MasukJe n’aurais jamais imaginé qu’une simple invitation puisse me nouer autant l’estomac.
Une soirée d’investisseurs, voilà comment Monsieur Ewane avait formulé ça. Et au ton qu’il avait employé, je savais que “refuser” n’était pas une option. — Vous représenterez la société, Mademoiselle Mballa. Sa voix, grave et coupante, ne laissait aucune place à la discussion. — Assurez-vous d’être… présentable. Présentable. Le mot m’avait giflée. Je n’avais rien à me mettre de “présentable” pour une réception de ce niveau. J’étais une stagiaire, pas une mannequin de gala. J’ai tenté de faire comme si de rien n’était, mais mes mains tremblaient sur le clavier. Il faillait que je rentre afin de me reposer et mettre tous les troubles de mon esprit au calme. Je me retourne dans mon lit à la recherche d'un sommeil paisible. Mais rien n'y fait je demeure tourmentée. Qu’allais-je bien pouvoir porter ? Et surtout… pourquoi moi ? Noah Ewane,Trente-cinq ans, PDG d’Ewane Group, une entreprise de BTP et d’import-export dont tout le monde parlait à Yaoundé et partout ailleurs. Un homme à la réputation glaciale, Brillant mais exigeant sans une once patience pour les erreurs humaines. Il ne parlait jamais plus que nécessaire, et chaque mot semblait calculé pour blesser ou impressionner. Alors pourquoi m’avoir choisie, moi ? Je me lève du lit, je vide ma garde-robe. Rien n’était à la hauteur d'une telle soirée. Une robe trop simple, puis une autre trop courte. Des chemises et des jeans. Pas trop conforment pour ce genre de dîner. J’avais beau retourner chaque tiroir, rien ne criait “tenue correcte exigée”. je lâcha finalement un soupire, puis m'allongea dans cet amalgame de vêtements. Demain je trouverais bien une solution étant au bureau. Puis sans m'en rendre compte je m'endormi. — Bonjour Nadège tu es bien matinale aujourd'hui, tu es tombée du lit? et tes yeux mais qu'est ce qu'il ont? — Rien de bien grave Sandra. j'ai eu de la peine à dormir à cause du dîner de ce soir. J'y serai avec Mr Ewane. — C’est toi qu’il emmène ? a chuchoté Christelle, ma collègue. — Je… je crois, oui. — Tu te rends compte ? Personne n’a jamais réussi à passer plus de dix minutes seule avec lui sans en ressortir en larmes ou en sueur. — Merci, ça me rassure énormément, ai-je soufflé, la gorge sèche. — Nadège, tu ne dois pas t'en faire, d'ailleurs j'ai quelque chose pour toi. Alors quand Sandra, l’assistante du directeur, m’a tendu cette robe noire moulante sortie tout droit d’un film, je suis restée muette. — Le patron a dit que ça t’irait, m’avait-elle lancé avec un sourire trop satisfait. Je n’ai rien répondu. Mais au fond, je bouillonnais de joie. — Les consignes sont de sortes que tu va rentrer en début d'après midi et à 19h le chauffeur viendra te chercher. Bonne chance mais je sais que tu n'en aura pas besoin. Sandra était d'un réconfort remarquable. J’ai attaché mes cheveux en un chignon flou, ajouté une paire de boucles d’oreilles discrètes et respiré un grand coup. En me regardant dans le miroir, j’ai eu un petit rire nerveux. « Allez, Nadège. Ce n’est qu’un dîner. Pas un combat. » Mais mon estomac, lui, n’était pas du même avis. Il est 19h00. Au rez de chaussée de mon immeuble, en pleine banlieue d'Essos, une berline noire, aux vitres teintées, m’attendait. Noah était déjà assis à l’arrière, costume sombre, montre en acier brillant. Je me suis avancée, hésitante, mes talons claquant contre le bitume. Le chauffeur m’a ouvert la portière. — Bonsoir, Monsieur, ai-je murmuré. Il a levé les yeux de son téléphone, lentement. Son regard gris acier s’est posé sur moi. Un regard qui jugeait, analysait, et condamnait tout à la fois. — Montez! J’ai obéi, en silence. L’intérieur sentait le cuir neuf et le parfum boisé. Lui, droit, presque statique, ne me regardait pas. Il tapait sur son téléphone, les traits impassibles. La voiture démarra. Les premières minutes furent un supplice. Seul le bruit du moteur et de la ville remplissaient le silence. J’ai osé tourner la tête vers lui. — Merci de m’avoir choisie pour vous accompagner ce soir, monsieur. C’est un honneur. — Ce n’est pas un honneur, c’est un test. Ses mots ont claqué, nets. — Un test ? — J’ai besoin de savoir si vous savez vous tenir. Ce genre d’événement ne tolère pas l’amateurisme. J’ai baissé les yeux. Mes doigts se sont crispés sur mon sac. — Je ferai de mon mieux. — “Faire de son mieux” est une expression pour ceux qui échouent. J’attends de vous que vous réussissiez. J’ai senti mes joues brûler. Mais malgré la froideur de sa voix, quelque chose dans son ton m’a troublée. Une autorité si naturelle, si maîtrisée, qu’elle me donnait envie d’obéir, presque sans réfléchir. La voiture traversait la ville. Les lumières de Yaoundé défilaient, les klaxons, les passants, le chaos familier. À côté de lui, j’avais l’impression d’appartenir à un autre monde. Je me suis surprise à observer son profil. Sa mâchoire serrée. Son regard fixé droit devant. Pas un cil ne bougeait. Il dégageait cette force tranquille de ceux qui savent exactement où ils vont et qui n’ont besoin de personne. — Vous êtes nerveuse ? Sa voix a rompu le silence. J’ai sursauté légèrement. — Un peu, j’avoue. Ce n’est pas tous les jours qu’on dîne avec des investisseurs internationaux. — Alors prenez sur vous. La nervosité se sent, et elle se voit. Un léger sourire, à peine perceptible, a effleuré ses lèvres. Presque moqueur. — Vous n’êtes pas très indulgent, ai-je osé dire. — Je n’ai pas à l’être. L’indulgence rend faible. Entre la peur et… autre chose. Une forme d’attraction dangereuse, que je refusais d’admettre. La voiture s’est engagée sur la route du Hilton Hôtel. Là-bas, les lumières dorées brillaient déjà au loin, comme une promesse inaccessible. Je pouvais presque sentir mon cœur cogner dans ma poitrine. Noah a enfin rangé son téléphone et m’a jeté un rapide coup d’œil. — Quand nous serons là-bas, vous resterez près de moi. Soyez naturelle, confiante et sobre. — Compris, monsieur. — Parfait. Essayez simplement de ne pas me faire regretter de vous avoir emmenée. Quand la voiture s’est arrêtée devant l’entrée de l’hôtel, un voiturier s’est précipité. Les flashs, les rires, les robes scintillantes… Tout ce monde semblait venir d’un autre univers. Noah sortit le premier, sûr de lui, dominant la scène d’un simple pas. Il fit le tour de la voiture, ouvrit la portière de mon côté. Son geste, calculé, n’avait rien de galant. C’était une invitation déguisée en ordre. — Allons-y, Mademoiselle Mballa. J’ai inspiré profondément, puis j’ai posé le pied sur le tapis rouge. Sous les regards curieux, le vertige m’a prise. Je me sentais déplacée. Fragile. Et terriblement visible. J'avais l'impression que cette soirée allait être le debut de quelque chose d'une immensité incontrôlable.Je laisse le moteur tourner quelques secondes, assez longtemps pour que la chaleur envahisse l’habitacle, aussi pour m’assurer que je ne fais pas demi-tour par automatisme. Le volant colle sous mes paumes. J’ouvre la vitre, l’air entre brutalement, chargé de poussière et de gaz d’échappement. La ville ne ralentit jamais pour les histoires qu’elle broie. Je m’insère dans la circulation sans plan précis, mais avec une certitude qui s’impose, lourde et méthodique. Ce licenciement n’a rien d’un accident. Trop sec. Trop propre. Une semaine, c’est la durée idéale pour ne laisser aucune trace émotionnelle officielle, aucun attachement administratif, aucune résistance organisée. Quelqu’un a voulu effacer une présence avant qu’elle ne devienne visible. Je connais ce schéma. Je l’ai vu à l’œuvre plus de fois que je ne peux l’admettre sans me dégoûter un peu. Le téléphone repose sur le siège passager. Je n’y touche pas. Chaque chose en son temps. La précipitation est l’erreur favorite des
Je raccroche et je glisse le téléphone dans ma poche. La rue est toujours là, bruyante, désordonnée. Elle, en revanche, a disparu au coin de l’avenue. Je ne cherche pas à la suivre. Ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Je traverse la chaussée et je descends vers le parking souterrain du bâtiment. L’air y est plus lourd, plus frais aussi. Mes pas résonnent sur le béton. J’avance vite. Je connais cet endroit. Trop bien. J’ai vu ce que ce genre de portes refermées fait aux gens. Je m’installe dans ma voiture et je démarre aussitôt. Pas de musique. Je déteste conduire avec du bruit quand je réfléchis. Le portail se lève lentement, comme s’il voulait me tester. Je n’attends pas qu’il finisse sa course pour m’engager. En sortant, je jette un coup d’œil vers les étages vitrés. Le dernier est encore allumé. Rien d’étonnant. Certaines personnes aiment travailler tard quand elles pensent être intouchables. Je roule une quinzaine de minutes, sans détour. Je me gare devant un immeuble ban
— Mademoiselle Mballa dans mon bureau tout de suite! L'interphone s'arrête à ces mots sans que je ne puisse comprendre ce qui se passe. J'accoure Dans le bureau. De la PDG. Mon cœur battant À tout rompre, Transpirant à grosses gouttes. — Je suis la madame ! — Mademoiselle balla, Je ne vais pas. Passer par quatre chemins. Je vous apprends votre licenciement. Nous n'avons plus besoin de vos services — Mais madame... pourquoi? Je ne comprends pas... — Vous pouvez sortir. Vous serez largement remercier pour cette semaine de travail. Veuillez sortir maintenant. Je ne sais pas ce qui se passe actuellement dans ma vie mais à peine une semaine de travail, me voilà déjà virer. Je remballe mes quelques affaires puis je prends la porte sous les regards interrogateur de mes nouveaux ex collègues. À peine à l'extérieur d'une grande bâtisse l'air est très chaude prêt à faire bouillir mon sang, un instinct naturel m'envahit, j'ai besoin de me vider, je dois appelé Joyce. Le téléphone
Une semaine plus tard.Je ne reconnais presque plus mes matins. Il n’y a plus de badge à passer, plus d’ascenseur vitré, plus de bureau trop bien rangé qui impose le silence. Il y a autre chose. Une tension différente. Moins confortable. Plus vivante.Je suis devant l’immeuble depuis déjà deux minutes sans m’en rendre compte. Un bâtiment ancien, façade claire, rien de clinquant. Pas le genre d’endroit qui impressionne au premier regard. Et pourtant, mon ventre se serre comme si j’allais entrer dans une arène.Je vérifie l’adresse. C’est bien ici.Je respire une fois. Puis deux. Puis j’entre.L’intérieur est en mouvement. Des voix, des pas rapides, des rires étouffés, des éclats de discussion qui se croisent sans jamais se percuter. Rien à voir avec la froideur millimétrée du Groupe Ewane. Ici, ça vit. Trop peut-être. Mais je préfère ça.— Nadège Mballa ?Je me retourne aussitôt. Une femme d’une quarantaine d’années me regarde, tablette à la main, regard franc, posture droite. Pas de s
Je marche longtemps après l’avoir quitté. Pas parce que je suis perdue, mais parce que j’ai besoin de sentir le sol sous mes pieds. Le bruit de la ville, les voix, les klaxons, les pas des autres… Tout ce qui me rappelle que le monde continue, même quand quelque chose vient de se déplacer à l’intérieur. Je n’ai pas le sentiment d’avoir gagné quoi que ce soit. Ni d’avoir cédé. C’est inconfortable, cet entre-deux. Mais étrangement, je le préfère au flou d’avant. Là, au moins, je sais où je me tiens. Quand je rentre chez moi, la maison est toujours vide. La lumière de fin d’après-midi traverse le salon et s’écrase sur le carton posé près du mur. Je m’arrête devant. Cette fois, je ne le contourne pas. Je m’accroupis et je l’ouvre. Je sors les dossiers un à un. Rien d’émotionnel, en apparence. Des notes, des comptes rendus, des annotations que je reconnais immédiatement. Mon écriture. Sérieuse. Appliquée. Une version de moi qui a tout donné sans jamais savoir si ça servirait à quelque c
Le réveil est brutal. Pas à cause du bruit, mais à cause du souvenir. J’ouvre les yeux avec cette impression étrange que quelque chose a changé pendant la nuit, sans que je sache encore quoi. Mon téléphone est là, sur le lit, exactement où je l’ai posé. Aucun nouveau message. Aucun appel manqué. Rien.Je reste quelques secondes immobile, à écouter le silence de la maison. Ma mère est déjà partie travailler. Je suis seule. Complètement. Et ça me fait du bien.Je me redresse lentement. Mon corps est encore lourd, mais mon esprit est trop réveillé pour espérer me rendormir. Je repense à sa voix. À cette hésitation inhabituelle. À cette phrase qu’il a enfin dite sans se cacher derrière une posture professionnelle. Vous laisser partir sans rien dire… c’était une erreur.Je me demande pourquoi il lui a fallu attendre que tout se termine pour le comprendre.Je me lève, vais dans la salle de bain. Mon reflet me renvoie un visage plus fatigué que je ne l’a







