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last update publish date: 2026-08-06 06:16:28

— Ce serait tellement amusant qu'on se prépare toutes les deux ! insista Favour.

— Je n'ai pas apporté de tenues de soirée, lui rappela Jasmine, non pas pour se trouver une excuse, mais simplement en énonçant une vérité. Et c'est tout bêtement parce que je n'avais pas prévu d'avoir un rendez-vous avec qui que ce soit.

— Tu peux essayer les miennes ! La proposition enthousiaste fut lancée sans attendre. En fait, maintenant que j'y pense, j'ai une petite robe noire qui te ferait un corps d'enfer. Peu importe que tu aies plus de formes que moi. Elle est extensible, elle s'adaptera.

Plus de formes, et plus grande. Sans compter que leurs goûts vestimentaires étaient très différents. C'était bien pour cela qu'elles n'ééchangeaient ni ne s'empruntaient jamais de vêtements. Mais ce qu'elle porterait ce soir n'était pas un problème, se dit Jasmine, tant que cela faisait plaisir à Favour.

Vingt-sept ans aujourd'hui. Sa petite sœur... qui menait une vie bien mieux ordonnée que Jasmine n'avait réussi à le faire au cours de ses vingt-neuf années. Il faut dire que la carrière de Favour dans la fonction publique n'engendrait qu'un stress minime et lui assurait une promotion régulière, pour peu que son travail reste raisonnable. Le monde de la publicité était nettement plus impitoyable, et Jasmine passait la plupart de ses journées de travail à vivre sur le fil du rasoir.

Des vies différentes, des besoins différents, des natures différentes... et même des physiques différents.

Les cheveux de Favour avaient été très blonds durant son enfance et elle les avait gardés blonds grâce aux soins d'un bon coiffeur. Elle les portait courts également, ses épaisses ondulations étant intelligemment coupées et coiffées pour onduler élégamment juste en dessous de ses oreilles. Ayant hérité des yeux bleus de leur père et d'une peau qui bronzait pour prendre une jolie teinte miel doré, elle affichait toujours une mine radieuse et pleine de vie.

Brune et intense étaient les qualificatifs plus souvent associés à Jasmine. Ses cheveux étaient d'un brun très foncé et riche, tout aussi ondulés que ceux de Favour, mais portés longs.

Elle ne semblait jamais trouver le temps de prendre régulièrement rendez-vous chez le coiffeur. Pour l'heure, sa chevelure lui tombait en dessous des omoplates. Heureusement, il lui suffisait de les laver pour qu'ils aient une allure tout à fait convenable.

Ses yeux étaient plus ambrés que marron, comme ceux de leur mère, mais ses sourcils et ses cils étaient presque noirs, ce qui lui donnait un regard sombre. Le seul trait qu'elle avait hérité de leur père était sa taille. Elle dépassait d'une tête Favour, qui avait le teint de leur père mais la silhouette plus petite de leur mère.

Différentes l'une de l'autre, mais une famille malgré tout.

Une famille unie.

Et Jasmine aimait voir Favour heureuse.

— D'accord, je viens avec vous. Mais je prends ma propre voiture. Comme ça, si l'ami de Leonard est une véritable catastrophe, je pourrai rentrer seule quand bon me semblera. Marché conclu ?

Une joie pure illumina le joli visage de Favour.

— Oui ! Oui, d'accord ! dit-elle.

Oui, cela en valait la peine, pensa Jasmine, se résignant à partager sa soirée avec un homme qui allait probablement l'ennuyer à mourir.

Elle allait vraiment le faire. Aller à un rencard à aveugle...

Elle baissa les yeux vers le petit fox-terrier noir et blanc, qui dormait paisiblement aux pieds de Favour. Il avait été baptisé Luther, en hommage à Martin Luther King, qui avait fait tout son possible pour rapprocher les communautés noires et blanches en Amérique.

Rapprocher les gens.

Jasmine sourit au chien qui avait assurément rapproché sa sœur et Leonard. Peut-être qu'il lui fallait un chien dans sa vie, elle aussi. C'était assurément un meilleur moyen de rencontrer des hommes que ce complot manigancé par Favour. Et c'était la garantie d'une compagnie bien plus durable et dévouée. Un amour fidèle, sans prise de tête. Oui.

Elle allait plaquer Robert et s'acheter un chien. Voilà une bien meilleure solution à ses problèmes qu'un rencard à aveugle.

_____-

Leonard insista pour qu'ils partent à huit heures moins le quart, même s'il n'y avait à peine que dix minutes de route le long de la côte pour rejoindre la station balnéaire de Terrigal, où ils allaient dîner en grande pompe ce soir. Favour et Jasmine devaient les retrouver au restaurant à huit heures, ce qui signifiait probablement un retard pouvant aller jusqu'à une heure. Collins n'accordait que très peu de crédit à la ponctualité féminine, en particulier pour les sorties du soir. Cela dit, moins il passerait de temps avec son rencard, mieux ce serait.

Terrigal possédait une plage plus jolie que celle de Forresters avec son alignement de pins de Norfolk qui bordait le littoral, mais elle était bien apprivoisée en comparaison, dénuée de ces vagues sauvages et dangereuses qui éveillaient le sentiment d'assister au déchaînement des éléments primordiaux. C'était une plage hautement civilisée : de l'eau calme, du sable fin bordé de pelouses, un grand complexe hôtelier et une multitude de boutiques et de restaurants branchés. Un endroit pour yuppies, pas une retraite sauvage, pensa Collins, bien content que Leonard ait choisi d'acheter une maison sur un littoral plus indompté.

Le restaurant vers lequel ils se dirigeaient s'appelait The Galley, construit au-dessus du club nautique de l'autre côté de la ville et faisant face au Haven, une petite baie abritée où les voiliers étaient à l'ancre. La circulation sur l'artère principale était dense et lente. Lorsqu'ils réussirent à la traverser et atteignirent le parking tenant à The Galley, il était précisément huit heures.

« Prochaine étape : boire un coup au bar », anticipa Collins. Il observa une petite décapotable rouge très vive dévaler la pente menant au parking, tandis que Leonard récupérait une bouteille de Dom Pérignon de circonstance sur le siège arrière de sa chère BMW. Ce devait être une Mazda MX-5, se dit Collins, surpris de voir deux femmes occuper les sièges avant à découvert. C'était le genre de voiture à bord de laquelle les mecs aimaient paradiver. Les femmes s'inquiétaient toujours à l'idée que le vent ne leur décoiffe la chevelure.

— Je te l'avais dit qu'elles seraient à l'heure, se pavanant Leonard en faisant un signe de la tête vers la voiture que Collins observait. C'est Jasmine qui conduit.

Une brune aux cheveux longs. La blonde sur le siège passager devait être Favour.

— C'est sa voiture ? demanda-t-il, se surprenant à être intrigué par cet imprévu.

— Oui. Favour appelle ça la rébellion de Jasmine.

— La rébellion contre quoi ?

Leonard haussa les épaules.

— Contre le fait d'être une femme, j'imagine.

Collins leva les yeux au ciel.

— Tu es en train de me dire que je vais me retrouver face à une féministe enragée ? demanda-t-il.

Le sourire de réponse de Leonard était sans l'ombre d'un repentir.

— Plus une femme fatale. Fais juste attention à tes genoux. Ils risquent de se dérober d'un moment à l'autre.

Pas la moindre chance, pensa Collins.

Elle gara la décapotable tout au bout de la rangée de voitures, au point le plus éloigné de l'entrée du restaurant. Pour s'assurer de ne pas être bloquée, en déduisit Collins, au cas où elle voudrait s'éclipser facilement.

Ce qui fait deux d'entre nous, ma grande, pensa-t-il en fronçant légèrement les sourcils.

Leonard et lui attendirent près de la BMW que les deux femmes les rejoignent. Le toit noir de la décapotable rouge se déploia depuis son logement à l'arrière de la voiture et vint se verrouiller à l'avant. La blonde émergea la première, faisant un signe de la main enthousiaste à Leonard. Elle avait l'air très mignonne dans sa robe bleue moulante à fines bretelles. Une Vénus de poche pour Leonard, pensa Collins, en souriant du choix de son ami.

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