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Chapitre 9: Premier jour

作者: Songey
last update publish date: 2026-08-14 14:19:19

Chapitre 9 : Premier jour

Le lendemain matin, Gérald Veyrac franchit les portes de la tour Delacroix à 7 h 58, ponctuel à la minute près. Il portait un costume légèrement mieux coupé que la veille, gris anthracite, mais la qualité du tissu restait modeste. Cette sobriété contrastait avec l’assurance magnétique qui émanait de lui. Les regards des quelques employés présents à cette heure glissèrent sur sa silhouette, puis revinrent, comme aimantés.

Prunelle l’observait depuis la mezzanine, à travers la baie vitrée de son bureau. Elle avait peu dormi. Les pensées s’étaient bousculées dans sa tête, entre excitation et inquiétude. Mais au matin, la reine de glace avait repris les commandes. Elle se tenait droite, les bras croisés, le regard froid. Elle ne laisserait plus cet homme la déstabiliser.

Sandrine accueillit Gérald dans le hall et le guida vers l’ascenseur privé. Il la remercia d’une voix calme, sans excès de politesse. Dans la cabine, Sandrine lui remit son badge et un épais dossier de procédures internes. Il les prit sans les ouvrir, son attention tout entière tournée vers les étages qui défilaient.

— Madame Delacroix vous attend dans son bureau, annonça Sandrine en le précédant dans le couloir du dernier étage.

— Elle n’a pas l’habitude d’attendre, répondit Gérald avec un sourire en coin.

Sandrine ne releva pas. Elle frappa à la porte, puis l’ouvrit, annonçant :

— Monsieur Veyrac, Madame.

Prunelle était assise derrière son bureau, un dossier ouvert devant elle. Elle leva les yeux avec une lenteur calculée. Leurs regards se croisèrent. L’air se chargea à nouveau de cette électricité étrange, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

— Monsieur Veyrac, dit-elle d’une voix posée. Soyez le bienvenu.

— Madame la Présidente, répondit-il en inclinant légèrement la tête, sans la quitter des yeux.

Il entra, laissant Sandrine refermer la porte derrière lui. Le bruit du battant résonna comme un couperet. Prunelle lui indiqua un fauteuil face à son bureau. Il s’assit avec cette même souplesse animale qui l’avait frappée la veille.

— Votre contrat a été signé hier soir, annonça-t-elle en poussant une chemise vers lui. Vous en trouverez les termes. J’attends de vous une discrétion absolue et une loyauté sans faille.

— Vous les aurez, Madame.

Il n’avait pas regardé le contrat. Il la regardait, elle, avec une intensité qui la fit se crisper. Elle soutint son regard, refusant de céder au trouble qui montait.

— Vous commencerez par vous familiariser avec l’équipe et les dossiers en cours. Sandrine vous remettra les accès. Je vous verrai à 11 heures pour un premier point.

— Très bien.

Il se leva, mais au lieu de sortir, il fit un pas vers la baie vitrée, les mains derrière le dos. Prunelle le suivit des yeux, méfiante.

— La vue est impressionnante, dit-il sans se retourner. On se sent au-dessus de tout. Au-dessus des autres.

— C’est le but, répondit-elle sèchement.

Il se tourna vers elle, un sourire léger aux lèvres.

— Mais parfois, la hauteur donne le vertige.

Prunelle plissa les yeux. Ce n’était pas une remarque innocente. C’était une flèche. Il lui signifiait qu’il voyait à travers la forteresse, qu’il percevait le vide qu’elle-même ressentait face au gouffre de sa vie.

— Le vertige est pour ceux qui doutent, monsieur Veyrac. Je ne doute pas.

— Alors nous allons bien nous entendre.

Il se dirigea vers la porte, puis s’arrêta, la main sur la poignée.

— J’ai hâte de découvrir l’organigramme. Pour savoir qui est qui, qui détient le pouvoir, qui le subit.

Prunelle ne répondit pas. La porte se referma derrière lui. Elle demeura assise, le cœur battant, les mains crispées sur l’accoudoir.

Une heure plus tard, elle quitta son bureau pour se rendre à la salle de réunion. En passant devant l’open space, elle aperçut Gérald debout devant le grand panneau de l’organigramme, qui occupait tout un pan de mur. Il était immobile, les bras croisés, le regard fixé sur les noms et les lignes hiérarchiques avec une attention si aiguë qu’il n’entendit pas ses pas.

Prunelle s’arrêta. Quelque chose dans sa posture la glaça. Ce n’était pas l’attitude d’un nouvel employé curieux de comprendre l’organisation. C’était l’examen méthodique d’un chasseur face à une carte de territoire. Ses yeux allaient d’un nom à l’autre, s’arrêtaient sur certaines intersections, remontaient les lignes de pouvoir, redescendaient. Il mémorisait. Il analysait. Il prévoyait.

Elle s’approcha, silencieuse. Il tourna la tête à la dernière seconde, et leurs regards se heurtèrent. Une lueur sombre traversa ses prunelles, si brève qu’elle aurait pu croire l’avoir imaginée. Mais elle l’avait vue. Et elle comprit.

Ce regard. Il n’étudiait pas l’organigramme. Il cartographiait une proie.

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