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Chapitre 2

مؤلف: Les écrits
last update تاريخ النشر: 2026-08-03 06:32:39

Chapitre 2

Adrian

La nuit est tombée sur la ville, et je me tiens devant la fenêtre de mon bureau, les mains dans les poches, le regard perdu dans ce tapis de lumières qui scintille sous mes pieds comme un ciel inversé. Demain, je me marie. Demain, je passe l'anneau au doigt d'Alina Sorel, la fille de l'homme que j'ai envoyé en prison, et cette pensée n'éveille en moi ni joie ni appréhension. Ce mariage est une transaction, un point sur un agenda politique, une formalité nécessaire pour apaiser les craintes d'un électorat qui commence à me trouver trop dur, trop froid, trop inflexible.

La porte s'ouvre sans qu'on ait frappé. Mon frère Marc entre, se laisse tomber dans le fauteuil de cuir face à mon bureau, et me regarde avec ce mélange d'ironie et d'inquiétude que je lui connais depuis l'enfance.

— Alors c'est vrai, dit-il. Tu épouses la fille de François Sorel. J'avoue que je ne l'avais pas vu venir.

— Je ne t'ai pas demandé ton avis.

— Tu ne le demandes jamais. Mais tu vas l'entendre quand même.

Il se penche en avant, les coudes sur les genoux, et son expression se fait plus sérieuse.

— Qu'est-ce que tu fais, Adrian ? Cette fille te déteste forcément. Tu as détruit sa famille. Et tu crois qu'elle va docilement devenir ta petite femme souriante pour les photographes ?

— C'est exactement ce qu'elle va devenir. Parce que c'est ce que ce contrat exige d'elle.

— Un contrat, répète Marc avec un ricanement sans joie. Tu parles de ton mariage comme d'une fusion-acquisition. Tu ne trouves pas ça un peu triste ?

Je me dirige vers le bar, me verse un whisky, et lui en tends un verre qu'il accepte sans enthousiasme.

— La tristesse est un luxe que je ne peux pas me permettre. Les élections sont dans six mois. Les sondages me perçoivent comme froid, distant, incapable de comprendre les préoccupations des familles. Ce mariage corrige cette image. J'épouse la fille de l'homme que j'ai condamné, je montre ma clémence, ma capacité à tendre la main. C'est une stratégie, rien de plus.

— Et elle, dans tout ça ? Qu'est-ce qu'elle devient ?

— Elle devient ma femme. Elle aura le titre, la fortune, la sécurité. Une protection contre l'opprobre et la ruine. Je ne vois pas ce qu'elle pourrait demander de plus.

Marc secoue la tête, incrédule, et avale une longue gorgée de whisky.

— Tu sous-estimes cette fille. Je l'ai aperçue au tribunal, le jour du verdict. Elle n'est pas du genre à plier l'échine et à dire merci pour les miettes qu'on lui jette. Elle a du feu dans les yeux, cette petite. Le genre de feu qui brûle tout sur son passage.

— Tu deviens poète. Cela ne te ressemble pas.

— Et toi, tu deviens aveugle. Mais après tout, c'est ton mariage, pas le mien. Juste... fais attention, Adrian. Les femmes ne sont pas des pions sur un échiquier.

Je soutiens son regard sans ciller.

— Je n'attends rien d'elle. Ni affection, ni pardon. Juste le respect des convenances. Elle jouera son rôle, je jouerai le mien. Ce sera un mariage de façade, comme il y en a tant dans notre milieu. Rien de plus.

— Et ton cœur dans tout ça ?

— Mon cœur n'est pas un sujet de conversation. Ni avec toi, ni avec elle, ni avec personne.

Marc se lève, pose son verre vide sur le plateau d'acajou, et se dirige vers la porte. Avant de sortir, il se retourne une dernière fois.

— Maman serait triste de t'entendre parler comme ça. Elle disait toujours que tu étais le plus sensible de nous deux, caché derrière tes airs de grand seigneur. Tu te souviens ?

La mention de notre mère me fige un instant. Une douleur ancienne traverse la carapace, mais je la repousse immédiatement.

— Maman est morte depuis longtemps, Marc. Et les sentiments sont morts avec elle. Bonne nuit.

Il hausse les épaules et disparaît dans l'obscurité du couloir. Je reste seul avec le portrait de mon grand-père qui me fixe depuis son cadre au-dessus de la cheminée, son regard d'acier chargé de reproches silencieux. Les sentiments sont des faiblesses, mon garçon. Ne l'oublie jamais.

Je ne l'ai jamais oublié. Je me verse un autre whisky et le porte à mes lèvres en contemplant la ville endormie. Demain, Alina Sorel deviendra Alina Velkor. Elle portera mon nom, elle vivra sous mon toit, elle jouera le rôle que je lui aurai assigné. Et je serai pour elle un mari de façade, distant mais respectueux. Je lui promets le respect, mais jamais mon cœur. Jamais.

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