LOGINAnya Rochester
L’école fut évacuée à la seconde même où quelqu’un composa le numéro des urgences.
Alors que tout le monde se ruait dehors, tremblant de terreur, je restai.
Au lieu de fuir, je me figeai sur place dès que je me fus levée.
Le regard rivé sur la fille aux cheveux de jais qui venait de lacérer Drew.
« Qu… Qu’est-ce que tu es ? » lâchai-je d’une voix tremblante.
Même si je me doutais de la réponse, une part de moi brûlait d’en savoir davantage sur cette anomalie.
« Je fais partie des Mordus », siffla-t-elle entre ses dents.
Je fixais le sang cramoisi qui coulait du bout de ses griffes avant de s’écraser sur le sol.
« C’est vrai, alors ? Le mythe de l’Alpha Niklaus ? » demandai-je.
Elle hocha la tête.
Et, tout comme j’avais été irrésistiblement attirée par Lucy Daniels, une force invisible me poussait vers elle.
« Tu… Tu vas me faire du mal à moi aussi ? »
Elle s’approcha encore et tendit ses mains griffues vers moi.
Puis, avec un regard d’une douceur innocente, elle me tapota gentiment la tête.
« Je ne fais pas de mal aux gens qui ont du cœur. Seuls les sales connards méritent ça », déclara-t-elle.
« Merci… »
« Gemma. Je m’appelle Gemma. »
C’était donc son nom.
« Anya ! Allez, dégage de là, éloigne-toi d’elle ! » hurla Jess à pleins poumons, me tirant brusquement de ma transe.
Aussitôt, je reculai d’un pas, puis d’un autre.
Je courus vers la sortie, portée par le hurlement de l’alarme aux flashs rouges qui résonnait dans tout le couloir.
Derrière moi, Gemma battait en retraite en grognant, cherchant une issue, mais les policiers déboulèrent en même temps que les secours.
« En position ! » cria l’un d’eux.
« Ouvrez le feu ! »
Les détonations retentirent en rafale.
Mes yeux s’écarquillèrent d’horreur.
Je pivotai vers la fille aux cheveux de jais.
« N-Non ! » m’écriai-je en voyant son corps s’effondrer tandis qu’une mare pourpre s’étendait sur le sol du couloir.
Soudain, une main agrippa la mienne.
C’était Jess.
Tanya, elle, semblait déjà dehors.
« Anya ? Mais tu fous quoi ? Faut qu’on se barre, tout de suite ! » râla-t-elle en serrant les dents.
Lorsque j’atteignis enfin l’extérieur, Drew avait déjà été sédaté et un bandage blanc maintenait son bras.
Un gémissement m’échappa et je m’effondrai sur le perron de l’école.
Assise à même le sol, les larmes aux yeux, j’ignorai les voix autour de moi qui me demandaient ce que je fabriquais avec elle.
Dès que je franchis le seuil de la maison, je fonçai dans ma chambre et jetai mon sac à dos sur le parquet.
« Elle ne méritait pas ça », marmonnai-je.
Les sanglots me secouaient chaque fois que la scène me revenait en mémoire.
J’attrapai ma couette pour m’y envelopper entièrement et fermai les yeux dans l’espoir de dormir, mais l’écho des coups de feu martelait encore mes pensées.
« Dieu sait où ils vont l’envoyer maintenant », soupirai-je.
Je connaissais les humains.
Ils n’acceptaient jamais ceux qui portaient des gènes différents.
« Peindre. Peindre. Peindre », murmurai-je pour calmer ma respiration en inspirant et expirant lentement.
La peinture m’apaisait.
C’était mon échappatoire.
L’esprit encore embrumé par l’incident, je me surpris à griffonner frénétiquement dans mon carnet de croquis.
Un chaos de lignes abstraites recouvrit bientôt les pages tandis que mes paumes et mes poignets se maculaient rapidement de pigments.
Je me levai ensuite et m’approchai de ma toile installée à côté de la bibliothèque vide, dans un coin de ma chambre.
Elle se trouvait juste devant la fenêtre et les rayons du soleil s’y infiltraient, m’évitant ainsi de fatiguer mes yeux.
« Alpha Niklaus », soufflai-je avec curiosité.
Je saisis mes pinceaux avant de commencer à tracer les premiers traits.
« Un Alpha imaginaire, endormi dans ses appartements… »
Les coups de pinceau s’enchaînèrent.
Un homme aux cheveux noirs comme l’obsidienne prenait forme au milieu d’un décor luxueux.
Autour de lui se tenaient plusieurs servantes prêtes à satisfaire le moindre de ses désirs.
Perdue dans mes pensées, je finis par décrocher la toile.
Même si la peinture collait encore par endroits, le résultat était magnifique.
« J’aimerais tellement te rencontrer », murmurai-je en déposant la toile afin qu’elle sèche.
Le sommeil me surprit sans que je m’en aperçoive.
À mon réveil, un courant d’air glacial me fouetta le dos.
Soudain, mon lit me parut étrangement immense et confortable.
J’ouvris les yeux et les frottai doucement pour dissiper le brouillard du sommeil.
Mon regard plongea aussitôt dans deux iris verts perçants situés à une distance dangereusement proche.
Des cheveux sombres comme l’obsidienne.
Un corps sculpté.
Un air glacial gravé dans chacun de ses traits.
L’inconnu me fixait.
Pendant une seconde, je crus rêver.
J’enfonçai mes ongles dans ma peau pour me pincer, espérant me réveiller.
« Mon amour… »
Ces mots glissèrent de ses lèvres dans un souffle accompagné d’un léger froncement de sourcils.
« Oh, bordel ! » m’écriai-je.
Je basculai de l’autre côté du lit avant de m’étaler de tout mon long sur le sol.
Mon front heurta durement le marbre.
Lorsque j’y portai la main, mes doigts ressortirent tachés de sang.
Non.
Non, non, non.
Ce n’était vraiment pas le moment de me blesser.
Un grognement sourd fit alors vibrer la pièce.
« Mate ! »
Des pas lourds martelèrent immédiatement le sol dans ma direction.
L’inconnu mystérieux me dominait de toute sa hauteur.
Il glissa un bras puissant autour de ma taille et me releva sans effort.
« Lâche-moi immédiatement ! Mamie ! » hurlai-je, espérant que quelqu’un m’entendrait et m’expliquerait ce qui se passait.
« Silence, petite », ordonna-t-il d’une voix glaciale.
« Tu plaisantes, j’espère ? » répliquai-je avec colère. « Tu es qui, d’abord ? Et qu’est-ce que tu fais dans ma chambre ? »
« Ce sont mes appartements royaux. J’en déduis que tu es venue à moi de ton plein gré. Et je m’apprête à faire de toi mienne », gronda-t-il.
Un grondement caverneux roulait dans sa poitrine musclée.
« Faire de moi la tienne ? Mais tu es complètement fou, espèce de psychopathe ! »
Je tentai de me redresser, mais il me ramena brutalement sur ses genoux.
« Surveille ton ton », siffla-t-il.
« Laisse-moi partir », suppliai-je. « Et pourquoi ne réponds-tu pas au reste ? Qui es-tu ? »
Pour toute réponse, il enfouit son nez dans le creux de mon cou et huma ma peau à l’endroit le plus sensible.
Puis il descendit jusqu’au bas de mon ventre, respirant lentement mon parfum.
Lorsqu’il sembla vouloir aller plus loin, mes mains agrippèrent ses cheveux noirs d’obsidienne pour le retenir.
Terrifiée par la tournure des événements, je l’entendis déclarer :
« Je suis à toi. »
Soudain, un coup sec retentit contre la porte.
Il poussa immédiatement un grognement irrité et interrompit ses mouvements.
J’en profitai pour me dégager et me remettre debout, même si l’arrière de mon crâne me lançait affreusement.
« Reste là. »
Sa silhouette imposante se redressa et se dirigea vers la grande porte.
Je plissai les yeux en observant les battants dorés gravés de motifs anciens.
Ce n’était clairement pas chez moi.
Ou alors ma maison avait été entièrement rénovée pendant mon sommeil.
« Mamie ? C’est toi ? »
Ma voix trembla d’incertitude tandis que je me dirigeais rapidement vers la porte pour découvrir qui se trouvait derrière.
Mais au lieu de ma grand-mère, je découvris une servante vêtue d’une tenue appartenant à une autre époque
Point de vue d’AnyaLorsque Kara finit enfin par me libérer, chacun de mes muscles protestait avec une intensité presque insupportable.Je ne regrettais pas de m’être entraînée.J’étais simplement complètement épuisée, au point qu’un juron m’échappa sans même que je m’en aperçoive.Pendant que je regagnai la maison, mes épaules me faisaient souffrir et mes cuisses me brûlaient atrocement.Mes bras étaient lourds, de cette agréable lourdeur qui suivait toujours une séance avec Kara.Au moment où nous avions terminé, elle paraissait particulièrement satisfaite d’elle-même.« Tes appuis se sont améliorés », avait-elle dit en essuyant la sueur qui coulait le long de sa nuque, comme si elle n’avait pas passé l’heure précédente à tenter de m’écraser dans la poussière.« On dirait presque un compliment », avais-je marmonné, presque à bout de souffle.« Ce n’en est pas un », avait-elle répondu avec un sourire assuré tout en rassemblant ses cheveux en queue-de-cheval.« Oh que si », avais-je r
Point de vue de NiklausLa première pensée qui me traversa l’esprit lorsque j’ouvris les yeux fut que j’aurais dû dormir plus longtemps.Nos corps étaient encore enlacés, et je constatai que nous nous trouvions toujours dans le salon.J’aurais voulu prolonger ce sommeil, non pas parce que j’étais fatigué.Mon corps avait déjà fait ce qu’il faisait toujours : il s’était reposé juste ce qu’il fallait, avait récupéré rapidement, puis s’était préparé à reprendre le cours des choses.Le problème, c’était qu’au moment même où je m’éveillais, je recommençais à réfléchir.Et laisser mon esprit sans surveillance était toujours une très mauvaise idée.Je la soulevai doucement dans mes bras et la portai jusqu’à ma chambre, celle où j’avais insisté pour qu’elle partageât désormais mon lit.Après m’être assuré qu’elle était confortablement installée, je m’assis un moment au bord du lit, les coudes appuyés sur les genoux, le regard perdu dans le vide tandis que la lumière du matin s’étirait lenteme
Point de vue d’AnyaJe revins lentement à la réalité, et la première chose que je ressentis fut une douce chaleur.Contrairement à celle de la nuit précédente, presque écrasante, celle-ci était plus tendre, apaisée et persistante.Mes paupières s’ouvrirent lentement, et le plafond apparut peu à peu au-dessus de moi.Je distinguai d’abord les poutres de bois familières, puis la lumière tamisée qui pénétrait par les hautes fenêtres.Pendant un instant, je demeurai allongée, clignant des yeux en essayant de rassembler mes esprits.Je réalisai soudain que je ne me trouvais plus dans le salon.Je me redressai légèrement tandis que les draps glissèrent autour de moi, puis baissai les yeux.J’étais dans mon lit.Les murs familiers de ma chambre m’entouraient.Le dernier souvenir qui me revint fut celui où je m’étais endormie dans le salon.Je fronçai légèrement les sourcils.« Comment… ? » murmurai-je d’une voix encore chargée de sommeil.Puis les souvenirs me revinrent par fragments.Mes jou
Point de vue d’AnyaEn quelques secondes, nous regagnâmes le monde des loups-garous.Et ce simple retour sembla réveiller instantanément ma louve.Je la sentis s’agiter presque aussitôt.Ce ne fut pas progressif.Au contraire.J’avais compris depuis quelque temps déjà que ma louve possédait un tempérament fougueux.Encore plus fougueux que le mien.Et cela voulait dire beaucoup.J’eus soudain l’impression qu’une partie de moi attendait ce moment depuis longtemps et que, dès que mes pieds touchèrent le sol, elle s’éveilla complètement.Mon souffle se suspendit un instant dans ma gorge et je me forçai à retrouver mon équilibre, refusant de vaciller.L’odeur désormais familière de la forêt m’enveloppa aussitôt.Mes narines frémirent tandis que j’inspirais profondément.Tous les sens de ma louve semblaient atteindre leur paroxysme.Je pouvais sentir la terre.Les arbres.La vie sauvage qui peuplait le territoire de la meute des Moon Swindlers.Et, bon sang…Je pouvais aussi le sentir, lui
Point de vue de NiklausÀ l’instant même où la porte s’ouvrit sur Anya, je sus que quelque chose n’allait pas.Je le sentis avant même de le voir.Son odeur me frappa la première.Elle était imprégnée de mélancolie.Et de larmes.Ma mâchoire se crispa aussitôt.Puis je la vis.Malédiction.Ce n’était pas la jeune femme que j’avais imaginée tout au long du chemin.Je m’étais représenté Anya sautillant d’impatience, cette étincelle obstinée brillant dans ses yeux, prête à me lancer une remarque cinglante parce que j’avais mis trop de temps à revenir.Ou bien à me demander si j’étais satisfait de ne pas l’avoir laissée m’accompagner à la chasse.Quoi qu’il en fût, je m’attendais à retrouver une Anya pleine de vie, dramatique et rayonnante.Pas celle-ci.Pas avec les yeux rougis.Pas avec le nez encore marqué par les pleurs.Et certainement pas avec cette expression qui donnait l’impression qu’elle s’était livrée à une bataille intérieure pendant des heures.« Niklaus… ? »La façon dont e
Point de vue d’Anya« Jack… »C’était ainsi qu’il s’appelait. C’était le nom qu’il m’avait donné et, pourtant, il me paraissait étranger lorsque je le prononçais.Je restai immobile devant la toile, la poitrine se soulevant de façon irrégulière.L’homme peint sur le canevas me fixait de ses mêmes yeux perçants, ceux que j’avais vus s’animer quelques instants plus tôt.Je clignai des yeux, encore sous le choc.La façon dont il m’avait regardée, comme si j’étais un fantôme, continuait de me hanter.Pendant un instant, j’avais cru qu’il m’avait reconnue. Qu’il savait qui j’étais… qu’il voyait Anya.Puis il avait prononcé le nom de ma mère.Et j’avais aussitôt compris qu’il m’avait prise pour elle.Tout le monde disait que je lui ressemblais énormément.Je le comprenais.Pourtant, une partie de moi avait espéré qu’il me reconnaîtrait comme sa fille.Ma gorge se serra.Je m’approchai lentement de la toile, comme si elle risquait de réagir de nouveau au moindre mouvement brusque.Mes doigts







