LOGIN— Marché conclu ! accepta immédiatement Leonard, avec un sourire jusqu'aux oreilles. Aucun problème pour lui.
Collins se détendit. Advienne que pourra pour ce soir, pensa-t-il, s'étant préparé une porte de sortie toute faite. Un rencard à aveugle... Jasmine Leclaire lança à sa sœur un regard conçu pour tuer l'idée sur-le-champ. Net et sans bavure. Ce week-end avec Favour était une pause bien méritée loin des hommes — un en particulier — et même faire preuve de politesse envers un représentant du sexe masculin en ce moment serait un effort qu'elle n'avait pas du tout envie de fournir. Le regard ne fonctionna pas. Il incita au contraire Favour à passer à l'attaque, les yeux étincelants de la flamme du combat. — Tu sais quel est ton problème, Jasmine ? commença-t-elle. Tu as été tellement obnubilée par Robert pendant si longtemps que tu as développé une vision étriquée. Tu n'es même plus capable de voir que d'autres hommes pourraient être plus attrayants. Et bien meilleurs pour toi, aussi. Trouves-en un alors, pensa Jasmine d'un air dérisoire, elle qui avait cherché de son côté chaque fois que Robert était allé voir ailleurs, pour finir par lui pardonner et le reprendre simplement parce qu'il n'y avait personne d'autre avec qui elle voulait être. Comparés à Robert, les autres hommes étaient ternes, mais cette dernière infidélité dépassait les limites de l'acceptable. Qu'il s'accorde une partie de jambe en l'air avec une graphiste dans son propre bureau, une femme qui travaillait sur les comptes qu'elle-même gérait... c'était un coup trop amer porté à son orgueil. C'était forcément la fin de leur relation. La fin définitive. Tout le charisme sexuel du monde ne compensait pas une longue et ininterrompue suite de blessures, surtout cette dernière, la pire de toutes, juste sous son nez. Il était temps de tourner la page, d'avancer, mais vers quoi ? — Je ne suis pas d'humeur pour un rencard à aveugle, Favour, dit-elle d'un ton plat, espérant que Favour clora le sujet, mais cette dernière n'était absolument pas prête à abandonner. — Eh bien, je ne vais pas te laisser ici à broyer du noir toute seule, rétorqua Favour d'un air belliqueux. — Ça n'arrivera pas. Je ne vais pas broyer du noir. Je vais regarder la télé... ou surfer sur Internet. — Te vautrer dans l'échappatoire. Ça me paraît être une idée horrible. Je parie que Robert n'est pas en train de faire ça. Ce bon vieil homme d'action doit être en train d'ouvrir sa braguette pour une... — Arrête ! Arrête ça, Favour ! dit Jasmine, presque en hurlant. — Non, je n'arrêterai pas. Il a essayé de tenter sa chance avec moi aussi, tu sais. Ta propre sœur. Sous le choc de cette révélation qui surpassait son agacement face aux doléances de Favour, Jasmine lança un regard perçant à sa sœur, incertaine de savoir si elle disait la vérité ou si elle cherchait à noircir le tableau de Robert au-delà du raisonnable. — Tu ne m'avais jamais dit ça auparavant, dit-elle. Une féroce conviction lui répondit dans le regard de sa sœur. — Ouais. Eh bien, je te le dis maintenant. Débarrasse-toi de lui. Oublie-le, Jasmine. Il a peut-être la langue bien pendue et c'est peut-être un étalon au lit, mais il ne pense jamais qu'à lui-même. Tu es un faire-valoir pour son ego. Et chaque fois que tu le reprends, tu nourris son ego encore plus. Rester accrochée à lui, c'est maladif. Jasmine fronça les sourcils face à ces affirmations dérangeantes. Était-ce maladif de continuer à vouloir un homme à qui l'on ne pouvait pas faire confiance avec d'autres femmes ? Robert jurait qu'elle était la seule qui comptait vraiment dans sa vie, mais était-ce suffisant pour s'accrocher ? Manifestement, elle ne devait pas compter tant que ça lorsqu'il était en chaleur pour une autre, y compris sa propre sœur. — Je ne m'accrocherai pas cette fois, murmura-t-elle. — Alors prouve-le-moi en faisant un pas constructif dans une autre direction. Comme faire équipe avec cet autre gars ce soir. Ça te fera vraiment du bien, insista vivement Favour. — Merci, mais je ne suis pas d'humeur. — Tu ne l'es jamais. Sauf pour Robert qui te fait continuellement des crasses. Tu as gâché quatre ans avec un coureur de jupons invétéré et ce sera toujours la même histoire : lui qui prend du bon temps avec n'importe qui lui plaît, pendant que toi... — Je t'ai déjà dit que c'était fini. — Jusqu'à ce qu'il te passe à nouveau de la pommade. — Non. Je le pense vraiment, déclara Jasmine. — Parfait ! Alors tu devrais fêter le fait d'être libérée de lui, en te donnant la chance de jeter un coup d'œil sur quelqu'un d'autre. Elle était comme son chien avec un os. Jasmine baissa les yeux vers le fox-terrier miniature assis aux pieds de Favour et fut reconnaissante qu'il ne se mette pas lui aussi à lui aboyer dessus. Elle avait en effet besoin de se libérer de Robert, mais d'abord dans son esprit et dans son cœur. Se plonger dans des rencards ne ferait que susciter des comparaisons qui le maintiendraient douloureusement vivant dans ses pensées. En fait, Favour venait de gâcher sa tentative de l'oublier pendant un moment. Elles étaient là, assises sur le balcon de l'appartement de sa sœur, donnant sur le plan d'eau de Brisbane Water à Gosford, à regarder oisivement les bateaux sortir du club nautique, agréablement repues après un excellent déjeuner au cours duquel Favour n'avait cessé de vanter les mérites de son formidable nouveau petit ami, Leonard. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se réjouir de sa propre vie amoureuse au lieu d'attaquer celle de Jasmine ? — Ce gars est un ami de Leonard depuis l'école. Ça te prouve au moins qu'il attache de la valeur aux gens qu'il apprécie. Ce n'est pas le genre à profiter et à jeter, continua Favour, bien décidée à convaincre. — L'amitié entre deux hommes n'a aucun rapport avec la façon dont l'un ou l'autre considère ou traite les femmes, commenta sèchement Jasmine, voulant mettre fin à la dispute. — C'est ça ! Alors maintenant tu te cultives une attitude négative. Tu ne donnes même pas une chance aux gens. Et je me permets d'ajouter que Leonard me traite à merveille. — Quelle chance tu as ! Mais je n'ai pas envie de me retrouver coincée avec un gars que je ne connais pas et qui pourrait ne pas me plaire. Ça n'en vaut tout simplement pas la peine. — Eh bien, tu aimes bien Leonard, non ? Son ami devrait au moins être quelqu'un d'intéressant. La nourriture au restaurant The Galley est toujours bonne. C'est mon anniversaire, et le plus beau cadeau d'anniversaire que tu pourrais me faire, c'est de te voir passer un bon moment sans ce connard de Robert. — C'est ce que je faisais. Avec toi. Avant que tu n'attaques avec cette crise de rencard à aveugle, répliqua Jasmine avec exaspération. En matière de cadeaux d'anniversaire, je pensais que tu aimais le bracelet que je t'ai acheté... — C'est le cas. Je l'adore. Vraiment. — ...et le déjeuner dans le restaurant de ton choix. Ce n'était pas un traitement d'anniversaire suffisant pour toi ? Le haussment d'épaules éloquent de Favour se voulait apologétique, mais cela ne l'empêcha pas de remettre un coup de vis : — Je déteste juste sortir et te laisser seule, en sachant que tu es misérable. Je ne pourrai pas profiter de ma soirée avec Leonard si tu ne viens pas avec moi. Du chantage affectif. Mais il y avait de l'affection derrière tout cela, concéda à regret Jasmine, et elle ne voulait gâcher aucune partie de l'anniversaire de sa petite sœur. Favour avait toujours été un amour, sa nature joyeuse rendant sa compagnie très agréable. Leurs parents étaient en voyage à l'étranger, en train de visiter le Canada cette fois-ci, c'était donc à Jasmine de compenser leur absence en comblant d'amour leur plus jeune fille. Elle pensait en avoir fait assez, mais... cela ferait-il vraiment si mal de faire l'effort d'être agréable avec un inconnu ce soir ?Sa conscience n'était le théâtre d'aucune lutte entre le bien et le mal. Collins Templeton fonçait à toute allure. Et c'était peut-être là une part de sa force, une part de son irrationnelle attraction. Il savait ce qu'il voulait et poursuivait son objectif avec une détermination sans faille.Ils tournèrent à droite au bout de Crystal Street. La voiture gravit une colline escarpée — la pointe rocheuse —, la franchit et redescendit de l'autre côté, tournant brusquement à gauche pour s'arrêter sur un grand parking en cul-de-sac bordé par une réserve naturelle, où une épaisse ceinture d'arbres et de buissons masquait toute vue sur l'océan.Les ombres du feuillage surplombant les plongèrent dans un nid d'obscurité.Il n'y avait aucun autre véhicule ici. Le sentiment de se retrouver ainsi, profondément seule avec Collins Templeton, fit courir un frisson d'appréhension le long de la colonne vertébrale de Jasmine. Était-elle folle d'agir ainsi ? L'était-elle vraiment ?Puis il ouvrit la port
Oh, il savait embrasser. Sa langue s’unissait à la sienne dans un rythme qui épousait exactement les pulsions qu'il déclenchait dans son corps. Des feux d'artifice étincelaient le long de ses terminaisons nerveuses, rendant le moindre centimètre de son être si sensible que le simple effleurement de son vêtement contre sa peau lui paraissait d'une sensualité et d'une charge sexuelle écrasantes.Il bougea, la tirant plus près et plaquant son corps contre le sien, de sorte qu'ils se retrouvèrent enlacés, le centre palpitant de Jasmine hors d'atteinte alors même qu'il s'alourdissait et s'endolorissait de désir.Tout cela grâce à un simple baiser.Son corps voulut lutter contre cette emprise, jusqu'à ce qu'elle sente sa dureté contre son ventre. Elle comprit alors. Il la désirait tout autant qu'elle le désirait. D'une certaine manière, cela la libéra d'une façon que le désir seul n'aurait pu accomplir.Il continuait de la maintenir serrée contre lui d'un bras tout en l'embrassant, mais sa
Il rendait cela profondément sensuel, la faisant se sentir elle-même profondément sensuelle. Elle se réfugia de nouveau dans une gorgée de café, s'efforçant de ne pas se demander à quel point il était proche des éléments et de quoi il aurait l'air tel que la nature l'avait façonné.Sa chemise au col ouvert la taquinait tout au long du dîner, lui laissant apercevoir de denses boucles noires descendant en flèche sur sa poitrine. Ses avant-bras n'étaient pas poilus, leur peau très hâtée luisant comme du teck huilé. Elle imaginait que tout son corps devait ressembler à cela, parsemé de boucles noires et fournies aux endroits les plus masculins. Le désir de savoir, de toucher, se heurtait terriblement au choix raisonnable qui consistait à simplement lui souhaiter bonne route et lui dire adieu. Il n'allait pas faire partie de sa vie.Sauf le temps de cette unique nuit.Leonard régla l'addition du restaurant, insistant pour dire que c'était son cadeau pour l'anniversaire de Favour. Tout le m
Sa gorge élancée se contracta dans une petite déglutition convulsive. La bouche sèche à cause de la chaleur qui l'envahissait ? Le profond décolleté en V de sa robe plongeait vers la naissance de ses seins, ombragé de part et d'autre par le doux renflement de sa généreuse chair féminine. Il avait envie de la prendre à pleines mains, envie de...— Des cafés ? Le serveur retira adroitement les assiettes à dessert vides tandis que chacun faisait son choix autour de la table.— Un express, dit Jasmine.Fort et noir, songea Collins, exactement comme il le voulait lui aussi.— La même chose pour moi, dit-il. Il n'entendit pas ce que les autres commandèrent. Le serveur s'éloigna.Leonard proposa de descendre la colline à pied jusqu'au Crowne Plaza après le café, pour aller danser le reste de la nuit en boîte. Favour applaudit l'idée. Jasmine sourit à sa sœur mais ne dit rien, attendant la réaction de Collins sans chercher à l'influencer dans un sens ou dans l'autre.Passer des heures à s'ass
Il s'interrompit pour réfléchir. Ses yeux étincelèrent d'un défi spéculatif lorsqu'il répondit :— Tout ce que deux inconnus ont envie d'en faire.— Sans lendemain ? demanda Jasmine.— Demain, je suis parti, répliqua-t-il.Au moins, les choses étaient claires. Aucun avenir possible avec Collins Templeton. Non pas qu'elle ait eu le temps d'y songer ou de se demander si ce serait souhaitable.— Dans ce cas, je vais me contenter de cette expérience d'une nuit avec l'homme derrière le nom, répliqua-t-elle, sa fierté exigeant que l'emploi du temps de Collins n'affecte en rien ses attentes quant à ce rendez-vous à l'aveugle — lesquelles étaient de toute façon inexistantes avant qu'elle ne le rencontre.L'invitation sexuelle mijotait à nouveau dans son regard.— Je me demande si vous le ferez vraiment.Elle ne voulait pas parler d'une aventure d'un soir. Un autre rougeur fâcheuse la poussa à se montrer d'une provocations inhabituelle.— On gagne parfois. On perd parfois.C'était un avertisse
— Jolie voiture, dit-il en faisant un signe de la tête vers l'endroit où elle s'était garée. Je l'aime bien.Ses yeux pétillaient lorsqu'il demanda :— Qu'est-ce qu'elle dit sur toi ?Elle se sentait déjà attaquée de toutes parts et parda d'instinct le coup pour éviter qu'il ne sonde ses sentiments intimes.— Euh... Est-ce qu'elle doit forcément dire quelque chose ? demanda Jasmine.— Les voitures disent toujours quelque chose sur leurs propriétaires, répondit Collins en retirant sa main.Il désigna ensuite son ami d'un geste.— Prends Leonard, par exemple. Sa BMW dit qu'il a réussi. Qu'il est solide. Il aime les performances qui ont fait leurs preuves.— Exactement, approuva Leonard.— Et quelle voiture possèdes-tu ? demanda Jasmine à Collins, désireuse d'en apprendre un peu plus sur lui.Il eut un petit rire.— Aucune. Si j'ai besoin d'une voiture, j'en loue une.— Ne le laisse pas te tromper, Jasmine, s'interposa rapidement Leonard. Collins est un motard de longue date. Il a tout u







