FAZER LOGINJe marche vers lui. Chaque pas est une prière, chaque foulée est une offrande. Le gravier crépite sous mes chaussures, les pétales de rose s'écrasent sous mes semelles. Ma mère pleure au premier rang, les mains jointes, le visage inondé de larmes silencieuses. Clara sanglote sans retenue, un mouchoir roulé en boule dans son poing. Le quatuor continue de jouer, la musique monte, s'amplifie, culmine. J'arrive devant lui. Marc dépose un baiser sur ma joue, un baiser de frère, de père, de témoin, puis il recule, va se placer à côté de Leo, son visage ravagé par l'émotion. Dante me prend les mains. Ses doigts tremblent, les siens, qui n'ont jamais tremblé devant personne. Ses yeux sont pleins de larmes, des larmes d'homme, des larmes rares, qui roulent sans couler, qui brillent comme des diamants bruts. — Tu es magnifique, murmure-t-il. — Toi aussi. — Moi, je suis en costume. Toi, tu
Dante referme la porte derrière nous. Le silence retombe, dense, profond, presque palpable. Nous sommes seuls, pour la première fois de la journée, pour la première fois en tant que mari et femme. — Enfin seuls, dit-il. — Enfin. Il s'approche, me fait tourner face à la fenêtre ouverte sur les étoiles. Ses doigts trouvent les boutons dans mon dos, les défont un par un, avec une lenteur infinie, une patience qui contraste avec l'urgence de la veille, sur le tapis de l'entrée. Chaque bouton qui cède est une offrande, chaque centimètre de peau dévoilé est une prière. Sa bouche suit ses doigts, dépose des baisers légers sur ma nuque, mes omoplates, le long de ma colonne vertébrale. La robe glisse de mes épaules, tombe à mes pieds dans un soupir de soie, formant une flaque blanche sur le sol en pierre. Je suis nue, face à la fenêtre, face aux étoiles, seulement vêtue de l'anneau d'acier à mon doigt, de l'alliance par-d
Anouk La propriété est transfigurée. Le mas provençal où Leo et Clara se sont mariés il y a quelques mois est devenu un écrin de fleurs et de lumières, un décor de conte de fées planté sur une colline de l'arrière-pays. Les cyprès centenaires s'élèvent autour de la cour comme des sentinelles bienveillantes. Les vignes alentour sont lourdes de raisins mûrs, promesses de vin nouveau. Le mistral s'est calmé, laissant derrière lui un ciel d'un bleu si pur qu'il en paraît irréel, un bleu de carte postale, un bleu de vitrail. Des guirlandes de fleurs blanches et de feuillages tressés courent le long des façades de pierre blonde, grimpent autour des arches, retombent en cascades parfumées. Des pétales de rose jonchent le chemin qui mène à l'autel improvisé, une arche en bois flotté dressée face aux collines, ornée de pivoines, de lavande, de romarin. Les chaises sont habillées de housses en lin blanc cassé, nouées de rubans de soie ivoire. Part
Anouk Je ne pensais pas qu'il viendrait vraiment. J'ai envoyé cette photo sur un coup de tête, un élan de nostalgie alcoolisée et de solitude amoureuse, un défi à la tradition, à la superstition, à la raison. La mariée ne doit pas voir le marié la veille du mariage, c'est la règle, c'est le porte-bonheur. Mais je n'ai jamais cru aux porte-bonheurs. La seule chose qui me porte chance, c'est lui. Depuis le premier jour, depuis la première nuit, depuis qu'il est entré dans ma vie comme une tempête et qu'il n'en est jamais ressorti. Je suis en train de somnoler, bercée par le ronronnement lointain de la ville et le clapotis de la mer contre les quais, quand j'entends frapper. Pas un coup poli, pas un petit toc-toc discret. Un martèlement sourd, pressant, presque désespéré. Mon cœur s'emballe. Je jaillis du lit, je cours vers la porte, je regarde par le judas. Dante. Il est là, dans le couloir de l'hôtel, les che
Dante L'appartement est vide sans elle. Je tourne en rond comme un lion en cage, du salon à la cuisine, de la cuisine à la chambre, de la chambre au balcon, et retour. Partout, son absence. Son ordinateur éteint sur le bureau, une tasse de thé froid abandonnée sur la table basse, un foulard en soie oublié sur le dossier du canapé. Son odeur flotte encore dans l'air, vanille et jasmin, un parfum qui imprègne les rideaux, les coussins, mes vêtements. Je respire cette odeur comme un naufragé respire l'air du rivage. Elle me manque. Elle me manque tellement que c'en est presque ridicule. On n'est pas séparés depuis douze heures, et j'ai l'impression de porter un vide dans ma poitrine, un trou béant que rien ne peut combler. Marc et Leo m'ont emmené dîner dans un restaurant à viande sur le Vieux-Port, le même que pour mon enterrement de vie de garçon il y a un mois. Ils ont essayé de me distraire, de me faire boire, de me faire rire. Matteo a
Anouk La chambre d'hôtel est trop grande, trop silencieuse, trop vide. Clara a tenu à m'installer dans la suite nuptiale du Marseille Intercontinental, celle avec la terrasse panoramique et la vue sur Notre-Dame-de-la-Garde, celle qu'elle a réservée il y a six mois dans un élan d'enthousiasme organisateur. Les murs sont tendus de soie grège, les rideaux sont en velours vert d'eau, le lustre en cristal de Murano projette des éclats d'arc-en-ciel sur le plafond à caissons. Le lit est immense, un lit à baldaquin drapé de lin blanc, avec des oreillers tellement nombreux que je ne sais pas quoi en faire, des coussins brodés, un jeté de satin ivoire plié au cordeau. Trop de luxe. Trop de silence. Trop d'espace sans lui. Ma robe est suspendue dans le dressing attenant, protégée par une housse en coton bio, prête pour demain. Je l'ai regardée dix fois depuis que Clara m'a déposée ici, en fin d'après-midi, après le dîner de répétition, après les
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
AnoukLa porte du bureau est restée ouverte. Un piège ou une invite ? Les deux, probablement. Les mots de Dante résonnent encore dans l’air feutré de la chambre, se mêlant à l’odeur de cire et de pierre froide. Un prédateur. Elle appartient au jardin. Une phrase qui se voulait définitive, une absor
DanteJe sors un carnet de ma poche intérieure , un carnet en cuir noir, bien différent de celui que j’ai laissé à Anouk. J’y note quelque chose, lentement. Le grattement du stylo-plume sur le papier est le seul bruit.— Le prix, dis-je enfin sans lever les yeux. Il augmente de quinze pour cent. Po
Anouk Je me souviens du bureau. Mon bureau.Je traverse le couloir sur la pointe des pieds, comme si je pouvais déranger quelqu’un. La porte du bureau est entrouverte. A l’intérieur, tout est exactement comme je l’ai laissé : l’ordinateur, le carnet noir, la machine à écrire. Et sur le bureau, à c







