เข้าสู่ระบบChapitre 8 : L’embauche irrationnelle
La porte se referma sur Gérald Veyrac, mais son empreinte demeurait dans la pièce. Prunelle resta plusieurs secondes immobile, le regard fixé sur le battant en bois sombre, comme si l’air lui-même gardait la trace de son passage. Son cœur battait trop vite, cognant contre ses côtes avec une violence inaccoutumée. Elle porta une main à sa gorge, là où le col de son tailleur lui parut soudain trop serré.
Ce n’était rien. Un entretien. Des mots. Un frôlement de doigts. Rien qui puisse ébranler une femme de sa trempe. Pourtant, chaque terminaison nerveuse de son corps hurlait le contraire. La chaleur s’attardait sur le dos de sa main, à l’endroit exact où la peau de Gérald avait effleuré la sienne. Elle aurait pu encore en dessiner le tracé, minuscule brûlure invisible.
Sandrine Verhaeghen apparut dans l’encadrement de la porte, son dossier serré contre sa poitrine. Elle arborait cette expression de prudence qu’elle réservait aux situations délicates.
— L’entretien s’est bien passé, Madame ?
Prunelle se tourna vers la baie vitrée, offrant son profil à la lumière déclinante. Elle ne voulait pas que Sandrine vît l’éclat fébrile de ses prunelles.
— Rappelez-moi son parcours, dit-elle d’une voix qu’elle s’efforça de rendre neutre.
— Gérald Veyrac, trente ans, études de gestion à Lyon, une expérience d’assistant de direction à Marseille, puis trois ans dans une holding familiale bordelaise. Il a insisté pour être présenté, selon le chasseur de têtes.
— Oui. Je me souviens.
Prunelle fit quelques pas vers son bureau, le dos toujours tourné. Elle sentait le regard de Sandrine peser sur ses épaules, chargé d’une interrogation muette. La directrice des ressources humaines était une femme compétente, capable de lire entre les lignes, et ce silence pesait comme un aveu.
— Les autres candidats ? reprit Prunelle.
— Ils ont été reçus. Aucun ne m’a semblé correspondre à vos exigences. Monsieur Veyrac était le dernier.
Un long silence s’installa. Prunelle savait ce qu’elle s’apprêtait à faire. Une décision irrationnelle, motivée par tout sauf par la raison. Elle, la stratège, la femme qui ne signait jamais un contrat sans l’avoir disséqué, elle allait engager un homme au CV modeste, au costume mal coupé, et dont le regard lui avait fait baisser les yeux. Elle allait ouvrir une porte qu’elle pressentait dangereuse. Et elle le faisait précisément pour cela.
Elle se retourna, le visage lisse, les épaules droites.
— Préparez le contrat de monsieur Veyrac, Sandrine. Je veux qu’il soit signé ce soir.
La stupéfaction figea les traits de Sandrine.
— Ce soir, Madame ? Mais… nous n’avons pas encore vérifié ses références. Son parcours ne correspond pas aux critères que vous aviez définis. Il n’a aucune expérience à ce niveau de responsabilité.
— Il a quelque chose de plus précieux que l’expérience. Il a de l’audace. Et c’est exactement ce que je vous avais demandé.
Sandrine ouvrit la bouche, la referma. Elle pesait ses mots, partagée entre sa loyauté et son devoir de mise en garde.
— Madame, avec tout le respect que je vous dois, je me dois de vous signaler que ce profil présente des zones d’ombre. Il a refusé de communiquer certaines références. Et sa candidature spontanée est… inhabituelle.
— Les esprits originaux dérangent toujours, Sandrine. C’est pour cette raison que je le choisis.
Prunelle s’assit derrière son bureau, ouvrit un sous-main en cuir et saisit son stylo plume. Le geste était solennel, presque théâtral. Elle le savait. Elle en jouait, comme on se jette dans le vide pour ne plus reculer.
— Faites-le venir demain matin à la première heure. D’ici là, préparez tous les documents.
Sandrine hocha la tête, raide. Son regard trahissait une inquiétude qu’elle n’osait formuler. Elle se retira sans un mot de plus, laissant Prunelle seule avec sa décision.
Le silence retomba, étouffant. Prunelle fixa le contrat qu’elle venait d’exiger, encore vierge de toute signature. Les mots de Gérald tournaient dans son crâne : « Pourquoi avez-vous peur ? » Cette question l’avait transpercée, non parce qu’elle était injuste, mais parce qu’elle était vraie. Depuis des années, Prunelle Delacroix avançait dans la vie comme dans une forteresse, verrouillée de l’intérieur. Elle ne laissait personne entrer, de peur que l’on vît les fissures. Et voilà qu’un inconnu en costume bon marché les avait repérées en quelques minutes, avec une précision de prédateur.
Elle dévissa le capuchon de son stylo. L’encre bleu nuit perla au bout de la plume. Elle approcha la main du document, le souffle court. Ce n’était pas un simple recrutement. C’était un saut dans l’inconnu, une rupture dans la mécanique parfaite de son existence. Elle le savait confusément, et cette conscience, loin de la freiner, l’excitait.
Sa main trembla imperceptiblement lorsqu’elle traça sa signature au bas du contrat. Le papier épais absorba l’encre avec un bruit feutré. Elle reposa le stylo, les doigts encore crispés sur le corps laqué.
Alors, dans le silence du bureau, une pensée glacée s’imposa, limpide : venait-elle d’engager un assistant… ou d’ouvrir la porte à son propre prédateur ?
Elle n’eut pas le temps de répondre. Son téléphone vibra. Un SMS d’un numéro inconnu. Un seul mot : « Merci. » Suivi d’une signature : « G.V. »
Prunelle fixa l’écran, le cœur suspendu. Il avait déjà son numéro. Il savait qu’elle signerait. Et il la remerciait avant même que l’encre ne fût sèche.
Le piège, s’il en était un, venait de se refermer. Et elle en tenait encore la clé, serrée dans sa main.
Le genre d'homme qui domine, rien que par sa présence : la préférence de la plupart des femmes.
Chapitre 12 : La photo voléeLe jeudi matin, Gérald se présenta au bureau de Prunelle avec une requête inhabituelle. Il tenait à la main un appareil photo professionnel, prêté par le service communication, et un dossier de presse sous le bras.— Madame la Présidente, j’ai besoin d’un portrait récent pour le dossier de presse de la fusion. Le service communication insiste sur un cliché plus… accessible.Prunelle leva les yeux, méfiante. Depuis l’incident du café, elle évitait de se retrouver seule avec lui. Mais il était son secrétaire, et la demande paraissait légitime. Elle hocha la tête, à contrecœur.— Très bien. Faites vite.Gérald referma la porte derrière lui. Le déclic la fit tressaillir. Elle se leva, lissa sa veste, et s’approcha de la baie vitrée pour offrir un arrière-plan neutre. Il s’avança, l’appareil levé, et commença à cadrer.— Tournez légèrement la tête vers la gauche. Voilà. Ne souriez pas, ou à peine.Sa voix était basse, précise. Prunelle obéit, se sentant étrange
Chapitre 11 : Yassir en visiteLe début d’après-midi apporta un répit trompeur. Prunelle s’absorba dans une réunion interminable avec les responsables financiers, s’efforçant de chasser de son esprit la sensation de cette main sur sa nuque. Mais chaque fois qu’elle bougeait, un souvenir la traversait, vif et brûlant. Elle se surprit à serrer les dents, à répondre plus sèchement que nécessaire. Les chiffres défilaient sans qu’elle les comprenne vraiment.À 15 h 30, Sandrine annonça l’arrivée de Yassir. Prunelle se leva, soulagée de quitter cette salle étouffante, et se dirigea vers son bureau. Dans le couloir, elle croisa Gérald. Il s’effaça pour la laisser passer, mais son regard la suivit, lourd, insistant. Elle accéléra le pas.Yassir l’attendait dans le hall de l’étage, costume anthracite, profil d’aigle, le téléphone vissé à l’oreille. Il raccrocha en la voyant approcher, puis déposa un baiser sur sa joue, un geste mécanique, calculé pour les éventuels regards.— Je passais dans l
Chapitre 10 : Le café et la nuquePrunelle avait passé la matinée à repousser l’image de Gérald, mais chaque fois qu’elle levait les yeux de ses dossiers, il était là, dans l’open space, à quelques mètres, à l’affût. Il s’était installé à un bureau vitré, légèrement en retrait, d’où il pouvait voir à la fois l’entrée du couloir présidentiel et le va-et-vient des employés. Elle l’observait à la dérobée, derrière la paroi de verre teinté, incapable de se concentrer sur les colonnes de chiffres qui dansaient devant ses yeux.À 10 h 37, il se leva, prit un gobelet en carton et se dirigea vers la machine à café. Elle suivit son déplacement avec une attention qu’elle se reprochait déjà. Il ne semblait pas pressé, au contraire, il prit le temps de choisir la capsule, de remplir le gobelet, d’y ajouter un nuage de lait. Puis, au lieu de retourner à son bureau, il bifurqua vers le couloir. Vers son bureau à elle.Elle se redressa, feignit de lire un rapport. Ses oreilles bourdonnèrent. Elle n’
Chapitre 9 : Premier jourLe lendemain matin, Gérald Veyrac franchit les portes de la tour Delacroix à 7 h 58, ponctuel à la minute près. Il portait un costume légèrement mieux coupé que la veille, gris anthracite, mais la qualité du tissu restait modeste. Cette sobriété contrastait avec l’assurance magnétique qui émanait de lui. Les regards des quelques employés présents à cette heure glissèrent sur sa silhouette, puis revinrent, comme aimantés.Prunelle l’observait depuis la mezzanine, à travers la baie vitrée de son bureau. Elle avait peu dormi. Les pensées s’étaient bousculées dans sa tête, entre excitation et inquiétude. Mais au matin, la reine de glace avait repris les commandes. Elle se tenait droite, les bras croisés, le regard froid. Elle ne laisserait plus cet homme la déstabiliser.Sandrine accueillit Gérald dans le hall et le guida vers l’ascenseur privé. Il la remercia d’une voix calme, sans excès de politesse. Dans la cabine, Sandrine lui remit son badge et un épais doss
Chapitre 8 : L’embauche irrationnelleLa porte se referma sur Gérald Veyrac, mais son empreinte demeurait dans la pièce. Prunelle resta plusieurs secondes immobile, le regard fixé sur le battant en bois sombre, comme si l’air lui-même gardait la trace de son passage. Son cœur battait trop vite, cognant contre ses côtes avec une violence inaccoutumée. Elle porta une main à sa gorge, là où le col de son tailleur lui parut soudain trop serré.Ce n’était rien. Un entretien. Des mots. Un frôlement de doigts. Rien qui puisse ébranler une femme de sa trempe. Pourtant, chaque terminaison nerveuse de son corps hurlait le contraire. La chaleur s’attardait sur le dos de sa main, à l’endroit exact où la peau de Gérald avait effleuré la sienne. Elle aurait pu encore en dessiner le tracé, minuscule brûlure invisible.Sandrine Verhaeghen apparut dans l’encadrement de la porte, son dossier serré contre sa poitrine. Elle arborait cette expression de prudence qu’elle réservait aux situations délicates.
Le silence qui suivit la question de Gérald s'était chargé d'une électricité palpable. Prunelle demeurait immobile, le profil tourné vers la baie vitrée, les doigts crispés sur l'accoudoir en cuir. Elle n'osait plus affronter ces yeux noirs qui venaient de la transpercer. Pourquoi avez-vous peur ? La phrase tournait dans son crâne comme un insecte affolé.Alors, lentement, Gérald bougea.Il se pencha en avant, le buste incliné vers le bureau, et tendit la main vers le dossier qu'elle avait consulté. Son curriculum vitae, étalé près du sous-main. Le geste était anodin, naturel : un candidat qui récupère ses papiers en fin d'entretien. Mais tout, chez cet homme, semblait empreint d'une intention cachée. Le mouvement déploya son bras avec une lenteur calculée, et Prunelle, revenue à elle, voulut lui éviter cet effort. Elle avança la main pour lui tendre le document.Leurs doigts se frôlèrent.L'index de Gérald effleura le dos de sa main, juste à la jonction des phalanges. Un contact infi







