LOGINElle court vers nous pieds nus sur le sol du toit, ses petits pas claquant sur les dalles, sa chemise de nuit flottant au vent, et elle se jette entre nous, se blottit contre moi, attrape la main de son père. Nous sommes trois, assis côte à côte, face à la mer, face à la ville, face à l'avenir. Une famille. Notre famille. Je regarde Maria, son visage innocent, radieux, confiant. Elle ne sait rien des ténèbres, elle ne connaît que la lumière. Je regarde Dante, son profil buriné, ses cicatrices, ses yeux noirs et brillants. L'homme le plus dangereux de Marseille est devenu le plus tendre des pères, le plus aimant des époux. Je pense à tout le chemin parcouru, à tout ce que nous avons traversé pour en arriver là. De l'écrivaine paumée à la femme d'un parrain. De la fille abandonnée à la mère aimante. De la survivante à la vivante. Je regarde Dante, il me regarde, et je souris. — Je t'aime, mon psychopathe. — Je t'aime, mon chaos. Il se penche vers moi, m'embrasse, un baiser doux, t
Anouk La nuit nous enveloppe, complice, protectrice, comme une vieille amie qui sait garder les secrets. Le vieil appartement vibre de nos souffles mêlés, de nos gémissements étouffés, de nos corps qui se cherchent, se trouvent, se reconnaissent avec cette familiarité émerveillée qui ne s'émousse pas. C'est comme au début, mais en mieux. En infiniment mieux. Parce que c'est nous, construits, solides, éternels, affermis par sept ans de mariage, par les épreuves surmontées, par les nuits d'insomnie avec un nourrisson, par les jours de doute et les soirs de réconciliation. Parce que chaque caresse est chargée de sept ans de souvenirs, de sept ans d'amour, de sept ans de vie partagée. Parce que chaque baiser est une promesse renouvelée, un serment réaffirmé, une éternité recommencée. Il me déshabille lentement, religieusement, comme il sait si bien le faire, comme il a toujours su le faire, depuis la première fois. Ses doigts ne tremblent plus de peur ou d'incertitude, mais d'émotio
Anouk Sept ans. Sept ans que nous sommes mariés, Dante et moi. Sept ans de bonheur, de tempêtes traversées, de nuits d'amour, de matins paresseux, de disputes, de réconciliations, de joies, de peines, de vie. Sept ans de construction patiente, obstinée, amoureuse, brique après brique, sourire après sourire, épreuve après épreuve. Pour notre anniversaire, Dante m'a promis une surprise. Il m'a fait les yeux doux, mystérieux, en me disant simplement : "Mets ta robe préférée, celle que tu portais à Rome, on sort." J'ai obéi, excitée, curieuse, le cœur battant d'anticipation. Il a fait garder Maria par Clara et Leo pour la nuit, une première depuis longtemps. Et maintenant, la Mercedes noire s'arrête devant un immeuble que je reconnais immédiatement, un immeuble du Panier, une façade grise, lépreuse, une porte cochère vermoulue, un escalier étroit qui sent la pierre humide et le passé. La planque. Notre première planque. Celle où nous avons passé notre première nuit, celle où tout a co
Dante Maria a cinq ans, et elle pose des questions. Des questions sur tout, sur le ciel, sur la mer, sur les étoiles, sur les animaux, sur les gens, sur la vie, sur la mort. Des questions innocentes, enfantines, auxquelles il est facile de répondre en quelques mots simples, en souriant, en caressant ses cheveux. Mais aujourd'hui, la question est différente. Aujourd'hui, assise sur mes genoux dans le rocking-chair de sa chambre, bercée par le balancement régulier du bois patiné, elle pose son petit doigt sur la cicatrice qui barre mon avant-bras gauche, une cicatrice ancienne, blanchâtre, boursouflée, souvenir d'une lame ennemie, souvenir d'un combat oublié, souvenir d'une vie d'avant. Elle suit le tracé de la blessure, du poignet jusqu'au coude, avec une attention presque clinique, puis elle relève la tête et me regarde avec ses grands yeux noirs, si semblables aux miens, si différents aussi, pleins d'innocence, de curiosité, d'amour. — Papa, pourquoi t'as des cicatrices ? La
Anouk L'email arrive un matin de septembre, quand le mistral commence à fraîchir et que les premières feuilles des platanes jaunissent sur le Vieux-Port. Envoyé par mon agent littéraire, avec en copie un producteur hollywoodien dont le nom me dit vaguement quelque chose, un type qui a produit des adaptations de romans à succès, des thrillers psychologiques, des drames amoureux encensés par la critique, des films qui ont remporté des prix dans des festivals prestigieux. L'objet du message est en majuscules, comme si l'expéditeur hurlait dans son clavier pour exprimer son enthousiasme : PROPOSITION D'ADAPTATION CINÉMATOGRAPHIQUE. Mon cœur s'emballe, mes mains tremblent, mon regard parcourt les mots en diagonale, incapable de se fixer. L'offre est alléchante, mirobolante, surréaliste. Les conditions sont généreuses, l'enthousiasme du producteur est palpable, presque naïf. Il veut mon livre, il veut mon histoire, il veut mon âme. Il veut adapter mon roman au cinéma, avec des acteurs
Dante Je lis le manuscrit d'Anouk d'une traite, toute la nuit, sans pouvoir m'arrêter, sans vouloir m'arrêter, comme un homme assoiffé qui boit à une source après des jours de désert. Elle s'est endormie sur le canapé à côté de moi, la tête sur mes genoux, son souffle régulier soulevant légèrement ses cheveux, épuisée par des semaines d'écriture intensive, par des jours et des nuits passés à construire cette histoire, à la polir, à la peaufiner, à la réécrire jusqu'à ce que chaque mot sonne juste, jusqu'à ce que chaque phrase vibre, jusqu'à ce que chaque émotion soit à sa place exacte. Je caresse ses cheveux d'une main, lentement, machinalement, comme on caresse un chat endormi, comme on bénit un trésor. De l'autre, je tiens les feuillets imprimés, je tourne les pages, je lis, je dévore, j'absorbe. La lune s'est levée il y a longtemps, elle traverse le ciel, elle redescend vers l'horizon, et je lis toujours. Le petit jour blanchit les fenêtres quand j'arrive aux dernières pages. J
AnoukJe le regarde droit dans les yeux.— Non. J'ai choisi. J'ai choisi d'être différente. J'ai choisi d'aimer. J'ai choisi de vivre. Toi, t'as choisi de haïr. De détruire. De mourir à petit feu.Son regard vacille. Juste une secon
Il s'approche. Lentement, avec précaution à cause de sa blessure. Il pose sa main sur ma nuque, un geste possessif mais tendre.— Il faut qu'on parle, dit Marc. Toi et moi.Dante le regarde.— De quoi ?— D'elle.Mer
AnoukMenton vers l'immeuble d'en face. Je suis son regard. Je ne vois rien. Mais Castellano hésite.— Tu bluffes.— Tu veux vérifier?Silence.Le vent souffle entre les immeubles. Personne ne bouge.Puis Castellano rit. Mais cette fois, c'est un rire jaune.— Tu as de la chance, dit-il à Dante. J'
AnoukL'aube se lève .Je ne dors pas. Je regarde la lumière grise qui filtre à travers les volets. Dante respire calmement contre moi. Sa fièvre est tombée dans la nuit. Le médecin a dit que le plus dur était passé.Mais je sais que le plus dur ne fait que commencer.Mon téléphone vibre sur la tab







