Home / Romance / Les désirs impurs de Prunelle / Chapitre 8: L'embauche irrationnelle

Share

Chapitre 8: L'embauche irrationnelle

Author: Songey
last update publish date: 2026-08-14 14:17:48

Chapitre 8 : L’embauche irrationnelle

La porte se referma sur Gérald Veyrac, mais son empreinte demeurait dans la pièce. Prunelle resta plusieurs secondes immobile, le regard fixé sur le battant en bois sombre, comme si l’air lui-même gardait la trace de son passage. Son cœur battait trop vite, cognant contre ses côtes avec une violence inaccoutumée. Elle porta une main à sa gorge, là où le col de son tailleur lui parut soudain trop serré.

Ce n’était rien. Un entretien. Des mots. Un frôlement de doigts. Rien qui puisse ébranler une femme de sa trempe. Pourtant, chaque terminaison nerveuse de son corps hurlait le contraire. La chaleur s’attardait sur le dos de sa main, à l’endroit exact où la peau de Gérald avait effleuré la sienne. Elle aurait pu encore en dessiner le tracé, minuscule brûlure invisible.

Sandrine Verhaeghen apparut dans l’encadrement de la porte, son dossier serré contre sa poitrine. Elle arborait cette expression de prudence qu’elle réservait aux situations délicates.

— L’entretien s’est bien passé, Madame ?

Prunelle se tourna vers la baie vitrée, offrant son profil à la lumière déclinante. Elle ne voulait pas que Sandrine vît l’éclat fébrile de ses prunelles.

— Rappelez-moi son parcours, dit-elle d’une voix qu’elle s’efforça de rendre neutre.

— Gérald Veyrac, trente ans, études de gestion à Lyon, une expérience d’assistant de direction à Marseille, puis trois ans dans une holding familiale bordelaise. Il a insisté pour être présenté, selon le chasseur de têtes.

— Oui. Je me souviens.

Prunelle fit quelques pas vers son bureau, le dos toujours tourné. Elle sentait le regard de Sandrine peser sur ses épaules, chargé d’une interrogation muette. La directrice des ressources humaines était une femme compétente, capable de lire entre les lignes, et ce silence pesait comme un aveu.

— Les autres candidats ? reprit Prunelle.

— Ils ont été reçus. Aucun ne m’a semblé correspondre à vos exigences. Monsieur Veyrac était le dernier.

Un long silence s’installa. Prunelle savait ce qu’elle s’apprêtait à faire. Une décision irrationnelle, motivée par tout sauf par la raison. Elle, la stratège, la femme qui ne signait jamais un contrat sans l’avoir disséqué, elle allait engager un homme au CV modeste, au costume mal coupé, et dont le regard lui avait fait baisser les yeux. Elle allait ouvrir une porte qu’elle pressentait dangereuse. Et elle le faisait précisément pour cela.

Elle se retourna, le visage lisse, les épaules droites.

— Préparez le contrat de monsieur Veyrac, Sandrine. Je veux qu’il soit signé ce soir.

La stupéfaction figea les traits de Sandrine.

— Ce soir, Madame ? Mais… nous n’avons pas encore vérifié ses références. Son parcours ne correspond pas aux critères que vous aviez définis. Il n’a aucune expérience à ce niveau de responsabilité.

— Il a quelque chose de plus précieux que l’expérience. Il a de l’audace. Et c’est exactement ce que je vous avais demandé.

Sandrine ouvrit la bouche, la referma. Elle pesait ses mots, partagée entre sa loyauté et son devoir de mise en garde.

— Madame, avec tout le respect que je vous dois, je me dois de vous signaler que ce profil présente des zones d’ombre. Il a refusé de communiquer certaines références. Et sa candidature spontanée est… inhabituelle.

— Les esprits originaux dérangent toujours, Sandrine. C’est pour cette raison que je le choisis.

Prunelle s’assit derrière son bureau, ouvrit un sous-main en cuir et saisit son stylo plume. Le geste était solennel, presque théâtral. Elle le savait. Elle en jouait, comme on se jette dans le vide pour ne plus reculer.

— Faites-le venir demain matin à la première heure. D’ici là, préparez tous les documents.

Sandrine hocha la tête, raide. Son regard trahissait une inquiétude qu’elle n’osait formuler. Elle se retira sans un mot de plus, laissant Prunelle seule avec sa décision.

Le silence retomba, étouffant. Prunelle fixa le contrat qu’elle venait d’exiger, encore vierge de toute signature. Les mots de Gérald tournaient dans son crâne : « Pourquoi avez-vous peur ? » Cette question l’avait transpercée, non parce qu’elle était injuste, mais parce qu’elle était vraie. Depuis des années, Prunelle Delacroix avançait dans la vie comme dans une forteresse, verrouillée de l’intérieur. Elle ne laissait personne entrer, de peur que l’on vît les fissures. Et voilà qu’un inconnu en costume bon marché les avait repérées en quelques minutes, avec une précision de prédateur.

Elle dévissa le capuchon de son stylo. L’encre bleu nuit perla au bout de la plume. Elle approcha la main du document, le souffle court. Ce n’était pas un simple recrutement. C’était un saut dans l’inconnu, une rupture dans la mécanique parfaite de son existence. Elle le savait confusément, et cette conscience, loin de la freiner, l’excitait.

Sa main trembla imperceptiblement lorsqu’elle traça sa signature au bas du contrat. Le papier épais absorba l’encre avec un bruit feutré. Elle reposa le stylo, les doigts encore crispés sur le corps laqué.

Alors, dans le silence du bureau, une pensée glacée s’imposa, limpide : venait-elle d’engager un assistant… ou d’ouvrir la porte à son propre prédateur ?

Elle n’eut pas le temps de répondre. Son téléphone vibra. Un SMS d’un numéro inconnu. Un seul mot : « Merci. » Suivi d’une signature : « G.V. »

Prunelle fixa l’écran, le cœur suspendu. Il avait déjà son numéro. Il savait qu’elle signerait. Et il la remerciait avant même que l’encre ne fût sèche.

Le piège, s’il en était un, venait de se refermer. Et elle en tenait encore la clé, serrée dans sa main.

Songey

Le genre d'homme qui domine, rien que par sa présence : la préférence de la plupart des femmes.

| Like
Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Les désirs impurs de Prunelle    CHAPITRE 50: La décision contre-attaque

    Chapitre 50 : La décision de contre-attaqueLe jour se levait à peine, gris et froid, quand Prunelle composa le numéro de Yassir. Elle était assise dans son bureau, les stores encore baissés, le visage défait par la nuit blanche, mais les yeux secs. La crise de la veille avait laissé place à une détermination glacée, celle des survivants. Elle ne pleurerait plus. Elle ne supplierait plus. Elle allait se battre.— C’est moi, dit-elle lorsque Yassir décrocha, la voix enrouée par le manque de sommeil.— Je t’écoute.— J’ai réfléchi. Tu avais raison. Sur tout.Un silence. Puis la voix de Yassir, prudente :— Qu’est-ce que tu proposes ?— Je veux te voir. Avant l’ouverture des bureaux. Dans mon bureau.— J’arrive.Elle raccrocha, fixa le téléphone un instant, puis se leva pour se passer un peu d’eau sur le visage. Elle se regarda dans le miroir de la salle d’eau, et pour la première fois depuis des semaines, elle ne détourna pas les yeux. La femme qui la fixait était brisée, mais debout.Q

  • Les désirs impurs de Prunelle    Chapitre 49: Le cri muet

    Chapitre 49 : Le cri muetLe penthouse était vide, silencieux comme une tombe. Yassir était reparti, après lui avoir laissé les photos, après lui avoir dit qu'il ne pouvait rien faire si elle continuait à mentir. Il avait claqué la porte, et le bruit s'était répercuté dans les pièces immenses, comme un couperet. Prunelle était restée assise sur le canapé, les photographies éparpillées autour d'elle, les yeux secs, le corps en état de choc.Elle attendit. Elle ne savait pas quoi. Peut-être un message de Gérald, un appel, un signe. Mais le téléphone resta muet. Elle regarda l'écran, espérant malgré elle, puis le reposa, écœurée. Elle n'était même pas capable de savoir si elle voulait qu'il appelle ou qu'il disparaisse.Elle se leva, traversa le salon, monta l'escalier de marbre. Chaque pas résonnait, lourd, comme si elle traînait des chaînes. Dans la chambre, elle s'arrêta devant le grand miroir en pied, celui qui reflétait autrefois la reine de glace, sûre d'elle, invincible. Elle leva

  • Les désirs impurs de Prunelle    Chapitre 48: Le passé de Gérald

    Chapitre 48 : Le passé de GéraldVingt ans plus tôt, dans une petite ville de la banlieue lyonnaise, Gérald n’était encore que Tristan Moreau. Un garçon mince, trop sensible, qui écrivait des poèmes dans des cahiers à spirale et croyait que l’amour pouvait tout sauver. Il avait les cheveux en bataille, un sourire désarmant, et une fiancée du nom d’Élise.Élise était douce. Elle travaillait comme comptable dans une filiale logistique de Delacroix Industries, une tour grise où les salariés n’étaient que des numéros. Elle rentrait le soir, épuisée mais confiante, racontait à Tristan ses journées, les chiffres qu’elle alignait, les humiliations qu’elle subissait. Il l’écoutait, la serrait contre lui, lui promettait un avenir meilleur. Ils rêvaient d’un petit appartement, d’un enfant, d’une vie simple.Puis la filiale avait été restructurée. Un plan social, froidement exécuté. Des dizaines de licenciements, sans préavis, sans indemnités décentes. Élise avait reçu sa lettre un matin de nove

  • Les désirs impurs de Prunelle    CHAPITRE 47: La confrontation calculée

    Chapitre 47 : La confrontation calculéeLe penthouse baignait dans un silence de plomb lorsque Yassir entra dans le salon, l’enveloppe kraft serrée sous le bras. Prunelle était assise sur le canapé, les pieds repliés sous elle, un verre de vin à peine entamé posé sur la table basse. Elle n’avait pas allumé le grand lustre, préférant la lumière tamisée d’une lampe d’appoint. Dehors, la pluie avait cessé, laissant derrière elle une odeur de bitume mouillé qui montait jusqu’à la terrasse.Elle leva les yeux vers lui, le visage marqué par des jours d’insomnie. Il s’arrêta à quelques pas, le regard fixe, la mâchoire serrée. Elle comprit immédiatement que quelque chose était grave. Yassir n’avait pas cette expression depuis des années, depuis l’époque où ils négociaient des contrats hostiles, où chaque mot pouvait faire basculer un empire.— Assieds-toi, dit-il d’une voix sans timbre.— Pourquoi ? demanda-t-elle, méfiante.— Assieds-toi, Prunelle.Elle obéit lentement, le cœur battant. Yass

  • Les désirs impurs de Prunelle    Chapitre 46: L'alerte de minuit

    Chapitre 46 : L’alerte de minuitLa nuit était noire et muette, à peine troublée par le bourdonnement lointain de la ville. Yassir se tenait dans son bureau du penthouse, les stores baissés, une seule lampe allumée. Il n’avait pas rejoint la chambre conjugale. Il n’y avait plus sa place depuis longtemps, et il ne tenait pas à croiser le regard de Prunelle, ce regard fuyant qui le rendait fou.Le téléphone sécurisé vibra sur le buvard. Un message du détective. Trois mots : « J’arrive. Maintenant. »Yassir hocha la tête, le visage fermé. Il savait ce que cela signifiait. L’homme qu’il avait engagé n’appelait jamais pour des banalités. S’il se déplaçait à minuit, c’est qu’il tenait enfin une preuve.La porte de service s’ouvrit doucement, et le détective entra sans bruit. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, trapu, le cheveu ras, les yeux gris comme la pluie. Il portait un blouson sombre et tenait une enveloppe kraft sous le bras. Yassir lui désigna un fauteuil, mais il resta de

  • Les désirs impurs de Prunelle    Chapitre 45: La clé USB

    Chapitre 45 : La clé USBL’appartement du vingtième arrondissement était silencieux, volets clos, lumière crue de la lampe de bureau découpant un cercle blanc sur la table. Gérald était assis, le dos droit, une cigarette se consumant dans un cendrier débordant. Devant lui, un ordinateur portable ouvert, un câble reliant l’appareil à une clé USB noire posée sur un mouchoir. Il travaillait depuis des heures, le visage concentré, les doigts volant sur le clavier.Il avait commencé par trier les photographies. Des dizaines, prises à différents moments, sous différents angles. Certaines volées à son insu dans les bureaux de la tour, d’autres extraites de la vidéosurveillance qu’il avait piratée, d’autres encore prises par lui-même lors de leurs nuits clandestines. Il les passa en revue, froidement, comme un greffier de l’enfer. Le visage de Prunelle y apparaissait sous toutes ses facettes : la présidente au port altier, la femme troublée dans le miroir des toilettes, l’amante offerte contr

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status