Se connecterNoémie— Excuse-toi.Adrien se place devant Inès, une main sur son bras. Il lui suffit de ce geste pour me faire perdre le plaisir de l'avoir vu furieux. Je m'attendais à ses reproches, mais je voudrais qu'il regarde aussi mon visage, qu'il remarque que j'ai mal avant de lui offrir toute la place derrière son épaule.— Tu l'as vue me frapper ?— J'ai vu ce que tu lui as fait.Inès renifle. Je viens de la frapper deux fois, elle a les yeux humides et la joue rouge. Je le sais. La mienne me brûle aussi, mais Adrien ne l'a pas encore regardée.Je demande qu'Inès raconte comment cela a commencé. Elle répond que je l'ai provoquée. Elle s'adresse directement à lui, le visage tourné pour lui montrer sa joue, et Adrien me fait signe de baisser le ton avant même que j'aie répondu.— Elle m'a frappée parce que je suis rentrée chez moi. Tu veux vraiment que je m'excuse ?Ma voix monte malgré moi. J'avais imaginé une entrée beaucoup plus réussie, la robe noire, son étonnement. Maintenant, je trem
NoémieGabriel me regarde, puis sourit.— Je t'écoute.Je tourne la tête vers la maison. Une silhouette se tient derrière le rideau du salon. Un homme, je crois. Je ne distingue pas son visage, mais j'ai trop souvent vu Adrien attendre près de cette fenêtre pour ne pas penser à lui.Il regarde peut-être la voiture. Les vitres nous cachent ; il ne peut pas savoir qui est au volant, ni pourquoi je tarde à descendre.Je reviens vers Gabriel. Il a suivi mon regard, mais il m'attend.— Regarde-moi, je lui murmure.Je me rapproche pour l'embrasser, puis lui offre le cadeau que je viens de lui promettre. Je voulais garder un instant de plus avec lui avant de rentrer. Maintenant que je le vois se laisser aller contre le siège, je n'ai aucune envie de m'arrêter à un au revoir poli.NOTE ÉDITORIALE — Le passage intime dans la voiture est rendu ici sans description explicite. Écart de chaleur avec le matériau source. La scène se poursuit avant le retour à la maison.Quand je me redresse, il gard
NoémieDeux semaines me paraissent déjà longues.— D'accord, je dis. Ça me va.— On retourne à l'hôtel. Tu te changes, puis je t'emmène où tu veux.— Chez moi. Il faut que je rentre retrouver Adrien.Sa bouche se ferme. Il détourne brièvement les yeux avant de se lever.Je reste assise une seconde de plus. Je voudrais savoir si c'est le prénom d'Adrien qui l'a fait réagir. Mais il va chercher les contrats signés et me les tend ; je les range sans lui poser la question.Sparrow nous attend dans le salon.Il dépasse Gabriel de plusieurs centimètres. Ses tatouages disparaissent sous ses manches, ses yeux passent sur moi avant de revenir vers lui. Il ne dit rien, mais son regard s'attarde assez pour que je resserre les doigts sur mon sac.— Surpris ? lui demande Gabriel.Sparrow ne répond pas.— Il se demande pourquoi la femme avec moi n'est pas mon épouse, m'explique Gabriel.Je ne trouve rien à dire. Il se tourne de nouveau vers Sparrow.— C'est la personne la plus importante de ma vie.
NoémieAdrien a écrit entre deux appels.« Mon amour, où es-tu ? Je m'inquiète. »« Appelle-moi dès que tu vois ce message. »Je descends jusqu'au suivant.« Tu me manques. Je t'aime tellement. Dis-moi au moins que tu vas bien. »Il m'aurait suffi de lire cela il y a quelques jours pour me sentir rassurée. Aujourd'hui, je voudrais qu'il arrête de remplir mon écran. Je pose le téléphone sur le lit, puis le reprends pour appeler ma mère.Elle décroche presque aussitôt.— Enfin ! Ma fille passe à la télévision et il faut prendre rendez-vous pour lui parler ?Sa voix me fait sourire. Je m'assieds plus confortablement, le téléphone serré contre l'oreille.— Bonjour, maman.— Ton père a montré la vidéo à tout le monde. Je lui ai dit qu'ils l'avaient probablement déjà vue, mais tu le connais.Je ferme les yeux. Mon père penché sur son écran, ma mère qui proteste tout en restant à côté pour écouter encore.— Vous avez vu l'annonce, alors.— On est fiers de toi, Noémie. Tu as travaillé pour ça
NoémieUne autre balle frappe dehors. Je me plaque contre le mur, à côté de Gabriel, les mains toujours sur son bras.— Pourquoi ? Pourquoi quelqu'un voudrait te tuer ?Il écoute ce qui se passe derrière la porte. Du sang me colle à la paume. Je n'ose pas retirer ma main pour regarder.— Gabriel.— C'est long à expliquer.Un nouveau coup me fait rentrer la tête dans les épaules.— Alors dis-moi ce qu'on fait.Il se tourne vers moi.— Tu me suis.Il se relève et me prend par la main. Je reste assez près pour manquer de heurter son dos lorsqu'il attrape son téléphone sur la table. Nous quittons le salon par le couloir de gauche. Mes pieds glissent sur le sol ; je serre plus fort ses doigts.Au bout du passage, il presse un bouton près d'une porte. La serrure se libère. Il me fait entrer et verrouille derrière nous.Je cherche où me mettre à l'abri. Il y a un lit, une armoire, des lampes de chevet. Une fenêtre donne sur la mer. Je m'en éloigne aussitôt.— La vitre…— Blindée. Comme les m
NoémieAu décollage, je lui serre les doigts trop fort. Je m'en aperçois lorsqu'il se tourne vers moi, mais il ne retire pas sa main.Les immeubles s'éloignent sous nos pieds. Je me penche vers la vitre, d'abord avec précaution, puis sans plus penser à ma peur. La ville cède la place au littoral. Je regarde les bateaux devenir minuscules.L'île apparaît devant nous.Je cherche d'abord le port, les chemins, les maisons. Il n'y a qu'une plage claire, des arbres et, derrière eux, un bâtiment bas dont les terrasses donnent sur l'eau.Nous descendons vers la pelouse. Quand je pose enfin le pied au sol, j'ai encore l'impression de sentir les vibrations du vol dans mes jambes.— Pourquoi une île ?Gabriel se rapproche pour que je l'entende malgré le bruit.— Elle est à moi. Et on sera tranquilles.Je regarde la maison.— C'est joli.Joli. Voilà ce que je trouve à dire devant la plus belle propriété où j'ai jamais mis les pieds. Il sourit et me conduit à l'intérieur.Les pièces sont ouvertes







