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MIENNE : LA PROMESSE DE L'ALPHA
MIENNE : LA PROMESSE DE L'ALPHA
Penulis: MICHA BOOKS

CHAPITRE 01

Penulis: MICHA BOOKS
last update Tanggal publikasi: 2026-10-12 16:12:23

POINT DE VUE DE KAELIA

— Elle m’a ensorcelé ! a sangloté Orion.

Sa voix s’est brisée délibérément, produisant un son rauque et pitoyable qui a aussitôt résonné contre les grands murs de pierre de la salle du tribunal. Il en rajoutait sciemment, jouant la comédie avec une théâtralité calculée pour capter l'attention de la foule assemblée.

— Je ne l’ai jamais voulue, a-t-il poursuivi en étouffant un nouveau hoquet de détresse. Je ne l’ai jamais aimée ! C’est… c’est du poison, Père, pur et simple.

Mes yeux se sont agrandis dans un mélange d'effroi et d'incrédulité. Le sang s'est figé dans mes veines. Quoi ? Mais de quoi parlait-il exactement ? Comment pouvait-il prononcer de telles horreurs après tout ce que nous avions partagé ?

— Elle t’a ensorcelé ?

L’Alpha Lucius a lentement haussé un sourcil sombre. Le ton de sa voix était lourd, dégoulinant d'un scepticisme presque théâtral.

Et au fond, pourquoi n’aurait-il pas feint de douter ? Pour toute la meute, j’étais l’avorton de la lignée, l’oméga maudite et insignifiante qui était censée avoir causé la perte de sa propre famille des années plus tôt.

Orion a hoché la tête de manière frénétique, faisant voler ses cheveux châtains trempés de sueur sur son visage. Dans un geste d'une lâcheté absolue, il s’est laissé glisser davantage, rampant littéralement sur le sol de pierre glacé de la salle d'audience pour se rapprocher de l'estrade royale.

— Oui, Père, oui ! a-t-il crié, la voix étranglée par de fausses larmes. Vous me connaissez mieux que quiconque. Jamais, si j'avais été sain d’esprit, je ne dirais que j’aime…

Il a interrompu sa phrase et s'est brusquement tourné vers moi. Le dédain gravé sur ses traits m’a frappée de plein fouet, avec la violence physique d'une gifle reçue en plein visage. Ces yeux verts qui, quelques heures plus tôt encore, brillaient de ce que je croyais naïvement être de l’amour pur, n’affichaient plus désormais qu’un mépris glacial et viscéral.

— Je n’aimerais jamais cette chose, a-t-il continué en me désignant d'un doigt tremblant, et encore moins au point d'envisager de m’enfuir avec elle.

Ses pleurs ont redoublé d'intensité, résonnant sous les voûtes de la pièce.

— Je vous le jure, Père, je n’étais pas dans mon état normal quand tout cela s'est produit.

Je suis restée là, impuissante, agenouillée sur le sol dur, tandis que plus d’une centaine d’yeux hostiles me brûlaient littéralement le dos. La foule recrachait sur moi un mélange suffocant de dégoût, de jugement hâtif et de haine pure. Tout se déroulait d'une manière effroyablement rapide, comme un cauchemar éveillé dont mon esprit cherchait désespérément à se réveiller.

Orion, l’héritier direct de l’Alpha, cet homme qui me reniait aujourd'hui publiquement devant la meute entière, m’avait pourtant dit qu’il m’aimait d’innombrables fois. Il me l'avait murmuré lorsqu'il était enfoui au plus profond de moi dans l'intimité, tout comme lorsqu'il me tenait simplement serrée contre lui dans l’obscurité de la nuit. Au tout début, je ne l’avais pas cru. Comment l’aurais-je pu, après tout ?

J’étais née au sein de l’une des plus grandes et des plus respectables familles de la meute. Mais peu après ma naissance, la fortune de mes parents a subitement commencé à s’effriter sans explication. L'entreprise familiale a fait faillite en l'espace de quelques mois. La ferme s'est asséchée, les récoltes ont pourri sur pied et nos animaux sont tous tombés malades les uns après les autres.

Désespérés, mes parents ont fini par consulter les grands chamans du nord. C'est là qu'ils ont appris la vérité : je portais en moi ce qu'ils appelaient l’Œil de Solis, un don ancestral censé apporter la prospérité absolue à tout ce qu’il touchait. Mon œil droit tourbillonnait de nuances d’or, d’argent et de bleu, ressemblant à une véritable tempête de lumière piégée derrière une bille de verre. Mais mon œil gauche, lui, était d'un bleu uni, totalement ordinaire. Pour que la bénédiction soit complète et bénéfique, l’Œil était censé s'exprimer de manière identique dans les deux pupilles. En moi, le don était bancal, déformé.

Les chamans n'ont pas tardé à trancher : ils ont nommé cette anomalie l’Ombre de Solis, prétendant qu'il s'agissait d'une obscurité malsaine venue corrompre la lumière divine. Ils ont adressé un avertissement très clair à mes parents : abandonnez immédiatement cet enfant ou préparez-vous à affronter votre ruine totale. Mes parents ont catégoriquement refusé. Ils m’aimaient bien trop pour m'abandonner à mon sort.

Et cet amour inconditionnel les a tués.

J’avais à peine cinq ans lorsque le feu a ravagé notre maison familiale au milieu de la nuit. L'incendie effroyable a tout consumé sur son passage : mes parents, mes frères et sœurs, absolument tout le monde, sauf moi. Je suis sortie de ce brasier sans la moindre égratignure, les flammes redoutables s’écartant sur mon passage comme si elles craignaient la puissance obscure qui sommeillait au fond de mon œil.

À partir de ce jour tragique, l’Alpha Lucius s’est personnellement assuré que personne au sein du village ne m’accueille sous son toit. Il m’a gardée scrupuleusement isolée à la toute périphérie du territoire, m’observant constamment de loin avec méfiance tout en répétant publiquement à qui voulait l'entendre que j’étais une créature maudite.

J’ai ainsi été totalement rejetée par les miens, forcée de survivre aux abords de la ville dans une cabane en bois complètement délabrée. Je subsistais péniblement en glanant des restes de nourriture et en ramassant des baies sauvages dans la forêt. Lorsque je m'aventurais trop près des habitations, les enfants me jetaient des pierres pour chasser le démon, tandis que les adultes détournaient vivement le regard sur mon passage. Avec le temps, j’ai appris à devenir invisible pour me protéger.

Jusqu’à ce qu'Orion n'apparaisse dans ma vie.

Il avait dix ans lorsqu'il s'est présenté pour la première fois à la lisière de ma clairière. Avec ses cheveux dorés et ses yeux verts empreints d'une curiosité naïve, il se tenait là, immobile.

— Pourquoi est-ce qu’ils te détestent tous autant ? a-t-il demandé brusquement en me lançant une pomme rouge qu'il tenait en main.

Je n’ai pas répondu tout de suite. À cette époque, j'avais appris que les mots étaient dangereux. Mais contre toute attente, il a continué à revenir me voir, jour après jour, en secret, apportant avec lui des histoires du village et ses rires sincères. Il est devenu sans que je m'en rende compte le tout premier ami que j’aie jamais eu.

À mesure que nous grandissions, ces visites innocentes se sont progressivement transformées en caresses volées à l'abri des regards, puis en promesses passionnées murmurées à l'ombre des grands arbres. À l'âge de seize ans, il m’a avoué ses sentiments, son regard plongé dans le mien :

— Je t’aime, Kaelia. Qu'importe cette soi-disant malédiction, tu es à moi et je suis à toi.

Et je l’ai cru. Pendant des années, nous nous sommes cachés pour vivre cet amour proscrit. Son contact physique était la seule et unique source de chaleur dans mon existence misérable.

Puis, il y a quelques semaines de cela, il s’est agenouillé devant moi dans la clairière éclairée par la lune, le regard plus ardent et déterminé que jamais.

— Nous devons partir d'ici, Kaelia, m'a-t-il dit avec urgence. Mon père n’acceptera jamais notre union. Nous allons nous enfuir loin de cette meute et recommencer une nouvelle vie ailleurs.

J’ai accepté sans hésiter. La nuit dernière, nous avons enfin mis notre plan à exécution et nous nous sommes sauvés. Mais la fuite a été de courte durée : nous avons été rattrapés par les patrouilleurs avant même le lever de l’aube. Ils m’ont sauvagement projetée dans une cellule sombre aux barreaux d’argent pur, tandis qu'Orion était escorté séparément vers la grande maison de la meute. Et nous en arrivions maintenant à cette mascarade.

— Père, je vous en prie ! a une nouvelle fois supplié Orion, la voix brisée par de faux sanglots alors qu’il continuait de meurtrir ses genoux nus contre la pierre de la salle.

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