Share

Le Retour

last update Tanggal publikasi: 2026-07-03 23:21:50

Quatre jours s’étaient écoulés depuis cette nuit volée dans la chambre conjugale. Quatre jours pendant lesquels Léa avait vécu dans un état étrange, suspendu entre une terreur sourde et une euphorie fragile, presque coupable. Chaque matin, elle se levait aux aurores pour effacer les traces. Elle arrachait les draps noirs du grand lit, les fourrait dans la machine à laver avec de l’eau brûlante et du détachant, frottait jusqu’à ce que ses mains rougissent. Elle aérait la pièce pendant des heures, vaporisait du parfum d’intérieur coûteux, changeait les oreillers, passait l’aspirateur sur la moquette. Comme si elle pouvait faire disparaître l’odeur de Théo, ses gémissements, la sueur de leurs corps enlacés.

Elle dormait dans la chambre d’amis, tout au bout du couloir, recroquevillée sous une couverture fine. Le lit conjugal lui faisait horreur désormais. C’était le territoire d’Alexandre. Son futur champ de bataille.

Sur le téléphone jetable caché au fond de son tiroir, Théo lui envoyait des messages codés, simples et tendres :

— Je pense à toi à chaque seconde. On trouvera une solution. Je t’aime.

Elle répondait avec des cœurs, des « moi aussi », des promesses murmurées à voix basse dans le noir. Pour la première fois depuis ce mariage forcé, elle se sentait vivante. Fragile, mais vivante.

Le cinquième jour, en fin d’après-midi, le soleil commençait à décliner sur la ville. Léa était dans la cuisine ouverte, pieds nus sur le carrelage froid, en train de préparer un thé à la camomille pour calmer ses nerfs. Elle portait un simple pantalon de jogging gris et un t-shirt large. Ses cheveux étaient attachés en un chignon lâche. Elle essayait de se convaincre que ces quatre jours de répit allaient peut-être durer.

La porte d’entrée s’ouvrit sans un bruit. Pas de clé dans la serrure. Juste un déclic discret.

Léa se figea, la tasse à mi-chemin de ses lèvres. Des pas calmes, assurés, résonnèrent dans le hall. Elle reconnut immédiatement la démarche.

Alexandre était de retour.

Il posa sa valise en cuir près de l’escalier, costume gris anthracite impeccable malgré les longues heures de vol. Pas une ride, pas un cheveu de travers. Son regard balaya le rez-de-chaussée comme s’il reprenait possession de chaque centimètre carré de sa propriété. Quand ses yeux se posèrent sur elle, un sourire lent étira ses lèvres.

— Chérie, je suis rentré.

Sa voix était douce, presque tendre. Il s’approcha d’un pas nonchalant, glissa un bras autour de sa taille et l’attira contre lui. Léa se raidit instantanément. Son parfum luxueux — mélange de bois de santal, cuir et quelque chose de froid — l’écœura. Il posa ses lèvres dans son cou, juste sous l’oreille, et murmura :

— Tu m’as manqué.

Ses mains glissèrent machinalement sur son corps, caressant sa hanche, remontant vers sa poitrine. Léa retenait son souffle. Pendant une seconde, elle crut qu’il allait rester doux.

Puis tout bascula.

D’un mouvement brutal et imprévisible, il plaqua sa main large sur l’arrière de sa tête et écrasa violemment son visage contre le plan de travail en marbre froid. Léa eut un hoquet de surprise douloureux. Sa joue heurta la pierre avec un bruit mat. La tasse lui échappa des mains et se brisa au sol. Une douleur vive irradia dans sa pommette et sa mâchoire.

— Ah… ! gémit-elle, le souffle coupé.

Il maintint la pression quelques secondes, juste assez pour lui faire comprendre qui commandait, puis la relâcha. Léa se redressa, haletante, les yeux humides. Alexandre souriait toujours, comme si rien ne s’était passé.

— Monte te préparer, lui ordonna-t-il calmement. Je veux te voir dans la chambre dans dix minutes. La robe noire, celle que j’ai fait livrer avant mon départ. Pas de culotte.

Léa sentit son cœur rater un battement. Ses jambes tremblaient. Elle recula d’un pas, frottant sa joue endolorie.

— On est mariés, c’est vrai… mais on n’est pas un couple, réussit-elle à articuler d’une voix qu’elle voulait ferme. Chacun dort dans sa chambre. Devant les gens, on jouera le couple aimable. Mais ici, à l’intérieur… on ne sera rien que des colocataires.

Le silence qui suivit fut glacial. Alexandre la regarda longuement, la tête légèrement inclinée, comme s’il observait un animal intéressant. Puis il sortit son téléphone portable de sa poche intérieure, composa un numéro et activa le haut-parleur.

La sonnerie retentit. On décrocha rapidement.

— Allô ? fit la voix joviale de son père.

— Oui, allô beau-papa, c’est moi, Alexandre, répondit-il avec une chaleur parfaite. Comment allez-vous ?

— Mon fils ! Très bien, et toi ? Le voyage s’est bien passé ?

— À merveille. Léa m’a beaucoup manqué, elle m’a demandé de vous appeler. Elle veut vous parler.

Il tendit le téléphone à Léa sans la quitter des yeux. Son regard était clair : obéis. Puis il tourna les talons et monta tranquillement l’escalier qui menait à la chambre conjugale, certain qu’elle le suivrait bientôt.

Léa prit l’appareil d’une main tremblante.

— Allô… papa ?

— Ah, Léa ! Comment vont tes premiers jours dans ta nouvelle maison ? Tout se passe bien avec Alexandre ?

Sa voix était chaleureuse, mais Léa y perçut immédiatement la tension sous-jacente.

— … Bien, murmura-t-elle.

Son père baissa légèrement le ton, plus sérieux.

— Humm… J’espère que tu te comportes bien avec lui. Ne me fais pas honte, ma fille. C’est un homme important. Je ne veux pas recevoir la moindre plainte de sa part à cause de toi. Tu comprends ? Tu as une chance énorme. Ne la gâche pas.

Léa ferma les yeux. Les larmes montaient, mais elle les retint.

— Oui, papa… Je comprends.

— Parfait. Passe une bonne soirée. Et sois gentille.

La communication coupa. Léa resta un long moment immobile dans la cuisine, le téléphone encore dans la main, la joue brûlante et le cœur lourd.

En haut, dans la chambre, Alexandre attendait. Il savait qu’elle viendrait.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi
Komen (1)
goodnovel comment avatar
Amina Nkouna
intéressant
LIHAT SEMUA KOMENTAR

Bab terbaru

  • Mariée À Un Psychopathe    Ce qu'il reste de nous

    La pluie avait cessé, mais pas les larmes de Léa. Le soleil pointait déjà le bout de son nez mais elle était encore assise sur ce banc, les pieds nus, la robe froissée, le maquillage dilué sur ses joues. Elle finit par se lever et appela un taxi. Arrivée à la villa, le silence la frappa. Aucun domestique en vue. Comme si Alexandre les avait tous renvoyés d’un seul coup. Elle monta prendre une douche froide. L’eau glacée se mélangea à ses larmes. Elle n’arrivait plus à les retenir. Elles coulaient sans fin, silencieuses, épuisantes. Après s’être habillée, elle descendit dans le salon. Alexandre était là. Il portait des lunettes de soleil, même à l’intérieur. Comme s’il voulait cacher qu’il avait pleuré. Ou cacher la honte qu’elle lui inspirait. À côté de lui se tenait un homme en costume, une mallette à la main. — Madame, asseyez-vous , dit l’homme poliment. Nous allons procéder au divorce. Léa mordit sa lèvre inférieure de toutes ses forces pour ne pas pleurer. Elle sentit le

  • Mariée À Un Psychopathe    Un baiser de trop

    Léa avait quitté la fête. Elle s’était réfugiée sur le balcon de l’hôtel, les mains posées sur la rambarde, regardant les voitures arriver et repartir dans la nuit. Elle ne pensait à rien. Ni à Théo. Ni à Lia. Juste au vide. À l’air froid. Au bruit lointain de la réception. Des pas s’approchèrent derrière elle. Elle crut un instant que c’était Alexandre. Mais la voix qui s’éleva n’était pas la sienne. — Ça va ? Elle se retourna et se retrouva face à Théo. Un faible sourire lui échappa. — Oui. — Tu as l’air en pleine forme, oui… Elle ne répondit rien. Elle se retourna de nouveau vers la rue. Des questions lui brûlaient la langue. Depuis quand ? Est-ce que c’était pour ça qu’il l’avait abandonnée ? Pourquoi venait-il lui parler maintenant ? Mais avant même qu’elle puisse les formuler, quelque chose se brisa en elle. Pas à cause de Théo. Autre chose. Une sensation brutale, comme si elle était sur le point de perdre la personne la plus importante de sa vie. Alors qu’elle l’avait

  • Mariée À Un Psychopathe    Les Fiançailles

    Les semaines avaient passé. Avec elles, l’amour entre Léa et Alexandre s’était installé plus profondément, plus silencieusement, fait de regards, de nuits partagées, de gestes moins brutaux et de non-dits qui s’étaient lentement transformés en habitudes. Et avec elles aussi étaient arrivées les fiançailles de Lia. C’était un samedi matin lorsqu’elle entra dans le bureau d’Alexandre. Il était penché sur ses dossiers, comme toujours. Elle s’arrêta devant son bureau. — C’est les fiançailles de Lia. Tu viens avec moi ? Alexandre releva les yeux, déposa son stylo et la regarda droit dans les yeux, comme il le faisait toujours quand une question comptait vraiment. — Tu as envie que je vienne ? Léa hésita une seconde. — Je sais pas… Oui. Un léger sourire étira ses lèvres. — Alors j’irai avec toi. Le soir venu, Léa s’était vêtue d’une robe de designer élégante, des talons hauts, les cheveux soigneusement coiffés. Alexandre, à ses côtés, était impeccable dans un costume sombre.

  • Mariée À Un Psychopathe    Ce qu'il Est

    Léa n’arrivait pas à dormir. Alexandre dormait à côté d’elle, le visage enfin détendu, un bras lourd posé sur sa taille. Sa respiration était calme. Pour une fois, il n’avait pas de tension dans la mâchoire. Elle le regardait dans la pénombre, les yeux grands ouverts, et les paroles de Vanessa revenaient encore et encore.Psychopathie.Non sévère.Calculateur. Possessif.Une intelligence capable de détruire quelqu’un.Elle connaissait déjà ces mots, d’une certaine façon. Elle les avait sentis sur sa peau, dans sa gorge, entre ses cuisses. Elle les avait vus dans ses yeux quand il la frappait, quand il la retenait, quand il la regardait comme une chose qui lui appartenait. Mais les entendre officiellement, posés là comme un diagnostic, changeait quelque chose. Jusqu’où pouvait-il aller ? Est-ce qu’il avait déjà tué ? Pourquoi ne lui avait-il jamais rien dit ? La réponse était évidente. Un homme comme lui ne se définit pas. Il agit. Il contrôle. Il prend. Et il protège ce qu’il con

  • Mariée À Un Psychopathe    Confrontation

    Léa avait enfin pris sa douche et s’était glissée sous les draps. Dans le noir de la chambre, les paroles de Vanessa tournaient en boucle. Elle était partagée entre le doute et ce qu’elle voulait croire. Jusqu’où pouvait-il être dangereux, réellement ? Est-ce qu’il avait déjà tué quelqu’un ? Pourquoi ne lui avait-il jamais rien dit ? Bien sûr. Un psychopathe ne te dit jamais qu’il est un psychopathe. Elle s’endormit sans s’en rendre compte, emportée par ces pensées. La nuit était déjà bien avancée quand elle sentit une main lui caresser le visage. Elle entrouvrit un œil. Alexandre était penché au-dessus d’elle. Elle referma aussitôt les paupières, non par peur, mais parce qu’elle avait encore envie de dormir. — Allez, lève-toi, murmura-t-il en continuant de lui caresser la joue. On m’a dit que tu n’avais rien mangé aujourd’hui. — Hmmmm… j’ai pas envie, marmonna-t-elle en s’étirant. — Même ? — Porte-moi alors, dit-elle avec un petit sourire paresseux. Il sourit à son tour. —

  • Mariée À Un Psychopathe    Diagnostic

    Le café arriva, posé avec discrétion sur la table basse par une domestique qui se retira aussitôt, sans un bruit. Les deux femmes prirent chacune leur tasse. Un silence confortable s'installa quelques instants, seulement troublé par le bruit léger des cuillères contre la porcelaine et le tic-tac discret d'une horloge quelque part dans le salon. Léa observait Vanessa du coin de l'œil. Il y avait dans cette femme une élégance tranquille, quelque chose de posé qui contrastait tellement avec la dureté de son beau-fils. Elle se demanda, l'espace d'un instant, ce que ça avait dû être d'élever un enfant comme Alexandre, de le regarder grandir en sachant déjà, peut-être, que quelque chose en lui ne ressemblait pas aux autres. Puis une question brûla les lèvres de Léa. Une question qu'elle n'avait jamais osé formuler à voix haute, même dans sa tête. Une tentation presque monstrueuse. — Il est déjà allé voir un psychologue ? Vanessa resta pensive un long moment, les yeux perdus quelque par

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status