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Chapitre 2

Author: Pacey Kade
last update Petsa ng paglalathala: 2026-07-29 17:23:24

Point de vue d’Isabella

Je ne sais pas pourquoi j’ai continué à lui parler.

Peut-être parce qu’il ne me regardait pas avec pitié.

Pour la première fois depuis des heures, quelqu’un me voyait comme une véritable personne et non comme un problème.

Nous avons parlé pendant près de deux heures.

Je ne suis pas entrée dans les détails de ce qui m’était arrivé et je n’ai jamais prononcé le nom d’Ethan.

Nous avons simplement parlé de choses ordinaires.

De la beauté de la skyline de New York la nuit, vue depuis l’hôtel.

De la façon dont il détestait les conversations superficielles lors des grandes réceptions.

De mon amour pour l’élaboration de stratégies d’entreprise, sans jamais vouloir être sous les projecteurs.

Il m’écoutait comme si chacun de mes mots avait de l’importance.

Sa voix était grave et posée, mais je sentais sous son calme une profonde solitude qui faisait écho à la mienne ce soir-là.

— Vous n’êtes pas originaire de New York, dit-il en m’observant attentivement.

— Je viens de Chicago, répondis-je. Mais je vis ici depuis des années à cause de... lui.

Je m’interrompis.

— Ça n’a plus d’importance maintenant.

Damien s’adossa à son siège et fit tourner les dernières gouttes de whisky dans son verre.

— Tout le monde a une histoire avec un "lui" ou un "elle". L’essentiel est de ne pas les laisser vous détruire complètement.

Je lui adressai un sourire triste.

— Je crois qu’il est peut-être déjà trop tard pour ça.

Il inclina légèrement la tête.

— Pourquoi dites-vous cela ? Vous semblez encore avoir de la combativité. La plupart des gens à votre place seraient au téléphone, en larmes avec leurs amis, ou en train de chercher comment se venger. Vous, vous êtes ici à parler de la skyline et de votre travail, comme si vous essayiez de retrouver la personne que vous étiez avant cette soirée.

Je laissai échapper un léger soupir en haussant les épaules.

— C’est peut-être exactement ce que je fais. J’ai l’impression que tout ce pour quoi j’ai travaillé m’a explosé au visage. Est-ce que cela vous est déjà arrivé ? Avoir consacré toute votre énergie à construire quelque chose d’important... pour finalement réaliser que c’était pour la mauvaise personne ?

Les yeux gris de Damien s’adoucirent légèrement.

— Bien plus souvent que vous ne l’imaginez. J’ai bâti Blackwood Holdings à partir de rien. Des nuits interminables et des décisions difficiles qui m’ont coûté plus que je ne voudrais l’admettre. Pourtant, même le succès peut parfois vous laisser un immense vide. Et vous ? Quelle partie de votre travail préfériez-vous ?

Je réfléchis un instant, surprise qu’il s’y intéresse vraiment.

— Les présentations aux investisseurs, surtout. Transformer des idées désordonnées en quelque chose de clair, capable de convaincre les gens. C’était comme résoudre une énigme. J’adorais ça. En revanche, parler devant tout le monde... ça m’a toujours terrifiée.

Il acquiesça lentement.

— Intelligent. Trop de gens recherchent les projecteurs et oublient le véritable travail. C’est aussi pour cette raison que je déteste les galas. Tout le monde sourit, échange des banalités. "Comment vont les affaires, Damien ?" Ils s’en moquent. Ils veulent simplement être vus à mes côtés. Si cette soirée avait été différente, qu’auriez-vous préféré faire ?

Je bus une gorgée de mon eau pétillante, me sentant un peu mieux.

— Quelque chose de simple. Me promener à Central Park, prendre un café et griffonner des idées sur une serviette en papier. Ou rester chez moi avec un bon livre. Sans pression. Et vous ? Comment vous détendez-vous lorsque vous ne dirigez pas un empire ?

Un léger sourire effleura ses lèvres avant de disparaître.

— Me détendre ? Cela fait des années que je ne sais plus ce que c’est. Je lis des rapports tard dans la nuit ou je relis des contrats. Il m’arrive parfois de quitter la ville en voiture simplement pour réfléchir sans que mon téléphone ne sonne. Ma femme m’emmenait autrefois dîner dans de petits restaurants tranquilles ou visiter des expositions d’art. Après sa mort... plus rien n’avait la même saveur.

— Je suis désolée, murmurai-je doucement. Perdre quelqu’un qui vous apportait un tel équilibre... cela doit être terrible.

Il me regarda longuement.

— Cela vous change. Peut-être que cela vous rend plus froid. Beaucoup disent que je cherche à tout contrôler depuis ce jour.

Damien reposa son verre.

— Chaque jour. Mon fils pense tout savoir des affaires, mais il ne connaît rien à la véritable pression. Les familles compliquent tout. Elles s’attendent toujours à ce que vous restiez fort. Pourtant... être assis ici avec vous... cela faisait longtemps que je n’avais pas eu une conversation sincère, sans arrière-pensée.

Je sentis mes joues se réchauffer sous son regard.

— Moi aussi. Vous n’êtes pas du tout l’homme auquel je m’attendais. Les magazines vous décrivent comme quelqu’un d’effrayant, toujours dix coups d’avance sur tout le monde.

Il eut un léger rire.

— C’est peut-être vrai. Mais ce soir, je suis seulement un homme qui partage un verre avec une femme intéressante qui refuse de s’effondrer. Cela demande du courage, Isabella. La plupart des gens m’auraient déjà demandé de l’argent, des conseils ou même un emploi. Pourquoi pas vous ?

Je répondis sans hésiter.

— Parce que les faveurs ont toujours un prix. Et je suis fatiguée de payer ce prix. J’ai donné six ans de ma vie à quelqu’un qui m’a promis le monde pour ne me laisser que de la souffrance. Je dois trouver une solution par moi-même, même si cela me fait peur. Surtout maintenant qu’un bébé arrive.

Il se pencha légèrement vers moi.

— Cet enfant change effectivement tout. Vous avez besoin de stabilité et d’un véritable plan. Avez-vous déjà réfléchi à ce que vous ferez la semaine prochaine ? Ou le mois prochain ?

Je secouai doucement la tête.

— Pas vraiment. Tout est flou. Les nausées sont de plus en plus difficiles à supporter, et je n’arrête pas de revivre notre dispute. Il m’a dit que je n’étais qu’un simple soutien... comme si je n’avais jamais compté. Pensez-vous que les gens puissent changer aussi vite ? Ou bien était-il ainsi depuis le début, et je me suis simplement refusée à voir les signes ?

Damien répondit d’une voix calme.

— Les gens changent rarement. Ils cessent simplement de faire semblant. Ce soir, vous avez enfin vu son vrai visage. C’est douloureux, mais c’est préférable à une vie entière passée dans le mensonge. Vous méritez bien mieux que d’être l’assistante invisible de quelqu’un.

Ses paroles étaient directes, mais d’une étrange douceur.

Le temps passa, et la fatigue finit par s'abattre sur moi.

— Je devrais rentrer, dis-je finalement en me levant sur des jambes tremblantes. La grossesse me vidait complètement de mes forces.

Il se leva à son tour, me dominant de toute sa hauteur.

— Il est tard. Mon chauffeur va vous raccompagner.

— Ce n’est vraiment pas nécessaire...

— Ce n’était pas une proposition.

Le ton de sa voix ne laissait aucune place à la discussion.

Avant même que je puisse protester, son téléphone sonna.

Il regarda l’écran, et sa mâchoire se crispa.

— Accordez-moi un instant.

Il s’éloigna pour répondre.

Lorsqu’il revint, son visage était encore plus fermé.

— Les choses ont changé. Vous restez ici cette nuit. Ma suite possède une chambre d’amis.

Je le regardai, abasourdie.

— Monsieur Blackwood, je ne peux pas simplement...

— Damien, me corrigea-t-il fermement.

Puis sa voix s’adoucit.

— Vous êtes sur le point de vous écrouler, Isabella. Laissez-moi au moins m’occuper de cela, ce soir.

J’étais trop épuisée pour protester.

Je me contentai d’acquiescer.

Alors que nous nous dirigions vers l’ascenseur privé, sa main effleura délicatement le creux de mon dos.

Un geste protecteur.

Rien de plus.

Pourtant, un frisson inattendu parcourut tout mon corps.

Au moment où les portes de l’ascenseur se refermèrent, son téléphone vibra de nouveau.

Il lut le message...

...et se figea complètement.

Ses yeux se plantèrent dans les miens, perçants et scrutateurs.

— Dites-moi une chose, déclara-t-il d’une voix basse et grave. Comment s’appelle l’homme qui vous a fait ça ?

Mon estomac se noua.

Je n’avais jamais prononcé le nom d’Ethan.

Avant même que je puisse répondre...

L’ascenseur émit un léger ding en s’ouvrant sur l’étage du penthouse.

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