Share

2

last update publish date: 2026-08-06 06:16:14

— Marché conclu ! accepta immédiatement Leonard, avec un sourire jusqu'aux oreilles. Aucun problème pour lui.

Collins se détendit. Advienne que pourra pour ce soir, pensa-t-il, s'étant préparé une porte de sortie toute faite.

Un rencard à aveugle...

Jasmine Leclaire lança à sa sœur un regard conçu pour tuer l'idée sur-le-champ. Net et sans bavure. Ce week-end avec Favour était une pause bien méritée loin des hommes — un en particulier — et même faire preuve de politesse envers un représentant du sexe masculin en ce moment serait un effort qu'elle n'avait pas du tout envie de fournir.

Le regard ne fonctionna pas. Il incita au contraire Favour à passer à l'attaque, les yeux étincelants de la flamme du combat.

— Tu sais quel est ton problème, Jasmine ? commença-t-elle. Tu as été tellement obnubilée par Robert pendant si longtemps que tu as développé une vision étriquée. Tu n'es même plus capable de voir que d'autres hommes pourraient être plus attrayants. Et bien meilleurs pour toi, aussi.

Trouves-en un alors, pensa Jasmine d'un air dérisoire, elle qui avait cherché de son côté chaque fois que Robert était allé voir ailleurs, pour finir par lui pardonner et le reprendre simplement parce qu'il n'y avait personne d'autre avec qui elle voulait être.

Comparés à Robert, les autres hommes étaient ternes, mais cette dernière infidélité dépassait les limites de l'acceptable. Qu'il s'accorde une partie de jambe en l'air avec une graphiste dans son propre bureau, une femme qui travaillait sur les comptes qu'elle-même gérait... c'était un coup trop amer porté à son orgueil.

C'était forcément la fin de leur relation. La fin définitive. Tout le charisme sexuel du monde ne compensait pas une longue et ininterrompue suite de blessures, surtout cette dernière, la pire de toutes, juste sous son nez. Il était temps de tourner la page, d'avancer, mais vers quoi ?

— Je ne suis pas d'humeur pour un rencard à aveugle, Favour, dit-elle d'un ton plat, espérant que Favour clora le sujet, mais cette dernière n'était absolument pas prête à abandonner.

— Eh bien, je ne vais pas te laisser ici à broyer du noir toute seule, rétorqua Favour d'un air belliqueux.

— Ça n'arrivera pas. Je ne vais pas broyer du noir. Je vais regarder la télé... ou surfer sur Internet.

— Te vautrer dans l'échappatoire. Ça me paraît être une idée horrible. Je parie que Robert n'est pas en train de faire ça. Ce bon vieil homme d'action doit être en train d'ouvrir sa braguette pour une...

— Arrête ! Arrête ça, Favour ! dit Jasmine, presque en hurlant.

— Non, je n'arrêterai pas. Il a essayé de tenter sa chance avec moi aussi, tu sais. Ta propre sœur.

Sous le choc de cette révélation qui surpassait son agacement face aux doléances de Favour, Jasmine lança un regard perçant à sa sœur, incertaine de savoir si elle disait la vérité ou si elle cherchait à noircir le tableau de Robert au-delà du raisonnable.

— Tu ne m'avais jamais dit ça auparavant, dit-elle.

Une féroce conviction lui répondit dans le regard de sa sœur.

— Ouais. Eh bien, je te le dis maintenant. Débarrasse-toi de lui. Oublie-le, Jasmine. Il a peut-être la langue bien pendue et c'est peut-être un étalon au lit, mais il ne pense jamais qu'à lui-même. Tu es un faire-valoir pour son ego. Et chaque fois que tu le reprends, tu nourris son ego encore plus. Rester accrochée à lui, c'est maladif.

Jasmine fronça les sourcils face à ces affirmations dérangeantes. Était-ce maladif de continuer à vouloir un homme à qui l'on ne pouvait pas faire confiance avec d'autres femmes ? Robert jurait qu'elle était la seule qui comptait vraiment dans sa vie, mais était-ce suffisant pour s'accrocher ? Manifestement, elle ne devait pas compter tant que ça lorsqu'il était en chaleur pour une autre, y compris sa propre sœur.

— Je ne m'accrocherai pas cette fois, murmura-t-elle.

— Alors prouve-le-moi en faisant un pas constructif dans une autre direction. Comme faire équipe avec cet autre gars ce soir. Ça te fera vraiment du bien, insista vivement Favour.

— Merci, mais je ne suis pas d'humeur.

— Tu ne l'es jamais. Sauf pour Robert qui te fait continuellement des crasses. Tu as gâché quatre ans avec un coureur de jupons invétéré et ce sera toujours la même histoire : lui qui prend du bon temps avec n'importe qui lui plaît, pendant que toi...

— Je t'ai déjà dit que c'était fini.

— Jusqu'à ce qu'il te passe à nouveau de la pommade.

— Non. Je le pense vraiment, déclara Jasmine.

— Parfait ! Alors tu devrais fêter le fait d'être libérée de lui, en te donnant la chance de jeter un coup d'œil sur quelqu'un d'autre.

Elle était comme son chien avec un os. Jasmine baissa les yeux vers le fox-terrier miniature assis aux pieds de Favour et fut reconnaissante qu'il ne se mette pas lui aussi à lui aboyer dessus. Elle avait en effet besoin de se libérer de Robert, mais d'abord dans son esprit et dans son cœur. Se plonger dans des rencards ne ferait que susciter des comparaisons qui le maintiendraient douloureusement vivant dans ses pensées.

En fait, Favour venait de gâcher sa tentative de l'oublier pendant un moment.

Elles étaient là, assises sur le balcon de l'appartement de sa sœur, donnant sur le plan d'eau de Brisbane Water à Gosford, à regarder oisivement les bateaux sortir du club nautique, agréablement repues après un excellent déjeuner au cours duquel Favour n'avait cessé de vanter les mérites de son formidable nouveau petit ami, Leonard. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se réjouir de sa propre vie amoureuse au lieu d'attaquer celle de Jasmine ?

— Ce gars est un ami de Leonard depuis l'école. Ça te prouve au moins qu'il attache de la valeur aux gens qu'il apprécie. Ce n'est pas le genre à profiter et à jeter, continua Favour, bien décidée à convaincre.

— L'amitié entre deux hommes n'a aucun rapport avec la façon dont l'un ou l'autre considère ou traite les femmes, commenta sèchement Jasmine, voulant mettre fin à la dispute.

— C'est ça ! Alors maintenant tu te cultives une attitude négative. Tu ne donnes même pas une chance aux gens. Et je me permets d'ajouter que Leonard me traite à merveille.

— Quelle chance tu as ! Mais je n'ai pas envie de me retrouver coincée avec un gars que je ne connais pas et qui pourrait ne pas me plaire. Ça n'en vaut tout simplement pas la peine.

— Eh bien, tu aimes bien Leonard, non ? Son ami devrait au moins être quelqu'un d'intéressant. La nourriture au restaurant The Galley est toujours bonne. C'est mon anniversaire, et le plus beau cadeau d'anniversaire que tu pourrais me faire, c'est de te voir passer un bon moment sans ce connard de Robert.

— C'est ce que je faisais. Avec toi. Avant que tu n'attaques avec cette crise de rencard à aveugle, répliqua Jasmine avec exaspération. En matière de cadeaux d'anniversaire, je pensais que tu aimais le bracelet que je t'ai acheté...

— C'est le cas. Je l'adore. Vraiment.

— ...et le déjeuner dans le restaurant de ton choix. Ce n'était pas un traitement d'anniversaire suffisant pour toi ?

Le haussment d'épaules éloquent de Favour se voulait apologétique, mais cela ne l'empêcha pas de remettre un coup de vis :

— Je déteste juste sortir et te laisser seule, en sachant que tu es misérable. Je ne pourrai pas profiter de ma soirée avec Leonard si tu ne viens pas avec moi.

Du chantage affectif.

Mais il y avait de l'affection derrière tout cela, concéda à regret Jasmine, et elle ne voulait gâcher aucune partie de l'anniversaire de sa petite sœur. Favour avait toujours été un amour, sa nature joyeuse rendant sa compagnie très agréable.

Leurs parents étaient en voyage à l'étranger, en train de visiter le Canada cette fois-ci, c'était donc à Jasmine de compenser leur absence en comblant d'amour leur plus jeune fille. Elle pensait en avoir fait assez, mais... cela ferait-il vraiment si mal de faire l'effort d'être agréable avec un inconnu ce soir ?

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   72

    Il fit glisser son chemisier de l'une de ses épaules, les boutons se défaisant au fur et à mesure que sa main glissait jusqu'à sa taille, ne trouvant aucun obstacle sur le chemin de ses doigts fureteurs tandis qu'il enveloppait ses seins nus. « C'est nouveau », murmura-t-il, ses lèvres pressées contre sa chair laiteuse. « Non pas que tu aies jamais eu besoin d'un soutien-gorge. Tu es parfaite, Jasmine. Parfaite... » Sa bouche se referma sur un téton tendu, et la sensation sauvage que cela provoqua la fit se sentir faible de désir. Elle voulait le toucher, avait besoin de le toucher en retour, et ses mains glissèrent sous la chemise soyeuse, les derniers boutons se défaisant facilement tandis qu'elle cherchait ce contact plus intime avec lui. Leurs peaux semblèrent s'enflammer au contact l'une de l'autre lorsque Collins recommença à l'embrasser, des baisers profonds et affamés qui les firent tous deux trembler en quelques minutes, le torse velu de Collins étant rugueux contre ses seins

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   71

    Sa bouche se crispa. « Tu l'as tellement envoûtée qu'elle ne voit personne d'autre, hein ? » tenta-t-elle de le taquiner, réalisant qu'elle se comportait de façon stupide.Bien sûr que Collins se montrait aimable avec Carmella — ils n'allaient tout de même pas rester assis en silence toute la soirée ! Mais Collins était-il obligé de donner l'impression de s'amuser autant ? lui demandait une voix tourmentée dans sa tête, son rire rauque se faisant entendre aussi souvent que celui de Carmella.« Évidemment », entra Dan dans son jeu. « C'est mon corps de rêve qui fait tout le travail. »« Qui fait quoi, chéri ? » Sans qu'aucun des deux ne l'eût remarquée, Carmella s'était approchée pour les rejoindre, attrapeant la fin de leur conversation, sa main se posant en une caresse sur l'épaule de Dan — une intimité dont il profitait visiblement, lui souriant avec une chaleur partagée.Jasmine jeta un coup d'œil à Collins, souhaitant avoir le culot d'avoir un tel geste d'intimité envers lui, et r

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   70

    « Ton mari... ? Ah oui », hocha la tête Carmella. « Le séduisant démon qui est arrivé au milieu de la fête l'autre soir. Doucement, mon grand ! » le taquina-t-elle alors que Dan lui adressait un grognement jaloux depuis sa place à la table de la salle à manger. « Je ne faisais que regarder la vitrine, je n'achetais pas. »Jasmine riit devant l'air décontenancé de Dan, ravie de le voir se faire taquiner pour une fois.« Collins n'est pas à vendre », dit Dan d'un ton traînant. « C'est un homme très marié. »Si seulement c'était vrai ! Jasmine sentait sa tension monter à mesure que les minutes s'égrenaient jusqu'à huit heures, horrifiée à l'idée que Collins soit avec Angela, et pourtant terrifiée à l'idée de ne plus jamais le revoir. Lorsque la sonnette retentit à huit heures moins cinq, elle sut que ce devait être lui et se sentit comme clouée sur place. Et s'il s'énervait de voir l'autre couple ici et repartait ? Et s'il...« Tu ne vas pas ouvrir ? » Dan leva les yeux de son travail en

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   69

    « James veut nous voir. » Il se laissa tomber dans l'un des fauteuils une fois à l'intérieur, jetant un coup d'œil à sa montre. « Il y a dix minutes », grimaça-t-il.Jasmine fronça les sourcils en posant ses paquets. « Pourquoi toute cette panique ? »« Je n'ai pas osé t'en parler, mais tu te rends compte de ce qu'on est demain, n'est-ce pas ? » Il lui lança un regard insistant.« Demain ? Mais, c'est... Oh », grimaça-t-elle. « Il attend le livre, c'est ça ? »« Disons plutôt qu'il l'exige », lui répondit Dan avec un sourire navré. « Et il nous reste encore les dernières pages à faire. »« Mince ! » Elle se mordit la lèvre inférieure. « Tout est là », dit-elle en tapotant sa tête. « Il faut juste que je le couche sur le papier. »Dan soupira. « Tu connais James, ce n'est pas le genre d'homme le plus patient ni le plus compréhensif. Nous lui avons promis le livre complet pour demain, et c'est là qu'il le voudra. »Elle savait à quel point James Colnbrook pouvait être dur, et elle s'éta

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   68

    Jasmine décida instantanément de reprendre du poids, peu importe ce qu'elle devrait manger pour y arriver ! Elle voulait être exactement comme Collins l'aimait, elle voulait lui plaire. Ils regardèrent la télévision, assis côte à côte sur le canapé, le bras de Collins reposant nonchalamment sur le dossier derrière Jasmine ; il ne la touchait pas vraiment, et pourtant elle n'aurait pu être plus consciente de sa présence s'il l'avait fait. Le silence entre eux s'étira tout au long du film et jusqu'à la fin, et Jasmine n'y tint finalement plus.« Est-ce que tu... »« As-tu... »Ils avaient commencé à parler en même temps.« Toi d'abord », l'invita Collins avec un sourire désolé.Elle leva vers lui des yeux lumineux. « Ce n'était pas vraiment important. »Il semblait fasciné par ses lèvres entrouvertes. « Ce que j'allais dire ne l'était pas non plus », dit-il d'une voix rauque.« Oh. »« Jasmine ! » Le bras derrière elle bougea tandis que sa main se refermait sur sa nuque, l'attirant lent

  • LÀ OÙ NOUS NOUS SOMMES TROMPÉS   67

    Jasmine dévora des yeux son allure comme un homme altéré boit de l'eau au sortir du désert, savourant la façon dont le pantalon en velours moulait ses longues jambes et ses cuisses, la chemise d'un bleu plus clair donnant à ses yeux presque la même teinte.Il grimaça en voyant qu'elle continuait de le fixer, se méprenant sur son regard insistant. « J'ai bien peur de m'être laissé aller à quelque chose de très... décontracté... j'imagine. »« Oh non, tu es... tu es très bien », rectifia-t-elle, remplaçant le terme magnifique qu'elle s'apprêtait à utiliser pour décrire son apparence. « S'il te plaît, passe au salon et sers-toi un verre. »« Non, merci. » Il s'adossa au meuble de cuisine le plus proche d'elle tandis qu'elle s'affairait aux fourneaux. « Le dîner sent bon. »« Merci. » Une fois de plus, elle rougit à son compliment, se sentant légèrement déstabilisée par sa proximité. « Tu es sûr que tu ne veux pas un verre ? » Elle pouvait sentir son après-rasage, aimait la façon dont ses

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status