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Chapitre 96 — Le doute

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-11-03 09:41:22

Clara

Trois semaines avant la date.

C'est le chiffre qui me réveille un mardi à quatre heures du matin, précisément à quatre heures et douze, j'ai regardé le réveil avec cette précision maniaque qu'on a dans les insomnies, comme si l'heure exacte allait expliquer pourquoi on ne dort plus. Trois semaines. Vingt et un jours. Et je suis assise dans le lit, le dos contre le mur froid, les mains à plat sur la couette, et je ne respire plus très bien.

Sacha dort
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    Elle ferme les yeux. Elle hoche la tête. Elle ne me saute pas au cou, parce qu'elle sait qu'il y a une distance et que la distance ne se gomme pas pour une journée. Elle me dit juste merci, et elle se range à côté d'Henri, et nous entrons tous les trois dans la mairie.Dans la salle des mariages, Sacha est déjà là. En costume. Un vrai costume, cette fois, bleu nuit, sobre, bien coupé, parce qu'il a fini par accepter l'idée. Il a vu Élise en même temps que moi, et son visage, pendant une seconde, a eu une crispation que seul moi pouvait lire. Puis il a repris. Il a hoché la tête. Il m'a regardée. Et à partir de là, dans la salle, il n'a plus regardé qu'une seule chose.Les autres sont là. Maître Verne, en tailleur noir, qui ne connaît pas d'autres couleurs. Ravier, en civil propre. Nadia, en robe sombre, les mains serrées sur un petit sac. Vanessa, sans son chien pour une fois. Les deux amis retrouvés de Sacha, qui le regardent avec la gueule d'anciens cam

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    Je rouvre les yeux. Je regarde le papier peint. Les fleurs sont des coquelicots stylisés, mal dessinés, un peu laids. Je les compte sur un panneau. Vingt-deux. Je souris. La vie ramène toujours au concret, aux coquelicots d'un papier peint à vingt-deux heures.Je me lève. Je marche dans la chambre. Je bois l'eau de la petite bouteille. Je mange une des deux figues. Elle est trop mûre, le sucre coule un peu. Je m'essuie les doigts sur une serviette, et c'est à ce moment précis que je me rends compte que ma main gauche porte toujours l'anneau en fer de la poignée de porte. Je le mets le soir, je le retire le matin, c'est une petite liturgie que j'ai inventée toute seule. Ce soir, je l'ai gardé parce que c'est la veille. Je le regarde. Je le fais tourner autour de mon doigt. Il laisse toujours sa petite marque rouge quand je l'enlève.Je pense à Victor encore. Je ne le chasse pas. Je le laisse être là, assis dans ma tête, le temps que je veux. Je me dis : lu

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    Je ferme les yeux. Je souffle une fois contre sa clavicule. L'air chaud rebondit sur ma propre joue.— D'accord.— D'accord quoi.— D'accord. On ne reporte pas. On ne change rien. Je viens de me faire moucher par un homme en caleçon à quatre heures et demie du matin dans une cuisine. Je ne vais pas lui faire ce plaisir deux fois dans la même semaine.Il rit. Un rire bas, bref, de poitrine. Il m'embrasse sur le haut du crâne.— Je ne porte pas de caleçon.— C'est encore plus vexant.Nous remontons. Il se recouche. Je m'allonge contre lui. Il met son bras lourd sur ma hanche. Je ne me rendors pas. Mais je n'ai plus besoin de me rendormir. Je ferme les yeux. Je respire au rythme de la sienne. Je laisse les heures passer. Vers six heures et demie, les premiers oiseaux. Vers sept heures, la lumière grise.Le doute ne part pas. Il reste. Mais il est redimensionné. Il tient à sa place, cette fois, dans un coi

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    ClaraTrois semaines avant la date.C'est le chiffre qui me réveille un mardi à quatre heures du matin, précisément à quatre heures et douze, j'ai regardé le réveil avec cette précision maniaque qu'on a dans les insomnies, comme si l'heure exacte allait expliquer pourquoi on ne dort plus. Trois semaines. Vingt et un jours. Et je suis assise dans le lit, le dos contre le mur froid, les mains à plat sur la couette, et je ne respire plus très bien.Sacha dort à côté de moi. Il dort sur le ventre, bras rejeté, exactement comme la première fois où je l'avais regardé dormir par la porte entrebâillée, dans la grande maison, celle qui sentait la cire. Il n'a pas changé de position en deux ans. Les gens ne changent pas leurs positions de sommeil. C'est peut-être la seule chose fiable chez eux.Et pourtant, à quatre heures et douze, je doute.Pas de lui. C'est important. Il faut que je le dise tout de suite, même si c'est à moi-même que j

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