INICIAR SESIÓNMes jumeaux ont reconnu leur père Sélyane pensait avoir définitivement quitté son passé Elle élève seule ses jumeaux et construit une nouvelle vie. Puis elle décroche un contrat avec le groupe de Démétrian,un milliardaire qu'elle n'a pas revu depuis sept ans. Ses enfants le rencontrent par hasard. Ils l'appellent immédiatement « papa ». Démétrian est bouleversé. Sélyane nie tout. Mais les enfants possèdent un objet qu'il leur avait donné lorsqu'ils étaient bébés. Démétrian comprend qu'on lui a caché leur existence. Il veut récupérer ses enfants. Sélyane refuse. Une bataille commence. Puis Démétrian découvre pourquoi elle avait fui sept ans auparavant. Elle avait reçu une menace : si elle lui annonçait la grossesse, les enfants mourraient.
Ver másChapitre 1
Sélyane
La lumière du matin traverse les voilages avec une douceur que je connais par cœur. Elle caresse les murs de la cuisine, fait briller le plan de travail en marbre, enveloppe chaque objet d'une chaleur discrète. Le café coule lentement, son parfum emplit l'air, mêlé à l'odeur des tartines qui grillent. Mes gestes sont précis, presque mécaniques, mais emplis d'une tendresse silencieuse. Je sais que dans quelques minutes, deux paires de pas précipités résonneront dans l'escalier. Ma vie est là, entre ces murs, dans ce rituel immuable qui me rassure autant qu'il me protège.
Je redresse le col de mon chemisier de soie ivoire, du bout des doigts. L'élégance est une armure. Le tissu glisse contre ma peau, une infime fraîcheur parcourt ma nuque. Tout est en ordre. Tout doit l'être. La moindre faille, et les souvenirs que je tiens à distance pourraient s'infiltrer, remonter, déferler. Alors je respire lentement, profondément, et je m'accroche aux bruits familiers de la maison qui s'éveille.
Les jumeaux descendent en courant, leurs voix s'entremêlent, deux notes distinctes mais indissociables. Ils apparaissent dans l'encadrement de la porte, essoufflés, les joues roses et les cheveux en bataille. Maëlys porte une robe à fleurs qui jure un peu avec ses collants rayés, mais elle s'en moque. Elle a ce port de tête, cette assurance naturelle qui me rappelle parfois douloureusement quelqu'un d'autre. Naël la suit, plus calme, un livre sous le bras, les yeux encore embués de sommeil malgré son sourire. Leur beauté est franche, lumineuse, bouleversante.
— Maman, demande Maëlys en attrapant un morceau de brioche, on peut aller au parc après l'école ?
Naël lève les yeux au ciel.
— On y est allés hier. Tu veux toujours y aller.
— Parce que j'aime y aller. C'est un crime ?
Je souris en versant le chocolat chaud dans les tasses. Leurs échanges ont cette vivacité, cette complicité brute qui me bouleverse. Sept ans. Sept années de veille, de petites victoires, de peurs étouffées dans l'oreiller. Sept années à me répéter que tout irait bien si je restais discrète, si je ne laissais aucune trace, si je continuais d'avancer sans me retourner.
Après le petit-déjeuner, je les accompagne à l'école. L'air est doux, légèrement teinté de l'odeur des tilleuls en fleurs. Les façades sont claires, les jardins soignés. Tout respire le calme, cette normalité que j'ai choisie et construite à force de volonté. Je tiens la main de Maëlys, Naël marche devant. Je les regarde, et mon cœur se gonfle d'une fierté muette. Ils sont beaux, intelligents, vivants. Ils sont ma rédemption.
À l'école, je m'accroupis pour les embrasser. Maëlys me serre fort, son visage enfoui dans mon cou. Naël me fait un signe de la main, déjà tourné vers ses copains. Je les regarde disparaître sous le porche, puis je me redresse et je repars, le dos droit, mes talons claquant sur le trottoir.
La journée de travail est dense, rythmée par les dossiers, les rendez-vous, les appels. Mon atelier de décoration occupe un bel espace clair, avec de grandes vitres qui laissent entrer le soleil. J'aime cet endroit, l'odeur du bois, des tissus, des papiers peints. Chaque projet est une histoire à inventer, un refuge à créer. Mon assistante, Léa, m'apporte des cafés, des échantillons, des sourires complices. Je travaille avec passion, avec rigueur, et je sens que ma réputation grandit. Les recommandations affluent, les demandes se multiplient. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière.
En fin d'après-midi, Léa frappe à ma porte, un sourire aux lèvres.
— Sélyane, bonne nouvelle. Un grand groupe vient de confirmer. Ils veulent signer avec vous demain matin.
Je relève la tête, une bouffée de fierté dans la poitrine. Ce contrat, je l'attends depuis des semaines. Il représenterait une reconnaissance énorme, une sécurité financière pour les jumeaux, la possibilité de voir enfin plus grand.
— Vraiment ? Qui est le client ?
— Ils ont demandé à rester anonymes pour l'instant. Mais c'est un contrat énorme, Sélyane. Le plus gros de votre carrière.
Je hausse les sourcils, intriguée.
— Anonyme ? C'est inhabituel.
— Ils tiennent à la confidentialité. Vous saurez tout demain, à la signature.
Je hoche la tête, un sourire aux lèvres. Un mystère, soit. Mais l'argent est bon, la reconnaissance aussi. Je range mes dossiers, j'éteins mon ordinateur, je quitte le bureau le cœur léger.
Dehors, le ciel est doux, les tilleuls embaument. Je récupère les enfants à l'école. Ils courent vers moi, leurs cartables sautillant sur leurs épaules. Maëlys agite un dessin, Naël brandit un livre emprunté à la bibliothèque. Je les accueille, je les serre contre moi, je respire leur odeur de craie et de savon. Puis je les installe dans la voiture, je boucle les ceintures, je démarre.
Nous allons au parc, comme promis. Les marronniers centenaires bordent les allées de gravier, l'aire de jeux est colorée, les enfants courent vers les toboggans. Je m'assois sur un banc, je pose mon sac à côté de moi, et je les observe. Maëlys grimpe, descend, recommence en riant. Naël a trouvé un camarade et discute avec sérieux. Le soleil décline, les ombres s'allongent, l'air se rafraîchit. Je sors mon téléphone, je consulte mes messages, je note un rendez-vous. Tout est normal, tout est sous contrôle.
Et pourtant.
Un frisson me parcourt, soudain, sans raison. Je lève les yeux, je balaie le parc du regard. Des mères avec des poussettes, des grands-parents, des enfants qui crient. Rien d'inhabituel. Mais je sens une présence, un regard posé sur moi, lourd, insistant. Mon cœur s'accélère, mes paumes deviennent moites. Je me redresse, je scrute les alentours, les buissons, les arbres, les allées. Personne. Rien que des silhouettes anonymes.
Je me force à respirer. C'est la fatigue, les vieux réflexes qui remontent. Je me lève, j'appelle les enfants, je leur dis qu'il est temps de rentrer. Ils protestent un peu, puis cèdent. Je leur prends la main, je presse le pas, je les ramène à la voiture. Mon regard ne cesse de balayer la rue, les rétroviseurs, les coins d'ombre. Je ne vois rien. Mais la sensation ne me quitte pas, comme une toile d'araignée collée à la nuque.
À la maison, je ferme la porte à clé, je vérifie les fenêtres, je tire les rideaux. Les enfants s'installent devant un dessin animé, je prépare le dîner en écoutant leurs rires. Peu à peu, la tension retombe. Je me traite d'idiote, de paranoïaque. Je me répète que tout va bien, que je suis en sécurité, que personne ne sait où je vis, que personne ne me cherche. Mais les vieilles peurs ont la vie dure. Elles s'accrochent, elles grignotent, elles empoisonnent.
Après le bain, je borde les jumeaux dans leur lit. Je leur lis une histoire, je caresse leurs cheveux, je leur souhaite bonne nuit. Maëlys s'endort presque aussitôt, son doudou serré contre sa joue. Naël résiste un peu, les yeux grands ouverts dans la pénombre.
— Maman, demande-t-il doucement, pourquoi tu as eu peur au parc ?
Je me fige. Son regard est grave, trop perspicace pour son âge. Je m'efforce de sourire, je pose ma main sur son front.
— Je n'ai pas eu peur, mon cœur. J'étais juste fatiguée.
Il hoche la tête, pas tout à fait convaincu, puis ferme les yeux. Je reste assise au bord du lit, à écouter sa respiration devenir régulière. La chambre est plongée dans une pénombre apaisante, les rideaux laissent passer un filet de lune. Tout est calme. Tout est silencieux.
Je me lève doucement, je traverse le couloir, je me verse un verre d'eau dans la cuisine. La maison est tranquille, enveloppée dans la nuit. Je m'appuie contre le plan de travail, je ferme les yeux une seconde. Demain, je signe le plus gros contrat de ma carrière. Demain, tout va changer, en mieux. Je dois me concentrer sur ça. Sur l'avenir. Sur mes enfants. Sur cette vie que j'ai bâtie de mes mains.
Chapitre 5SélyaneLe soir est tombé sur la maison, un voile sombre qui enveloppe chaque pièce d’une tranquillité trompeuse. J’ai refermé les rideaux depuis longtemps, vérifié les serrures, allumé les petites lampes qui diffusent une lumière douce et rassurante. Dans la cuisine, l’odeur du dîner flotte encore, mêlée à celle de la lessive et des crayons de cire. Les jumeaux sont là, tout proches, leurs voix s’élèvent du salon où ils jouent sur le tapis. J’entends Maëlys inventer une histoire de princesse et de dragon, et Naël corriger patiemment les incohérences du récit.Je m’appuie contre le chambranle de la porte, une tasse de thé brûlant entre les mains, et je les observe. La lumière les caresse, dessine les contours de leurs visages, éclaire leurs expressions. Maëlys gesticule, ses cheveux bruns s’échappant de la barrette que je lui ai mise ce matin. Naël, plus calme, tient son livre ouvert sur les genoux, mais ses yeux suivent sa sœur avec une indulgence amusée. Ils sont magnifiq
Chapitre 4DémétrianJe n'arrive pas à détacher mon regard du dossier. Il est là, ouvert sur mon bureau, comme une blessure qu'on rouvre. Le nom de Sélyane Moreau danse devant mes yeux. Je le connais par cœur. Je l'ai répété des milliers de fois, dans le silence de mes nuits, dans la fureur de mes réveils. Sélyane. Un prénom qui portait la lumière, la chaleur, l'insouciance. Aujourd'hui, il pèse comme une pierre au fond de ma poitrine.Je me lève, je marche vers la fenêtre. La ville s'étend sous mes yeux, grise et indifférente. Mon reflet se dessine dans la vitre, ombre élégante aux épaules larges, au visage dur. J'ai passé sept ans à me construire une armure, à devenir plus froid, plus puissant, plus intouchable. Mais il a suffi d'un nom sur un papier pour tout fissurer. Elle est là, quelque part, vivante, réelle. Et moi, je brûle.Je ferme les yeux un instant. Les souvenirs remontent, malgré moi. Je revois son visage, ses yeux en amande, sa bouche qui souriait toujours un peu trop.
Chapitre 3SélyaneLa matinée s'étire, lourde, comme si l'air lui-même retenait son souffle. Je suis arrivée au bureau plus tôt que d'habitude, incapable de rester chez moi, incapable de supporter le silence de la maison une minute de plus. Les rues étaient encore grises, les lampadaires allumés, et je marchais vite, les épaules serrées, le regard fixe. J'avais l'impression d'être suivie, épiée, mais je ne voyais personne. Juste cette sensation tenace, ce poids entre mes omoplates.Mon bureau est froid. La lumière des plafonniers tombe sur les meubles clairs, sur les échantillons de tissus soigneusement rangés, sur les plans d'architecte étalés. Tout est à sa place, sauf moi. Je me tiens debout près de la fenêtre, les bras croisés, à fixer la rue en contrebas. Les voitures passent, les passants pressent le pas. La ville s'éveille, indifférente à ma panique. Je devrais m'asseoir, boire un café, préparer mes dossiers. Au lieu de cela, je reste là, figée, le cœur battant trop vite.Hier
Chapitre 2DémétrianLe bureau est silencieux, baigné d’une lumière grise qui tombe des baies vitrées. Le verre de whisky est posé sur le sous-main de cuir, intact. Je ne bois pas. Je fixe le dossier ouvert devant moi, les pages étalées comme les pièces d’un puzzle que je croyais avoir brûlé.Le nom apparaît à la troisième ligne. Sélyane Moreau. Décoratrice d’intérieur. Six lettres qui ne devraient rien signifier. Six lettres qui font exploser ma poitrine.Je me lève d’un mouvement brusque, la chaise roule en arrière et heurte le mur. Mes doigts se crispent sur le bord du bureau. La colère monte, ancienne, profonde, un feu que je croyais éteint depuis sept ans. Sept années à me persuader que je l’avais oubliée, que son visage s’était effacé, que son parfum n’imprégnait plus mes nuits. Mensonges. Tout cela n’était que mensonges.Je me souviens de tout. La douceur de sa peau sous mes paumes, ses rires dans le creux de mon cou, ses silences lourds de secrets. Je me souviens de sa manière












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