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Mariée au sénateur qui devait me détruire
Mariée au sénateur qui devait me détruire
Author: Les écrits

Chapitre 1

Author: Les écrits
last update publish date: 2026-08-03 06:29:31

Chapitre 1

Alina

L'air du tribunal est lourd, saturé d'une odeur de vieux papier, de bois ciré et de sueur froide, et chaque inspiration me coûte, comme si l'atmosphère elle-même se faisait complice de l'étau qui se resserre autour du destin de mon père. Mon cœur est un oiseau affolé qui se débat contre les barreaux de ma cage thoracique, et mes yeux restent rivés sur la silhouette de l'homme qui se tient debout dans le box des accusés, droit, presque arrogant dans sa posture impeccable, et qui me cherche du regard dans le public clairsemé. Lorsqu'il trouve mon visage baigné de larmes silencieuses, il m'offre un sourire d'une tristesse abyssale, ce sourire qui dit « je suis désolé » sans qu'un seul mot ne franchisse ses lèvres, ce sourire qui me brise en mille morceaux impossibles à recoller.

— Vingt ans de réclusion criminelle.

La voix du greffier est monocorde, presque indifférente, et le mot tombe dans le silence comme une pierre dans un puits sans fond. Vingt ans. Vingt années volées à la lumière. Un hoquet collectif parcourt l'assemblée, puis très vite, ce hoquet se transforme en un grondement d'approbation, en un tonnerre d'applaudissements qui se déchaîne avec une ferveur obscène. Les journalistes applaudissent, le public applaudit, les mains claquent les unes contre les autres dans une ovation qui célèbre la chute de l'homme que j'aime par-dessus tout, et ce bruit immonde s'imprime dans ma chair comme un fer rouge.

C'est alors que je le vois. Adrian Velkor se tient au premier rang, le dos bien droit contre le banc de bois lustré, et sur son visage aux traits ciselés par une perfection presque cruelle flotte une expression de satisfaction tranquille qui me donne la nausée. Ses yeux, d'un gris glacial semblable à la surface d'un lac en hiver, ne trahissent aucune émotion. Il se penche légèrement vers son assistant.

— Les chiffres des sondages vont grimper dès ce soir, murmure l'assistant avec un sourire obséquieux.

— Préparez le communiqué de presse, répond Adrian d'une voix basse et posée qui porte pourtant jusqu'à moi malgré le brouhaha. Je veux qu'il soit diffusé avant le journal de vingt heures.

Son costume est d'une coupe irréprochable, un tissu sombre qui épouse la largeur de ses épaules avec une précision quasi architecturale, et il porte cette tenue comme on porte une armure. Sa mâchoire est ferme, volontaire, ses lèvres pleines mais dénuées de la moindre douceur, et il dégage une aura de puissance contrôlée qui semble repousser l'air autour de lui.

Je le hais. Je le hais avec une intensité qui me submerge, qui noie mon chagrin sous une vague de rage pure et cristalline. Les larmes roulent sur mes joues, brûlantes et salées, et je les essuie d'un geste rageur tandis que mon père, menottes aux poignets, se tourne une dernière fois vers moi avant que les gardes ne l'entraînent.

— Pardonne-moi, Alina, articule-t-il silencieusement.

— Papa, murmuré-je, ma voix brisée se perdant dans le tumulte, je te sortirai de là, je te le jure.

Puis il disparaît, avalé par l'ombre du couloir, et je reste seule, pétrifiée au milieu des applaudissements qui continuent de pleuvoir. Je grave chacun des traits d'Adrian Velkor dans ma mémoire comme on grave une sentence de mort, je photographie mentalement la courbe de son cou, l'arête de son nez, le dessin précis de sa bouche, pour ne jamais oublier le visage de mon ennemi.

Dans le sanctuaire secret de mon cœur, je jure en silence que je détruirai cet homme, que je démolirai sa carrière, sa réputation, sa vie, avec la même méticulosité qu'il a employée pour anéantir mon père.

Je ne sais pas encore comment je m'y prendrai. Je ne sais pas encore quel chemin ma vengeance empruntera. Mais une chose est certaine : Adrian Velkor vient de signer sa propre condamnation, et je serai l'instrument de sa chute.

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