FAZER LOGINJe ris. Un rire léger, apaisé, qui résonne dans le silence de la chambre. La nuit est tombée sur Marseille, les lumières de la ville s'allument une par une derrière la fenêtre, constellation artificielle qui répond aux étoiles. Le bruit de la circulation s'estompe, les derniers scooters, les dernières sirènes. Un chien aboie au loin. Un bébé pleure dans l'appartement du dessous, étouffé par les cloisons. J'ai fini mon livre. Toute ma vie est sur ces pages. Ma douleur, ma peur, ma rage, mon amour. Mes parents, ma fuite, ma reconstruction. Dante, notre rencontre, notre amour, notre survie. Tout est là, noir sur blanc, irréfutable, immortel. Mais ma vraie vie est ici, dans ce lit, dans ses bras. Ce qui compte vraiment, ce n'est pas le passé, ce n'est pas le livre, ce n'est pas ce qui est écrit. C'est cette respiration contre ma tempe, ce bras autour de ma taille, ce cœur sous ma paume, cette chaleur qui m'enveloppe comme un linceu
La porte d'entrée s'ouvre. Les gonds grincent, le parquet craque. Les pas de Dante résonnent dans le couloir, ce pas lourd, reconnaissable entre mille, le pas d'un homme qui a porté le monde toute la journée et qui rentre chez lui déposer son fardeau. Il apparaît dans l'encadrement de la porte du salon, son manteau noir sur les épaules, ses cheveux en bataille, son visage marqué par la fatigue. Il a passé la journée à négocier un accord commercial avec des importateurs corses, une réunion interminable dans un bureau enfumé, plein de chiffres, de menaces voilées et de poignées de main viriles. Je le sais parce qu'il m'a envoyé un message à midi pour me dire Tu me manques. Juste ça. Tu me manques. Comme un gamin. Il s'arrête sur le seuil. Il me regarde. Il voit ma posture, mes mains sur la pile de feuilles, mon visage fatigué, mes yeux secs mais peut-être un peu rouges. Il comprend tout de suite. Pas besoin d'explication. Pas besoin de discours. Cet homme lit en m
Je regarde. La cour du mas, les lanternes, les danseurs, les rires qui fusent, les verres qui tintent, la musique qui s'élève. Leo et Clara qui dansent maintenant, enlacés au milieu des autres, oubliant le monde. Oui. Ça marche. Contre toute attente, ça marche. — On va être heureux, dis-je. — On l'est déjà. — Encore plus. — Alors encore plus. Il me fait tourner, maladroitement, et je ris, et il rit, et la nuit tombe tout à fait, et les étoiles s'allument une par une au-dessus de nos têtes, et la musique continue, et le vin coule, et la vie, la vie est là, simple, pure, éclatante, dans cette cour provençale. Demain, Leo et Clara partiront en lune de miel en Toscane, dans une petite ferme au milieu des oliviers, sans réseau, sans téléphone, sans rien d'autre que leurs corps et leur amour. Pour l'instant, ils dansent. Ils rient. Ils sont vivants. Profondément, magnifiquement v
Ils échangent les alliances. Des anneaux simples, en or blanc, à peine polis, à peine brillants, gravés à l'intérieur de deux mots qu'ils sont les seuls à connaître. Le maire les déclare unis. Ils s'embrassent. Un baiser long, profond, qui n'en finit pas, qui arrache des applaudissements, des sifflements, des cris de joie. Les pétales de rose volent dans les airs, lancés à pleines poignées par les enfants d'un cousin éloigné. Le soleil décline derrière les cyprès, le ciel devient orange, rose, violet, une palette de peintre. Je pleure. Sans retenue. Sans fausse pudeur. Les larmes coulent sur mes joues, salent mes lèvres, tachent ma robe. Je m'en fiche. Dante pleure aussi, même s'il jure le contraire, même s'il renifle en marmonnant quelque chose sur le pollen, la poussière, le vent qui a tourné. Le banquet s'ouvre dans un joyeux chaos méditerranéen. Les tables sont couvertes de plats fumants, de bouteilles de vin et de carafes d'eau fraîche.
Leo attend devant le maire, sous une arche de bois flotté tressé de romarin et de fleurs blanches. Il porte un costume gris clair, une chemise en lin, une cravate lavande qui rappelle le bouquet de Clara. Il a coupé ses cheveux, lui qui les portait toujours longs, noués en catogan, un peu hirsutes. Il a taillé sa barbe. Il s'est même parfumé, ce qui doit être une première dans l'histoire de l'humanité. Leo, le soldat, le tueur, le lieutenant de Dante, l'homme qui a exécuté des ordres que personne n'ose évoquer, cet homme-là ressemble aujourd'hui à un jeune marié ordinaire, nerveux, ému, humain. Je ne l'ai jamais vu comme ça. En vingt ans que Dante le connaît, en six ans que je le connais, je ne l'ai jamais vu comme ça. Ses doigts tripotent le revers de sa veste, se passent dans ses cheveux, se referment en poings dans son dos, s'agitent comme des oiseaux affolés. Sa mâchoire est crispée. Ses yeux brillent. Il a une larme sur la joue, une seule, qu'il n'essu
Je ris. Je caresse ses cheveux, ses tempes, l'arrière de son crâne. Ses yeux sont fermés, son visage est détendu, presque enfantin. La cicatrice sur son front, celle qu'il a eue quand son père l'a frappé avec une bouteille, brille faiblement à la lueur des bougies qui s'éteignent. Je passe mon pouce dessus, doucement, comme on lisse un défaut sur un tissu précieux. — On va se marier, dis-je, pour essayer les mots, pour les goûter. — On va se marier. — Un grand mariage, ou un petit ? — Un petit. Très petit. Juste Leo, Marc, Clara, ta mère, le minimum. — Le minimum vital. — Le minimum essentiel. — Et la robe ? — Blanche. Classique. Dos nu. Pas de dentelle. Pas de strass. Juste du satin, ou de la soie, un truc simple qui te fait ressembler à une déesse grecque. — Tu y as déjà pensé, toi. — J'y pense depuis le premier jour. Depu
Les hommes se dispersent. Silencieux, rapides, efficaces. Des ombres qui glissent entre les containers, qui disparaissent dans l'obscurité. Leo part sur la droite, ses hommes derrière lui. Gérard sur la gauche.Marc s'approche de nous.— On les a, dit-il.
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
Il rit. Un rire doux, triste, magnifique. Un rire qui vient du fond de lui, qui secoue ses épaules, qui fait briller ses yeux.— Ça n'a pas de sens.— Je m'en fous.Je me lève. La chaise tombe derrière moi avec un bruit de bois contre l
Mes doigts sont engourdis, mes yeux brûlent, mon corps entier tremble. Je n'ai pas pleuré en écrivant. Pas vraiment. Les larmes sont restées coincées quelque part entre ma gorge et ma poitrine, comme une boule de verre qui menace d'éclater.Je relis







