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Chapitre 2 : Les ruines d'un sourire 2

ผู้เขียน: Dledition
last update วันที่เผยแพร่: 2026-08-17 00:08:25

La flaque rouge qui s'élargit sous lui me glace le sang. C'est une hémorragie importante, potentiellement mortelle si l'artère fémorale est touchée. Je range mon téléphone et je m'agenouille à ses côtés, ignorant la voix dans ma tête qui hurle de fuir, de ne pas m'approcher d'un inconnu blessé dans une ruelle sordide.

— Monsieur, vous m'entendez ? demandé-je en posant mes doigts sur son cou pour chercher son pouls.

Sous mes doigts, sa peau est brûlante. Littéralement brûlante, comme s'il souffrait d'une fièvre extrême. Son pouls est rapide, irrégulier, mais puissant. Beaucoup trop puissant pour un homme qui perd autant de sang.

Il lève la tête, et je découvre son visage pour la première fois.

Le souffle me manque.

C'est l'homme le plus beau que j'aie jamais vu. Malgré le sang qui macule sa mâchoire, malgré la pâleur de sa peau, malgré la douleur qui creuse ses traits, son visage est d'une perfection irréelle. Des pommettes hautes, une mâchoire carrée, des lèvres pleines et des yeux...

Ses yeux.

Ils sont d'un bleu si clair qu'ils paraissent lumineux, presque phosphorescents dans la pénombre. Et ils sont fixés sur moi avec une intensité qui me donne le vertige.

— Vous... murmure-t-il d'une voix rauque. Vous...

— Ne parlez pas, je dis en retirant ma main de son cou. Je suis étudiante en médecine, je vais vous aider. Où êtes-vous blessé exactement ?

Il ne répond pas, se contente de me regarder comme si j'étais une apparition. Sa main retombe mollement, révélant la blessure. Une plaie profonde au flanc, comme si quelque chose l'avait lacéré. Du sang noir s'en écoule en pulsations régulières, et je comprends immédiatement que la situation est grave.

— Je vais appeler les secours, dis-je en sortant mon téléphone.

Sa main se referme sur mon poignet avec une rapidité fulgurante. La force de sa poigne est surprenante pour un homme dans son état, et je sens mes os protester sous la pression.

— Non, grogne-t-il. Pas d'hôpital. Pas de police.

— Vous êtes en train de vous vider de votre sang, je réplique en essayant de me dégager. Vous avez besoin de soins immédiats.

— Je... guéris vite.

Je le regarde avec incrédulité. La blessure est profonde, dangereuse, peut-être mortelle. Personne ne guérit vite d'une telle plaie, sauf...

Sauf que sous mes yeux, quelque chose d'impossible est en train de se produire.

La plaie se referme.

Lentement, presque imperceptiblement, les bords de la blessure se rapprochent. Le sang cesse de couler. La chair se reforme, comme si le temps s'accélérait, comme si des semaines de cicatrisation se déroulaient en quelques secondes.

Je dois rêver. Je dois être en train de faire un cauchemar. Ces choses-là n'existent pas, ne peuvent pas exister dans le monde réel, dans mon monde de médecine et de science.

Et pourtant, mes yeux ne mentent pas.

— Qu'est-ce que... balbutié-je.

L'homme se redresse, ses muscles se tendent sous ses vêtements déchirés. Il est encore pâle, mais il semble déjà plus fort, plus présent. Ses yeux bleus ne quittent pas mon visage, et je vois une lueur étrange les traverser. De la surprise. De l'incrédulité. Et autre chose que je n'arrive pas à identifier.

— Vous m'avez sauvé, dit-il d'une voix plus claire. Vous m'avez trouvé.

— Je... oui, mais...

— Je dois partir. On me cherche. Les autres... ils ne doivent pas vous trouver avec moi.

Il se lève avec une aisance qui contredit totalement son état de quelques secondes plus tôt. Les vêtements déchirés laissent voir sa peau, et je remarque que la blessure a complètement disparu. Il ne reste qu'une cicatrice pâle, comme si l'incident datait de plusieurs mois.

— Attendez, dis-je en me relevant maladroitement. Qu'est-ce qui vient de se passer ? Qui êtes-vous ?

Il s'approche de moi, et je recule instinctivement jusqu'à ce que mon dos heurte le mur de briques. Il est immense, encore plus grand que je ne le pensais, et sa présence emplit toute la ruelle. L'air autour de lui semble vibrer, chargé d'une énergie étrange qui fait se dresser les poils de mes bras.

— Merci, dit-il simplement.

Sa main se lève vers mon visage, et je devrais fuir, je devrais crier, je devrais faire quelque chose. Mais je reste figée, hypnotisée par ces yeux impossibles, par cette chaleur qui émane de lui et qui enveloppe mes sens.

Ses doigts effleurent ma joue, légers comme une plume. À ce contact, la chaleur que j'avais ressentie plus tôt à l'hôpital explose dans ma poitrine. C'est comme si un courant électrique traversait mon corps, embrasant chaque terminaison nerveuse, chaque cellule, chaque atome de mon être.

L'homme retire sa main brusquement, comme s'il s'était brûlé. Son expression change, passant de la reconnaissance à une stupeur qui confine à l'effroi.

— Non, murmure-t-il. Pas maintenant. Pas elle.

— Quoi ? demandé-je, encore étourdie par la sensation.

Il recule d'un pas, puis d'un autre, sans me quitter des yeux.

— Fuyez, dit-il d'une voix pressante. Rentrez chez vous. Oubliez cette rencontre. Oubliez-moi.

— Comment voulez-vous que...

— S'il vous plaît.

Il y a une supplication dans sa voix, une douleur qui n'a rien à voir avec sa blessure physique. Et puis, sans un mot de plus, il tourne les talons et disparaît dans l'obscurité de la ruelle, avalé par la nuit comme s'il n'avait jamais existé.

Je reste là, adossée au mur, le cœur battant à tout rompre. La pluie a redoublé d'intensité, trempant mes vêtements, plaquant mes cheveux sur mon visage. Le froid de novembre commence à pénétrer ma peau, mais je ne le sens pas. Tout mon corps est encore brûlant, comme si la chaleur de cet homme s'était imprimée dans ma chair.

Qu'est-ce qui vient de se passer ?

Je regarde mes mains. Elles tremblent légèrement. Dans la lumière orange du lampadaire lointain, je remarque quelque chose par terre, à l'endroit exact où l'homme était affalé. Je me penche et ramasse l'objet.

C'est un pendentif.

Une chaîne fine, en argent, avec un médaillon circulaire. Je le tiens dans ma paume, le faisant tourner pour l'examiner. Le médaillon est gravé d'un symbole que je ne reconnais pas : une lune stylisée, entrelacée avec ce qui ressemble à des griffes. L'argent est chaud contre ma peau, comme s'il avait conservé la chaleur de son propriétaire.

Je sais que je devrais le jeter. Je sais que je devrais rentrer chez moi, prendre une douche brûlante, et tout oublier. Cet homme est dangereux, ce qui vient de se passer est impossible, et ce pendentif est un lien vers un monde que je ne comprends pas.

Mais au lieu de cela, je serre le médaillon dans mon poing et je me mets à courir.

La pluie m'aveugle, le vent me fouette, mais je cours sans m'arrêter. Je cours comme si tous les démons de mon passé étaient à mes trousses, comme si cet homme aux yeux bleus pouvait surgir de l'ombre à tout moment pour me reprendre ce qu'il a laissé derrière lui. Je cours jusqu'à ce que je franchisse la porte de notre immeuble, jusqu'à ce que je grimpe les escaliers quatre à quatre, jusqu'à ce que je m'effondre dans l'appartement, haletante et trempée.

— Alysson ? appelle Inès depuis la cuisine. C'est toi ?

Je ne réponds pas. Je reste là, dans l'entrée, le pendentif serré contre mon cœur, incapable de bouger, incapable de penser, incapable de comprendre ce qui vient de m'arriver.

La chaleur dans ma poitrine ne s'est pas dissipée.

Elle pulse doucement, comme un second cœur.

Et quelque part, au fond de moi, je sais que cette rencontre dans la ruelle n'était pas un hasard.

Elle était le début.

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