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Mon Patron est le Père de Mon Fils
Mon Patron est le Père de Mon Fils
Author: KellyKarly

CHAPITRE 1 — Le patron que je ne devrais pas revoir 

Author: KellyKarly
last update publish date: 2026-08-27 05:17:02

Point de vue d’Adriana Fox

Ce matin-là, je m’étais levée avec une étrange sensation dans la poitrine. Pas une angoisse précise, non. Plutôt un pressentiment vague, comme un voile posé sur la journée. 

J’avais pourtant souri à Ethan, mon petit garçon de six ans, en déposant un baiser sur son front encore tiède de sommeil.

— Sois sage avec mamie, mon cœur, avais-je murmuré.

Il avait hoché la tête en bâillant, ses cheveux bruns en bataille, les yeux déjà refermés. J’avais attrapé mon sac en hâte et j’étais sortie dans l’air frais du matin.

Dans le métro, je m’étais répété que tout irait bien. 

Mon nouveau poste d’assistante de direction dans une grande entreprise parisienne était une chance inespérée. 

Après des années de travail acharné, de nuits courtes et de sacrifices, j’avais enfin décroché une situation stable. Mon fils méritait cette sécurité. Je la lui devais.

En arrivant devant la tour de verre du groupe Del Rey & Associés, j’avais levé les yeux vers le bâtiment immense. Le logo argenté brillait doucement dans la lumière pâle du matin. Je m’étais redressée, le cœur battant, et j’étais entrée.

Tout était allé très vite. 

L’accueil, l’ascenseur, le couloir clair, puis la salle de réunion où mes nouveaux collègues étaient rassemblés. 

L’atmosphère était chargée d’excitation. Une rumeur courait : le nouveau PDG arrivait aujourd’hui, après des années passées à l’étranger pour développer les filiales du groupe. 

Les visages étaient tendus, curieux, admiratifs. J’avais souri poliment, sans partager leur agitation. Après tout, un patron restait un patron.

J’avais pris place au bout de la table, mon carnet ouvert, prête à prendre des notes. Autour de moi, les conversations allaient bon train.

— Il paraît qu’il est exigeant, avait soufflé une jeune femme rousse à ma gauche.

— Et terriblement séduisant, avait ajouté une autre en gloussant.

Je n’avais pas relevé. Les histoires de séduction et de pouvoir ne m’intéressaient pas. 

Mon unique priorité, c’était de rentrer le soir auprès de mon fils, de l’écouter me raconter sa journée, de le serrer fort dans mes bras.

Mais lorsque la porte de la salle s’ouvrit, le monde entier s’arrêta.

Un homme entra, vêtu d’un costume sombre parfaitement ajusté. Grand, la démarche assurée, les épaules larges. 

Il avançait avec cette autorité naturelle qui impose le silence sans le moindre mot. Pendant une fraction de seconde, je ne vis que son profil, puis il tourna la tête. Et je le reconnus.

Léo Del Rey.

Mon sang se figea. Mes doigts se crispèrent sur mon stylo. Le souffle me manqua. 

Les bruits de la salle s’évanouirent, remplacés par un bourdonnement sourd. Je restai clouée à ma chaise, incapable de détourner les yeux.

Son regard balaya la pièce, indifférent, déjà habitué à ce que tous les regards se posent sur lui. Puis ses yeux sombres rencontrèrent les miens. Et il s’arrêta.

Le temps se distendit. Les secondes devinrent lourdes, presque douloureuses. Je vis son visage changer, très légèrement : un pli se dessina entre ses sourcils, sa mâchoire se contracta. Il m’avait reconnue, lui aussi. Immédiatement.

— Mademoiselle Fox, murmura-t-il, comme une évidence.

Sa voix grave fit frémir l’air autour de moi. Je sentis mon cœur s’emballer, ma gorge se serrer. Je ne parvins pas à répondre.

Monsieur Marchand, le directeur sortant, s’avança, visiblement satisfait de nous présenter cet homme que tout le groupe attendait.

— Chers collègues, je vous présente Léo Del Rey, notre nouveau président-directeur général. Il dirigera désormais les opérations depuis Paris.

Un silence respectueux suivit, puis des applaudissements éclatèrent. 

Je restai figée, mes mains glacées l’une contre l’autre. 

Léo, lui, ne m’avait pas quittée des yeux. 

Il s’inclina légèrement, un sourire mince aux lèvres, mais son regard demeurait sérieux, intense, insondable.

Il s’installa au bout de la table et commença à parler. Je l’entendis à peine. 

Chaque mot qu’il prononçait glissait sur moi comme une eau froide. J’étais trop occupée à contenir le tremblement de mes mains, à empêcher les souvenirs de m’engloutir. 

Sept ans. Sept longues années, et il réapparaissait ainsi, sans prévenir, dans ce bureau où je croyais avoir enfin trouvé un refuge.

La réunion dura une éternité. Les collègues posaient des questions, Léo répondait avec une précision calme. Il émanait de lui une force nouvelle, plus posée, plus dure aussi. 

L’étudiant charmeur que j’avais connu à Marseille avait laissé place à un homme puissant, maître de chaque situation. Mais c’étaient ses yeux qui me bouleversaient : ils portaient encore cette nuance ambrée qui m’avait autrefois fait perdre la raison.

Je baissai la tête et notai des phrases sans importance pour me donner une contenance. Mon écriture tremblait. J’avais envie de me lever, de fuir, de disparaître. Mais je savais que je ne pouvais pas. Pas maintenant. Pas devant eux.

À la fin de la réunion, tout le monde se leva. Je rassemblai mes affaires en hâte, espérant me fondre dans la foule et sortir sans attirer l’attention. Mais la voix de Léo s’éleva derrière moi, douce et ferme :

— Mademoiselle Fox, pourriez-vous rester un instant ?

Je me figeai. Mon cœur fit un bond douloureux. Autour de moi, quelques regards curieux se tournèrent vers nous, mais les collègues sortirent rapidement, pressés de reprendre leurs occupations.

La porte se referma. Le silence s’installa.

Je me retournai lentement. Léo se tenait près de la grande baie vitrée, les mains dans les poches, le visage à moitié éclairé par la lumière parisienne. Il me regardait avec une intensité troublante.

— Adriana, dit-il.

Mon prénom dans sa bouche fit naître un frisson sur ma nuque. Je me redressai malgré la peur qui montait.

— Monsieur Del Rey, murmurai-je, la voix à peine audible.

Il esquissa un sourire sans chaleur.

— On en est vraiment là ?

Je baissai les yeux. Mon cœur battait si fort que je crus qu’il allait exploser.

— On en est exactement là, monsieur.

Il fit un pas vers moi. Je reculai d’un pas, par réflexe. Il s’arrêta, la mâchoire serrée.

— Tu as l’air en forme, dit-il plus bas.

Ce n’était pas un compliment. C’était une constatation lourde de sous-entendus. Je relevai le menton, malgré mes jambes flageolantes.

— Merci.

Il soutint mon regard quelques secondes, comme s’il cherchait à deviner mes secrets. Puis il détourna les yeux et marcha jusqu’à la table, posant une main sur le dossier d’un fauteuil.

— Nous allons devoir travailler ensemble, reprit-il d’une voix neutre. Je veux que les choses restent professionnelles.

Je faillis éclater de rire. Professionnelles. Après tout ce que nous avions vécu. Après la façon dont nous nous étions quittés.

— Ce sera le cas, répondis-je avec plus d’assurance que je n’en ressentais.

Il hocha la tête, mais ses épaules restaient tendues. Je sentais qu’il voulait ajouter autre chose, mais il se ravisa.

— Bien. Vous pouvez disposer, mademoiselle Fox.

Je ramassai mon carnet, mes mains tremblant encore légèrement, et me dirigeai vers la porte. Juste avant de sortir, j’entendis sa voix, à peine audible, pleine d’une émotion qu’il ne laissait pas paraître :

— Je ne pensais pas te revoir un jour.

Je m’arrêtai une seconde, la main sur la poignée.

— Moi non plus, monsieur Del Rey.

Puis je sortis sans me retourner.

Une fois dans le couloir, je m’adossai au mur et fermai les yeux. Mon cœur cognait douloureusement contre mes côtes. 

Les souvenirs remontaient déjà, menaçants, comme une marée noire. Sept ans de silence n’avaient pas suffi à effacer son visage. Et maintenant, il était là, dans mon quotidien, dans mon travail, à quelques mètres de moi.

J’inspirai profondément. Je pensai à Ethan, à ses petites mains, à son sourire qui me donnait la force de tout affronter. Je ne pouvais pas craquer. Pas ici. Pas maintenant.

— Je ne le laisserai pas nous faire du mal, murmurai-je pour moi-même.

Puis je me redressai, lissai ma veste et repartis vers mon bureau, le cœur lourd d’une peur nouvelle : celle de voir le passé détruire la vie que j’avais mis tant d’années à reconstruire

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