ログインAnouk
Les heures passent.
Je suis toujours au chevet de Marc. Il dort. Il se réveille par moments, ouvre les yeux, me regarde, puis se rendort. Il est trop faible pour parler, trop faible pour faire autre chose que respirer.
Mais il est là. Il vit. C'est tout ce qui compte.
La nuit tombe. Les lumières de l'hôpital s'allument, tamisées, jaunes. Le couloir se vide, les infirmières parlent plus bas, les pas s'espa
Il se retire doucement, rabat sa chemise, reboutonne son jean. Il me tend la main. Je descends de la table, les jambes flageolantes, et je ramasse la robe. Elle est toute froissée, mais le tissu est noble, il suffira d'un coup de vapeur pour la défroisser. — Tu vas la prendre ? demande-t-il. — Oui. C'est elle. C'est la bonne. — Comment tu sais ? — Parce que dedans, je suis moi. Et parce que tu as failli pleurer. — Je n'ai pas failli pleurer. J'avais une poussière dans l'œil. — Bien sûr. — Et toi ? — Moi, quoi ? — Dedans, comment tu te sens ? Je réfléchis une seconde, mes doigts caressant le tissu froissé, mes yeux rivés aux siens. — Invincible, dis-je. Aimée. Libre. — Alors c'est la bonne. Il m'embrasse, un baiser léger, doux, tendre, qui contraste avec l'urgence d'il y a quelques
La robe glisse sur ma peau comme de l'eau, épouse mes formes sans les contraindre, souligne ma taille, caresse mes hanches, effleure mes chevilles. Le tissu est léger, aérien, presque impalpable. Je me regarde dans le miroir, et pour la première fois de la journée, je me reconnais. Je vois Anouk. Pas un mannequin, pas une princesse, pas une étrangère. Anouk. La femme qui a survécu, la femme qui a aimé, la femme qui va épouser Dante. Je tire le rideau. Je sors de la cabine. Clara pose son verre, se lève, porte sa main à sa bouche. Ses yeux s'embuent, ses lèvres tremblent. Sofia elle-même arrête de boire son café, pose la tasse, me regarde avec une intensité nouvelle. — C'est celle-là, murmure Clara. C'est elle. C'est toi. — Sì, dit Rosalia en hochant la tête gravement. Questa è lei. C'est vous. Je me tourne vers le grand miroir, je me contemple. Je ne pleure pas, mais mes yeux brillent. La robe est parfa
Il m'embrasse. Un baiser lent, tendre, qui goûte le thé au citron, la pluie sur les vitres, les mots qu'on vient d'échanger. Ses mains glissent sous mon pull, caressent ma peau nue, mes côtes, mon dos. Je frissonne. — Alors, dit-il en détachant ses lèvres des miennes, par quoi on commence ? — Par le lieu. Il faut trouver un lieu. — J'ai une idée. — Déjà ? — Depuis longtemps. Une propriété dans l'arrière-pays, un mas du dix-huitième siècle, perché sur une colline, entouré de vignes et de cyprès. Tu connais déjà. On y était invités il y a quelques mois. Leo et Clara s'y sont mariés. — Le mas de Clara et Leo ? — Le même. Le propriétaire est un ami de Matteo. Il nous le louera pour une bouchée de pain. Et puis... ça aurait une signification. — Laquelle ? — Continuer ce qu'ils ont commencé. L'amour dans ce clan. La vie après la mort. La lumière
Anouk La pluie tambourine contre les vitres du salon, un staccato irrégulier, presque musical. Le mistral s'est levé dans la nuit, charriant des nuages noirs depuis le golfe du Lion, et maintenant Marseille grelotte sous une averse glacée de mars. Les gouttes frappent les carreaux comme des doigts impatients. Le ciel est bas, lourd, uniformément gris. La lumière est pauvre, une lumière d'aquarium, qui brouille les contours des meubles et noie le salon dans une pénombre bleutée. Je suis assise en tailleur sur le canapé, une tasse de thé brûlant coincée entre les paumes, les jambes repliées sous un plaid en laine des Abruzzes que ma mère m'a tricoté l'hiver dernier. Dante est affalé dans le fauteuil en cuir en face de moi, ses pieds nus posés sur la table basse, une pile de magazines de mariage entre nous. Des brochures luxueuses, glacées, pleines de femmes en robes blanches et de tables décorées de fleurs exotiques. Je les ai achetées ce matin chez le libraire du Vieux-Port, fébr
Clara bondit de sa chaise, les mains sur la bouche, même si elle est déjà au courant, même si elle a vu l'anneau, même si elle savait. Marc reste figé, ses sourcils qui montent, sa fourchette qui tombe sur la nappe avec un bruit sourd. Matteo éclate de rire, un rire tonitruant qui fait trembler les verres, et il tape du poing sur la table en criant Enfin ! dans un italien rugueux. Sofia sourit, un vrai sourire, le premier que je lui vois depuis des années, un sourire qui transforme son visage, qui le rend presque doux. Tout le monde applaudit, des cris de félicitations fusent de toutes parts, les serveurs eux-mêmes s'arrêtent pour regarder la scène. Marc se lève, contourne la table, s'approche de Dante. Il le regarde longuement, un regard intense, scrutateur. Puis il le prend dans ses bras, une accolade brusque, virile, qui claque. — T'as mis le temps, dit-il, la voix enrouée. — Je sais. — Si tu lui fais du mal, je te tue. — Je sais aussi. — Je suis sérieux. — Moi aussi. Marc
Anouk Le restaurant est perché sur la corniche, une terrasse suspendue entre ciel et mer, protégée du mistral par des baies vitrées et des oliviers centenaires en pot. Les tables sont nappées de blanc, les couverts brillent sous les suspensions en cuivre martelé, les verres à pied étincellent comme des diamants. La Méditerranée s'étale en contrebas, immense plaque d'ardoise bleue piquetée d'or par le soleil de midi. Les îles du Frioul flottent à l'horizon, floues dans la brume de chaleur. Un voilier blanc tire des bords, sa voile gonflée par le vent du large. J'ai les mains moites. Je les essuie sur ma robe pour la troisième fois depuis qu'on s'est assis. Une robe bleu nuit, toute simple, que Dante m'a offerte la semaine dernière sans raison apparente. Maintenant je comprends pourquoi. Il savait. Il préparait ce déjeuner depuis des jours, dans le dos de tout le monde, avec la minutie d'un stratège militaire. Il a réservé la meilleure table, celle au fond, à l'écart, protégée par
AnoukJe suis toujours assise par terre, le dos contre la porte de ma chambre. La sensation du bois froid à travers la fine soie de ma robe me ramène peu à peu à la réalité. À la réalité de cet endroit. À la réalité de lui.Son rire résonne encore dans mes oreilles. Pas un rire moqueur. Un rire de
DanteLa porte blindée de l’ascenseur privé se referme dans un silence feutré. L’air conditionné murmure. Je m’adosse à la paroi de cuir, fermant les yeux. Mais ce n’est pas le froid du métal que je sens contre ma peau. C’est le regard d’Anouk.Brûlant. Terrifié. Fasciné.« Mon Dieu. Comme il est…
AnoukLa porte de la suite se referme derrière moi avec un clic définitif, trop doux pour un verrou de prison. Le silence est immédiat, épais, écrasant. Tout le luxe environnant – les marbres, les soieries, les fleurs fraîches renouvelées en mon absence – se fige en un décor parfait et mort.Mon co
AnoukNous passons à une sculpture, un bronze tourmenté. Il me parle technique, fonte à la cire perdue, patine. Sa connaissance est encyclopédique, sa passion, palpable. Cet homme-là n’est pas un faux. Il aime cela. C’est réel. Cela rend le reste , le danger que je sens en lui, l’ambiguïté de ses g







