Mag-log inIl s'approche de moi. Il s'accroupit devant le lit. Il pose ses mains sur mes genoux. Ses doigts sont glacés. Ou peut-être que ce sont mes genoux qui sont froids.— Je reviendrai, dit-il. Parce que je t'aime. Parce que tu m'attends. Parce que j'ai quelque chose à perdre, maintenant. Pour la première fois de ma vie.— Je t'attendrai.— Je reviendrai.— Tu le jures ?— Je le jure.Il se lève. Il m'embrasse sur le front. Un baiser rapide, presque froid. Puis il se dirige vers la porte.— Dante, dis-je.Il s'arrête. Il ne se retourne pas.— Fais attention à toi.— Toujours.Il sort. La porte claque. Le bruit résonne dans l'appartement vide, se répercute dans le couloir, s'éteint dans l'escalier.Je reste seule dans le lit. Seule dans l'appartement. Seule dans la ville.
Il entre en moi. D'un seul geste. Sans douceur. Sans précaution. Comme un homme qui revient de la guerre, qui a besoin de sentir qu'il est vivant, qu'elle est vivante, qu'ils sont vivants.Je crie. De surprise, de plaisir, de douleur. Ma tête heurte le bras du canapé. Je m'en fous.— Pardon, dit-il.— Ne t'arrête pas.Il bouge. Lentement d'abord. Comme s'il se retenait. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Son bassin cogne contre le mien. Le canapé grince. Le mur tremble.Ses mains sont partout. Mes seins, mes hanches, mes cuisses. Il me possède. Il me prend. Il me fait sienne. Il m'oublie. Il s'oublie.— Regarde-moi, dit-il.Je le regarde.Son visage est tendu, concentré, presque douloureux. Une veine bat sur sa tempe. Ses yeux sont brillants, humides, fous. Des larmes, peut-être. Ou juste la lumière.— Je t'aime, répèt
AnoukL'aéroport est bondé. Des gens qui courent, des valises qui roulent, des haut-parleurs qui annoncent des vols dans une langue qui n'est la mienne. Des familles qui partent en vacances, des hommes d'affaires en costume, des enfants qui pleurent.Je sors de l'avion, les jambes lourdes, le cœur léger. Le vol a été court. Deux heures à peine. Deux heures à regarder par le hublot, à voir les nuages défiler, à penser à elle. À ses mains, à sa voix, à son parfum de thé vert.Je l'ai vue. Ma mère. Elle est vivante. Elle est réelle. Elle m'a serrée dans ses bras.Maintenant, je dois retrouver Dante.Marc m'attend dans le hall. Il est debout près du kiosque à journaux, un café à la main, le visage fermé. Il me voit, il me fait signe. Il ne sourit pas. Il n'a pas souri depuis
Elle verse le thé dans deux tasses. Les tasses sont blanches, fines, presque transparentes. De la porcelaine. La bonne porcelaine. Celle qu'on sort pour les occasions.— Je pensais à toi tous les jours, dit-elle. Toutes les nuits. À chaque fois que je voyais une petite fille, à chaque fois que j'entendais un rire, à chaque fois que je lisais un livre.— Pourquoi tu n'es jamais revenue ?— Parce que j'avais peur. Peur de te revoir. Peur que tu me rejettes. Peur de ne pas être à la hauteur.— Tu es ma mère. Tu seras toujours à la hauteur.— Tu es gentille.— Je suis honnête.Elle me regarde. Ses yeux sont clairs, fatigués, heureux. Il y a quelque chose de nouveau en elle. Quelque chose qui n'était pas là avant. Une paix. Une acceptation.— Raconte-moi ta vie, dit-elle. Tout. Depuis le d&
AnoukLe village est perché sur une montagne. Des ruelles étroites, des maisons en pierre, des fleurs aux fenêtres. Des géraniums rouges, des bougainvillées violettes, du jasmin blanc. L'air sent le thym, le romarin, la terre chaude.Santo Stefano di Sessanio. Un nom qui danse sur la langue, qui sent le soleil et la terre et l'herbe séchée. Un nom qui ressemble à une chanson.Marc est resté en bas, dans la voiture. Il n'a pas voulu monter. Il a dit que c'était entre elle et moi. Il a dit qu'il attendrait. Il a dit qu'il avait peur.Je marche dans les ruelles. Mes pas résonnent sur les pavés inégaux, usés par des siècles de pieds, de sabots, de pneus. Le vent est doux, le ciel est bleu, la vie est belle. Les hirondelles volent au-dessus des toits. Un chat dort sur un mur, le ventre au soleil.Devant moi, une porte bleue. Une porte pe
Je regarde par la fenêtre. Les paysages défilent. Des collines vertes, des champs de tournesols, des villages perchés sur des rochers. La France. L'Italie. La frontière est proche. Un panneau indique Vintimille. Vingt kilomètres.— Où on va exactement ? demandé-je.— Dans les Abruzzes. Un village qui s'appelle Santo Stefano di Sessanio. C'est perché sur une montagne. Il n'y a presque personne. Juste des pierres, du vent, et le ciel.— Elle vit seule ?— Elle vit avec un chat. Et des livres. Beaucoup de livres.— Elle est heureuse ?— Je ne sais pas. Elle dit qu'elle est en vie. C'est déjà ça.Le silence s'installe à nouveau. La nuit est tombée. Les phares éclairent la route. Des lignes blanches, des lignes jaunes, des panneaux réfléchissants.— Arrête-toi, d
Il ne dit rien. Il lève sa main, pose ses doigts sur ma joue. Ses doigts sont tièdes, ils tracent le contour de ma pommette, suivent la ligne de ma mâchoire, s'attardent sur mes lèvres.— Tu ne me perdras pas, dit-il.— Tu ne peux pas le promettre.— Je le prome
Les hommes se dispersent. Silencieux, rapides, efficaces. Des ombres qui glissent entre les containers, qui disparaissent dans l'obscurité. Leo part sur la droite, ses hommes derrière lui. Gérard sur la gauche.Marc s'approche de nous.— On les a, dit-il.
CHAPITRE 85 : LA VEILLE DE L'ATTAQUEIl accélère. Je m'accroche à lui, mes ongles dans son dos, mes jambes autour de ses hanches. Le plaisir monte, vague après vague, emportant tout sur son passage. La peur, l'angoisse, le doute.&mdas
Il rit. Un rire doux, triste, magnifique. Un rire qui vient du fond de lui, qui secoue ses épaules, qui fait briller ses yeux.— Ça n'a pas de sens.— Je m'en fous.Je me lève. La chaise tombe derrière moi avec un bruit de bois contre l







