LOGINAdam ne regarde pas le feu d'artifice. Il me regarde, moi. Et je sais, à cet instant précis, que le contrat de six mois vient de prendre un sérieux coup dans l'aile. Lundi, 14 juillet, 23 h Camille Le feu d'artifice embrase le ciel, et Adam me regarde. C'est une phrase simple. Quatre mots de plus, ça ferait une scène. Mais c'est tout ce que je peux dire, tout ce que je peux penser, tout ce que je peux être : assise là, dans ce jardin suspendu, les doigts entrelacés aux siens, tandis que le ciel de Paris explose en pivoines de lumière, et qu'il me regarde, lui, comme s'il n'y avait rien d'autre à regarder dans l'univers entier. — Le feu d'artifice est par ici, dis-je, la voix étranglée. — Je sais. — Tu devrais regarder. C'est magnifique. — Je sais. J'ai déjà regardé. Je regardais autre
Il me tend la main. Je la prends, sans réfléchir, et il me conduit à travers l'appartement, par l'escalier de service, jusqu'à la porte blindée qui donne sur la terrasse. Il pousse la porte. Et je reste là, figée, et je crois que je vais pleurer. La terrasse n'existe plus. À la place, il y a un jardin suspendu. Des centaines de bougies, posées sur les dalles, dans des lanternes de verre, formant des allées de lumière. Des guirlandes de fleurs accrochées aux rambardes, des pivoines, des pivoines, des pivoines, des cascades de verdure, des lys blancs, des renoncules, des brassées de feuillage que je reconnais comme si elles portaient mon nom. Au centre, une table, une vraie table, dressée pour deux, avec une nappe blanche, des assiettes de porcelaine, des verres qui captent la lumière des bougies. Et tout autour, Paris. Paris tout entier, doré, debout sous le ciel de juillet, avec la tour Eiffel qui scintille, là-bas, comme un
Il ne dit rien. Mais je sens, tout contre moi, presque imperceptiblement, son épaule se détendre. J'entends sa respiration se poser, comme une vague qui trouve enfin son rythme.Ce matin-là, nous restons longtemps devant le chardon. Nous ne parlons plus. Nous regardons. Et moi, je me dis que c'est peut-être ça, le vrai mariage : pas les vœux, pas les contrats, pas les alliances. Juste deux personnes qui regardent une plante fleurir, un samedi matin, et qui comprennent, sans se le dire, qu'elles sont en train de fleurir aussi.J'embrasse la fleur du bout des lèvres. Une caresse de plus. Et je remporte le chardon dans la cuisine, où il trône désormais sur la table, entre nous deux, comme un témoin, comme une preuve, comme une promesse que personne n'a signée, et que pourtant personne ne pourra déchirer.Les roses sont belles. Mais ce matin, je donnerais toutes les roses du monde pour ce chardon-là.Lundi, 14 juilletCami
Samedi, 12 juilletCamilleJe le découvre le matin, en arrosant le rebord de la fenêtre de la cuisine : le chardon a fleuri.Je reste là, bouche bée, le pot à la main, à contempler ce qui ressemble à un miracle végétal. Le chardon d'Adam. Le chardon qu'il m'a offert un matin de juin, sans un mot, posé sur le plan de travail de mon atelier comme une signature. Le chardon que j'ai ramené à la maison pour le week-end, parce que je suis devenue exactement le genre de personne qui déplace sa plante comme un animal de compagnie et qui lui parle. Le chardon, cette boule d'épines grises et butées, ce survivant, ce résistant, ce champion toutes catégories du « on n'est pas joli mais on ne meurt jamais » — il a fleuri.Une seule fleur, pour l'instant. Une fleur violette, presque mauve, hérissée de pétales en aiguilles, éclatante de vie au sommet de la tige épineuse. C'est la fleur la plus récalcitrante du monde, et elle est magnifique. C'est absur
Il sourit. Ce sourire qu'il me donne quand il veut clore une conversation, ce sourire poli, réglementaire, qui signifie : sujet clos, passons à autre chose. Je connais ce sourire. Je l'ai vu, autrefois, sur le visage de gens qui me mentaient. Je l'ai vu dans les yeux de Lucas, le jour où il m'a expliqué que son retard au mariage était « un imprévu de dernière minute ».Je ne dis rien. Je laisse le silence s'installer, et je bois mon thé, et je souris à mon tour, le sourire des gens polis qui font semblant de ne pas avoir vu le trou dans le mur. Nous parlons encore un peu. De la séance photo. De la pluie annoncée pour la semaine prochaine. De tout et de rien, comme avant, sauf que ce n'est plus comme avant. Une fissure vient de courir le long de la porcelaine. On ne la voit presque pas. Mais elle est là. Elle est là, et je la sens sous mon pouce à chaque fois que je touche la tasse.À vingt-trois heures, Adam se lève, dépose un baiser sur mon front, geste
Le studio retient son souffle. Fred, dopé à l'endorphine photographique, déclenche en rafale. Et moi, je regarde Adam rire, et je me dis que je donnerais n'importe quoi pour que ce moment ne s'arrête pas, que je donnerais toutes les pivoines du monde pour revoir ce rire demain, et après-demain, et tous les jours de ma vie, si ma vie avait le bon goût de m'en donner l'occasion.Puis la séance s'achève. Fred, rayonnant, nous montre les clichés sur son écran : Adam et moi, la main sur son bras, en train de rire, portés par une lumière qui ne trompe pas. Sur la photo, nous avons l'air heureux. Nous avons l'air vrais. Nous avons l'air de ce que nous ne sommes pas officiellement, et pourtant, de ce que nous sommes vraiment, peut-être, sans oser le regarder en face.— Je garde celle-là, dit Fred. Elle sera en couverture. « Les dynasties du XXIᵉ siècle », avec un sourire comme ça, personne ne pourra accuser les Reinhardt d'être froids.Adam regarde la ph







