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CHAPITRE 5 — Une réunion explosive

last update Veröffentlichungsdatum: 27.08.2026 05:58:43

Point de vue d’Adriana Fox

La salle de conférence était pleine. Une dizaine de responsables s’étaient installés autour de la grande table ovale, dossiers ouverts, ordinateurs allumés.

L’air était chargé de cette tension particulière qui précède les réunions importantes. 

J’avais pris place près de la fenêtre, un peu à l’écart, mon carnet posé devant moi.

Léo présidait, droit comme un roc, les mains croisées sur la table. 

Depuis le début de la séance, il évitait de me regarder, ou plutôt il s’efforçait de ne pas le faire. Mais je sentais son attention, par vagues, comme une chaleur invisible qui frôlait ma peau. J’avais appris à la reconnaître, cette sensation-là. Elle ne m’avait jamais quittée.

La réunion portait sur le lancement d’un nouveau projet immobilier, un chantier d’envergure à la périphérie de Paris. 

Les discussions allaient bon train : budgets, délais, choix des prestataires. Je prenais des notes avec application, espérant passer inaperçue. Mais Léo se tourna soudain vers moi.

— Mademoiselle Fox, votre avis sur la stratégie de communication ?

Je levai les yeux, prise de court. Tous les regards se posèrent sur moi. Je sentis mes joues chauffer, mais je me redressai.

— Je pense qu’il faut cibler les familles, dis-je d’une voix posée. Le projet se situe dans un quartier résidentiel. Miser sur la qualité de vie, la proximité des écoles, la sécurité. Et insister sur les espaces verts.

Un silence suivit. Léo me regardait avec une intensité qui me déstabilisait. Il n’avait pas souri, pas approuvé. Il se contentait de m’observer, comme s’il attendait autre chose.

— C’est tout ? demanda-t-il.

Son ton était neutre, mais je sentis une pointe de provocation. Je serrai mon stylo entre mes doigts.

— C’est l’essentiel, répondis-je calmement.

Il se tourna vers les autres.

— Quelqu’un a-t-il une vision plus… stratégique ?

Le mot me blessa plus que je ne l’aurais voulu. Il sous-entendait que ma réponse était insuffisante, naïve, presque enfantine. Je baissai les yeux sur mon carnet, la gorge nouée. Autour de moi, quelques collègues échangèrent des regards gênés.

Un homme prit la parole, évoqua les chiffres, les rendements, les investisseurs. Mais je ne l’écoutais plus. La voix de Léo résonnait encore dans ma tête, avec ce mépris à peine voilé. 

Il cherchait à me déstabiliser, à me rabaisser peut-être, pour me rappeler la distance qui nous séparait. Je refusais de lui donner ce pouvoir.

À la fin de la réunion, les participants quittèrent la salle les uns après les autres. Je rassemblai mes affaires, espérant sortir vite, mais je compris que Léo m’attendait. Il était resté assis, immobile, les yeux fixés sur la table. 

La porte se referma derrière le dernier collègue, et nous restâmes seuls.

— Vous vouliez me parler, monsieur ? demandai-je d’une voix que j’espérais neutre.

Il leva enfin les yeux vers moi. Ils brillaient d’une émotion que je ne parvins pas à déchiffrer.

— Pourquoi êtes-vous toujours sur la défensive ?

— Je ne le suis pas.

— Vous l’êtes depuis le premier jour.

Je serrai mon carnet contre ma poitrine. Mon cœur battait trop vite, mais je tins bon.

— Peut-être parce que vous me traitez comme une étrangère.

— Parce que vous êtes devenue une étrangère.

Ses mots claquèrent dans l’air. Je soutins son regard, malgré la douleur qui montait.

— C’est vous qui m’avez repoussée, dis-je plus bas.

Il se leva brusquement. Sa chaise recula avec un bruit sec. Il contourna la table et vint se placer devant moi, trop près pour que je puisse reculer sans montrer ma peur.

— Ce n’est pas ce qui s’est passé, Adriana.

— Alors comment appelez-vous ça ? murmurai-je.

Il hésita. Sa mâchoire se serra. Je voyais qu’il luttait pour garder le contrôle, pour ne pas laisser éclater ce qu’il ressentait. Mais la tension était trop forte entre nous, comme un fil prêt à rompre.

— Je ne t’ai jamais oubliée, finit-il par avouer d’une voix rauque.

Mon souffle se bloqua. Ces mots, je ne les attendais pas. Pas maintenant. Pas après tant d’années. Je baissai les yeux, submergée par une vague d’émotion.

— Ce n’est pas suffisant, Léo.

— Qu’est-ce qu’il te faut ?

Je relevai la tête. Son visage était tout proche. Je voyais la tristesse dans ses yeux, mais aussi cette détermination qui m’avait tant effrayée autrefois.

— Il me fallait quelqu’un qui me protège, pas quelqu’un qui me brise.

Il accusa le coup. Je le vis pâlir légèrement, comme si mes paroles l’atteignaient en plein cœur.

— Je ne savais pas, souffla-t-il.

— Personne ne savait.

Nous restâmes face à face, immobiles, prisonniers du passé. 

Je sentais son parfum, sa chaleur, tout ce qui avait fait de nous un couple si passionné, si fragile aussi. Mon corps se souvenait de lui, de ses bras, de sa bouche. Mais mon cœur, lui, se souvenait surtout de la douleur.

Je fis un pas en arrière, brisant le charme.

— Je dois retourner travailler, dis-je d’une voix blanche.

Il ne me retint pas. Il se contenta de me regarder partir, et ce regard pesa sur moi tout le long du couloir.

De retour à mon bureau, je m’assis lourdement et posai mon front entre mes mains. 

Mon cœur battait encore trop vite. Mes pensées tournaient, incontrôlables. Pourquoi fallait-il qu’il soit revenu ? Pourquoi fallait-il que son regard me fasse encore trembler, après toutes ces années ?

Je pensai à Ethan. À ses questions innocentes. Au père qu’il imaginait sans le connaître. Et soudain, une peur nouvelle m’envahit : et si Léo finissait par comprendre ? Et si ses doutes le menaient jusqu’à mon fils ?

Je relevai la tête, les yeux brûlants. Je n’avais pas le droit de craquer. Ni aujourd’hui, ni demain. Je devais rester forte, distante, impénétrable. Même si chaque rencontre avec lui rouvrait une blessure que je croyais refermée à jamais.

La réunion avait été explosive, mais ce n’était que le début. Je le sentais. Un orage couvait entre nous, et il finirait par éclater.

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