LOGINChapitre 48DémétrianLe portail s’ouvre lentement, dévoilant l’allée de graviers qui serpente entre les pelouses parfaitement tondues. Je suis au volant, Sélyane à côté de moi, les enfants à l’arrière. Maëlys colle son nez à la vitre.— C’est immense ! s’exclame-t-elle.— C’est chez papa, dis-je, et ma voix sonne étrangement fier.Je jette un coup d’œil à Sélyane. Elle ne dit rien. Elle regarde droit devant elle, les mains croisées sur ses genoux. Ses mâchoires sont serrées. Je connais ce silence. C’est celui qui précède les tempêtes. Ou les larmes.La propriété se dresse au bout de l’allée. Une bâtisse de pierre blonde, aux fenêtres hautes, aux volets sombres. Des rosiers grimpent le long des murs
Chapitre 47SélyaneJe le regarde jouer avec les enfants dans le salon. Il est assis par terre, Maëlys sur son dos, Naël qui lui tend un livre. Il rit. Un rire vrai, profond, qui plisse ses yeux. Et moi, je reste dans l’embrasure de la porte, les bras croisés, le cœur serré.Je commence à lui faire confiance.C’est dangereux. Je le sais. Chaque fois qu’il vient, chaque fois qu’il joue avec eux, chaque fois qu’il me regarde avec cette douceur dans les yeux, je sens mes défenses s’effriter. Une par une. Et j’ai peur.Peur de m’habituer. Peur de croire. Peur de perdre. Parce que je sais ce que c’est, de le perdre. J’ai passé sept ans à survivre à sa disparition. Sept ans à me reconstruire. Et si je m’ouvre encore, si je le laisse entrer, et qu’il repart… je ne survivrai pas.— Maman,
Chapitre 46DémétrianJe suis assis dans ma voiture, garé devant chez elle. Il est tard. Les lumières sont éteintes. Les enfants dorment. Elle dort, peut-être. Et moi, je reste là, les mains sur le volant, à repenser à ce qui s’est passé dans la salle de bain. À son corps qui tremblait. À ses yeux qui me fuyaient. À sa honte.J’ai eu tort. J’ai poussé. J’ai voulu. J’ai exigé, sans le dire. Parce que je la désire. Parce que je l’aime. Parce que je croyais que le désir suffirait à la ramener. Mais je me suis trompé. Elle n’est pas prête. Et moi, je ne peux pas la forcer. Pas encore. Pas comme ça.Je sors de la voiture. Je m’approche de la porte. Je ne frappe pas. Je reste là, le front contre le bois. Et je murmure, pour moi seul :— Je ne te forcer
Chapitre 45SélyaneLa salle de bain est petite. Trop petite. Et il est là. Torse nu, une serviette autour de la taille, les cheveux encore mouillés. Je me fige dans l'embrasure de la porte, une pile de linge dans les bras. Il ne m'a pas entendue. Il se penche vers le miroir, passe une main sur sa mâchoire. Et moi, je regarde. Malgré moi. Ses épaules larges, sa peau dorée, les fines cicatrices sur son dos. Mon cœur s'emballe. Ma gorge se serre.— Tu voulais quelque chose ?Sa voix me fait sursauter. Il m'a vue dans le reflet. Je baisse les yeux, mes joues s'empourprent.— Je venais déposer le linge.— Tu peux entrer.— Non. Je vais attendre.— Sélyane.Je lève les yeux. Il s'est retourné. Il me regarde, et dans son regard, je vois cette lueur que je connais trop bien. Ce désir qu'il ne cherche même
Chapitre 44DémétrianJe me réveille dans le fauteuil, le dos raide, la nuque douloureuse. La lumière du matin filtre à travers les rideaux. Maëlys dort encore, paisible. Je me lève doucement, je remonte la couverture sur ses épaules. Puis je sors de la chambre, sans bruit.La maison est silencieuse. Je m'approche de la cuisine. Et je m'arrête.Sélyane est là, debout devant l'évier. Elle ne m'a pas entendu. Elle est en chemise de nuit, les cheveux défaits. Ses épaules tremblent. Elle pleure. Silencieusement. Ses deux mains agrippées au rebord de l'évier, la tête baissée. Et elle pleure.Mon cœur se serre. Je reste figé, dans l'embrasure de la porte. Je n'ose pas bouger. Je n'ose pas respirer. Elle ne sait pas que je suis là. Et c'est mieux. Parce que si elle se retournait, elle fuirait. Elle se cacherait. Ell
Chapitre 43SélyaneLa maison est silencieuse. Les enfants sont couchés depuis une heure. Je suis dans la cuisine, je range les restes du dîner, mes gestes mécaniques. Et puis j’entends un bruit. Un pleur étouffé. Maëlys.Je pose l’assiette, je m’essuie les mains, je m’approche du couloir. La porte de leur chambre est entrouverte. Une faible lumière filtre. Je m’arrête. Je regarde.Démétrian est assis sur le bord du lit de Maëlys. Il la tient contre lui, sa petite tête blottie contre son torse. Elle sanglote, ses mains agrippées à sa chemise.— J’ai fait un cauchemar, murmure-t-elle.— Je sais, mon cœur. Mais je suis là. Tu es en sécurité.Sa voix est douce, chaude, patiente. Une voix que je ne lui connaissais pas. Il caresse ses cheveux, lentement, en lui murmuran







