Mag-log inAlyssonNous ne parlons pas en montant l'escalier. Il n'y a rien à dire que le lien ne dise déjà, que nos mains liées ne disent déjà, que nos regards échangés à chaque marche ne disent déjà, et cette absence de mots n'est pas un vide, c'est une plénitude, c'est la musique qui précède le premier accord, c'est le silence exact qu'il faut.Il referme la porte de sa chambre derrière nous, très doucement, comme on referme une porte qu'on ne veut plus rouvrir de la nuit, et il se tourne vers moi, et la lumière est basse, et la cheminée jette des lueurs rousses sur les murs de bois sombre, et je vois dans ses yeux dorés tout ce qu'il retient encore, toute cette retenue accumulée pendant des semaines, cette discipline d'homme qui a juré de ne rien précipiter et qui attend, même maintenant, même à cette seconde, que ce soit moi qui fasse le dernier pas.Alors je fais le dernier pas.Je pose mes mains sur sa poitrine, je sens son cœur qui s'e
Alysson La décision mûrit en moi pendant trois jours, comme les vraies décisions, celles qui ne se prennent pas mais qui se constatent, celles qu'on découvre un matin déjà faites, déjà complètes, déjà installées au fond de soi comme si elles avaient toujours été là. Trois jours pendant lesquels je le regarde. Je le regarde gouverner une meute en état de siège, je le regarde arbitrer des conflits de territoire entre chasseurs, je le regarde écouter les doléances d'une vieille louve qui se plaint de ses voisins avec la même patience que s'il s'agissait d'un traité de paix. Je le regarde m'envoyer, chaque matin, à travers le lien, cette petite poussée de chaleur discrète qui veut dire je suis là, je pense à toi, sans jamais rien exiger en retour. Je le regarde respecter mes limites avec une discipline qui serait presque irritante si elle n'était pas la preuve la plus éclatante de ce qu'il prétend ressentir. Et le troisième so
MariusJe frappe à sa porte un mardi après-midi, sans prévenir, sans y être autorisé, sans tout à fait savoir ce que je viens y faire.C'est Alysson qui m'ouvre. L'humaine. La femme pour laquelle mon Alpha vient de défier trois siècles de tradition, la femme à cause de laquelle, ou grâce à laquelle, je ne sais plus, tout mon monde tangue. Elle est en jean et en pull trop grand, les cheveux attachés n'importe comment, un surligneur jaune coincé derrière l'oreille, et elle me regarde avec cette expression que j'ai apprise à reconnaître chez elle : pas de la peur, pas de la déférence, une évaluation calme, la même que celle d'un médecin devant un patient dont il ignore encore le dossier.— Marius, dit-elle. Entre.Elle ne demande pas pourquoi je suis là. Elle me laisse entrer, elle referme la porte, elle me désigne le fauteuil près de la fenêtre, elle s'assied en face sur le bord du lit, et elle attend. Cette femme sait attendre. C'est une
BalthazarJ'ai attendu. J'ai patienté. J'ai observé l'humaine s'installer, s'intégrer, gagner des cœurs, la cuisinière, le jeune blessé, la compagne de Marius, cette ruse des femmes faibles qui savent toujours entrer par les cuisines. J'ai observé Dorian changer, se transformer sous mes yeux en quelque chose que je ne reconnais plus, cet Alpha qui veillait sur la meute devenu un homme qui veille sur une femme. J'ai observé les rapports s'empiler, l'Étoile Noire s'armer, les Loups du Nord descendre. Et j'ai attendu que la raison revienne d'elle-même.Elle n'est pas revenue. Alors j'agis.Je convoque l'assemblée des Anciens, les trois que nous sommes, Tristan, Gareth et moi, et j'exige la présence de l'Alpha, ce qui est mon droit, mon droit le plus ancien, celui que même un Alpha ne peut refuser sans casser quelque chose d'irrémédiable. Nous nous réunissons dans la salle basse, la salle de pierre nue où les Anciens siègent depuis trois siècles, et
Dorian Il y a une dernière chose que je ne lui ai jamais dite. Une dernière couche. Je m'en rends compte ce soir-là, devant le feu de la bibliothèque, alors qu'elle me parle de sa journée, de ses cours par correspondance, d'une question d'anatomie qu'elle discute avec Elena, d'Alessio qui se remet bien, et que je réalise que je lui ai raconté Mélisandre comme on raconte une erreur de jeunesse, alors que la vérité est plus froide, plus politique, plus laide. — Alysson, dis-je, en l'interrompant doucement. Il faut que je te parle de Mélisandre. Vraiment. Il y a des choses que je t'ai simplifiées. Elle repose sa tasse. Elle me regarde. Elle ne dit pas tu m'as menti ? Elle me connaît assez, maintenant, pour savoir que ce n'est pas dans ma nature, mais elle attend, et son attente est une lame. — Je t'ai dit qu'elle était ma compagne destinée. C'est vrai. Mais ce que je ne t'ai pas dit, c'est ce que cette union re
AlyssonC'est devenu impossible à nier. Je l'ai nié pendant des jours, je l'ai rangé dans la case du lien, dans la case de la gratitude, dans la case du traumatisme partagé, mais les cases débordent, les étiquettes ne tiennent plus, et la vérité est là, brutale et simple : je désire cet homme.Ce n'est plus seulement le lien. Le lien est une musique de fond, une résonance, un fil. Ce que je ressens maintenant est autre chose, quelque chose de beaucoup plus simple et de beaucoup plus ancien que les phénomènes surnaturels : c'est du désir, de l'attirance pure, cette gravité stupide et magnifique qui fait que je perds le fil de mes pensées quand il entre dans une pièce, que je retiens mon souffle quand il passe près de moi, que je mémorise sans le vouloir des détails absurdes, la façon dont il roule ses manches quand il travaille, la veine qui court sur son avant-bras, l'exacte couleur de ses yeux quand le soleil les frappe de biais, doré foncé au centre, pr







