ANMELDENLa voiture roule longtemps, à travers des routes que je ne connais pas, des forêts, des villages endormis, des plaines blanches sous le ciel gris. Je ne parle pas. Le chauffeur, un homme silencieux engagé par Léonora, ne parle pas non plus. Je passe la main sur mes vêtements, sur la ceinture de Soren cachée sous mon chemisier, serrée contre ma peau , son cadeau, sa protection, son souvenir. Je sens le cuir sous mes doigts, et c'est comme s'il était là, comme s'ils étaient là tous les deux, leurs mains sur moi, leurs regards dans mon dos, leur amour qui me porte.Je ferme les yeux, et je laisse défiler les souvenirs. La première fois que j'ai vu Léonora, dans cette salle de réception du manoir, sa silhouette droite, son regard d'acier, sa voix qui commandait le silence. La première fois que j'ai vu Soren, au marché, avec Gabriel, son sourire franc, ses yeux bleus, sa main tendue. La première nuit, les premières caresses, les premières larmes. Tout cela me semble si loin, si
NoraLe matin est gris, la neige ne tombe plus, mais l'air est resté froid, piquant, comme suspendu. Je suis debout dans le hall du manoir, vêtue de mon manteau sombre, et je sens le poids de chaque seconde qui passe, de chaque battement de mon cœur. L'heure du départ est arrivée, et je n'ai jamais autant voulu rester, n'ai jamais autant su que je devais partir.Le hall est silencieux, immense, et mes pas résonnent sur le marbre comme des coups de tambour funèbre. Les murs sont couverts de portraits anciens, de tapisseries sombres, de miroirs qui me renvoient mon reflet, pâle, déterminé, terrifié. Je m'arrête au centre du hall, là où la lumière pâle du matin tombe des hautes fenêtres, et je me tourne vers eux.Léonora est devant moi, immobile, les bras le long du corps. Elle porte une robe noire, simple, et son visage est fermé, mais je connais chaque trait de ce visage, chaque pli de cette bouche qui ne tremble pas, chaque éclat de ces yeux qui
Il est encore alité, trop faible pour se lever, mais il est là, parmi nous, et c'est tout ce qui compte. Les jours passent, il reprend des forces, et nous veillons sur lui, Léonora et moi, comme deux gardiennes. Nous lui apportons à manger, nous lui lisons les rapports, nous lui racontons nos journées, et il nous écoute, les yeux brillants, le sourire aux lèvres. Un soir, alors que le feu crépite dans la cheminée et que la neige tombe doucement derrière les vitres, Léonora s'assied au bord du lit de Soren, et elle nous avoue tout. Sa voix est basse, chargée d'émotion, et elle raconte, sans détour, sans embellir. Sa formation par la Matriarche, ses vingt ans, ses illusions, ses espoirs. Elle pensait s'en être affranchie en fondant sa propre organisation. Elle avait tort. La Matriarche a laissé faire, a observé, puis a frappé — Elena, Gabriel, les taupes. Elle n'a jamais lâché prise. — Tu n'es plus seule contre elle, dis-je, en prenant sa main. Nous
Nora Le nom de la Matriarche refait surface, comme une ombre qui s'étend, comme un poison qui se répand. Léonora l'a murmuré devant le portrait d'Elena, je l'ai lu dans le dossier Arkady, et maintenant, il s'impose à nous, inévitable, terrifiant. Nous enquêtons, Léonora et moi, sur cette femme de l'ombre, cette ancienne mentor, cette marionnettiste qui tire les ficelles depuis l'ombre. Les jours se transforment en semaines, et les semaines en mois. Nous passons nos journées dans le bureau de Léonora, entourées de dossiers, de cartes, de rapports. Soren, encore convalescent, nous rejoint de plus en plus souvent, et nous travaillons ensemble, à trois, comme nous le faisons désormais pour tout. Les pièces du puzzle s'assemblent, lentement, et le portrait de la Matriarche se dessine, terrifiant. Elle est née dans l'Est, dans une région que la guerre a dévastée, et elle a grandi dans la violence, la privation, la survie. Elle a
De retour au manoir, nous montons voir Soren. Il dort toujours, paisible, et nous nous asseyons près de lui, silencieuses, épuisées, exaltées. Léonora pose une main sur son front, doucement, et je vois ses lèvres remuer, comme une prière muette. Puis elle se tourne vers moi, et je vois dans ses yeux une fatigue immense, mais aussi une satisfaction profonde, une paix retrouvée. — Nous avons gagné, murmure-t-elle. — Nous avons gagné une bataille, dis-je. Mais pas la guerre. — Je sais. Mais ce soir, je veux juste être avec toi. Nous nous retirons dans la chambre de Léonora, sans un mot, et nous fermons la porte derrière nous. La pièce est plongée dans la pénombre, éclairée par les braises du feu et par la lumière pâle de la lune derrière les rideaux. Léonora s'approche de moi, pose ses mains sur mes épaules, et me regarde longuement, ses yeux noirs brillant d'une intensité qui me fait frissonner. — Nous sommes i
Elle hoche la tête, les yeux fermés, les lèvres entrouvertes, et je la guide doucement vers le sol, vers le tapis épais qui recouvre le plancher, près du lit de Soren. Je m'allonge sur elle, mes mains sur ses seins, mes lèvres sur sa gorge, et je la goûte, je la caresse, je la dévore avec une tendresse infinie, une lenteur presque sacrée.Sa peau est douce, chaude, et je sens son cœur battre sous mes lèvres, rapide, désordonné. Mes mains glissent sur ses seins, sur son ventre, sur ses hanches, et elle se cambre sous moi, ses doigts s'enfoncent dans mes cheveux, m'attirent plus près, plus fort. Ses gémissements sont doux, étouffés, et je les bois, je les avale, je les garde en moi comme un trésor.— Nora, murmure-t-elle. Nora, je t'aime.— Je t'aime aussi, je réponds. Je t'aime, Léonora.Mes lèvres descendent sur sa poitrine, sur son ventre, sur ses cuisses, et je m'attarde sur chaque centimètre de peau, chaque courbe, chaque frisson. Elle se tord sous moi, ses mains agrippées au tapis







