... inhabituelle.

— Inhabituelle comment ?

— Le chasseur n'a pas su me l'expliquer. Il m'a juste dit : « Recevez-le. Vous comprendrez. »

Prunelle reposa le CV sur le bureau et fixa longuement le nom inscrit en haut de la page. Gérald Veyrac. Deux mots sans relief. Et pourtant, son pouls s'était accéléré. Elle ne savait pas pourquoi. Elle ne savait pas encore que ce nom allait la consumer, la détruire et la reconstruire. Elle ne savait pas que derrière ces deux mots se cachait un homme qui avait patiemment tissé sa toile pendant des années. Elle ne savait rien.

Mais son doigt s'arrêta sur le nom. Et elle sentit, sans pouvoir l'expliquer, le vertige familier de ceux qui regardent par-dessus une falaise.

— Convoquez-le, dit-elle dans un souffle. Lui et les quatre autres. J'assisterai aux entretiens finaux.

Sandrine nota l'instruction et se retira. Prunelle resta immobile, les yeux rivés sur le CV. Elle relut la dernière ligne, une énumération de compétences banales : maîtrise des outils bureautiques, anglais courant, discrétion professionnelle. Discrétion. Le mot lui parut soudain chargé d'une ironie qu'elle ne pouvait pas encore déchiffrer.

Elle referma le dossier et le glissa dans son tiroir personnel. Un geste anodin. Un geste qui scellait, sans qu'elle le sache, le début de la fin.

Dehors, le ciel de mars s'était chargé de nuages lourds. L'orage approchait. Et avec lui, un homme au costume bon marché et au regard d'orage. Un homme qui n'attendait qu'une invitation pour entrer. L'invitation venait d'être envoyée.

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