LOGINCecilia retira doucement la main de celle de Vandor. Le silence s’étira entre eux, lourd, presque sacré. Puis elle parla.
— Henri n’a pas toujours été ce monstre. Vandor ne répondit pas. Il sentait que chaque mot à venir allait s’ancrer profondément en lui. — Avant d’être roi… il était mon amant. Elle détourna le regard, comme si la maison elle-même devenait soudain trop étroite. — Nous nous aimions avec une violence que peu d’êtres peuvent comprendre. Une passion dévorante, dangereuse. Nous étions deux flammes qui refusaient de s’éteindre. Ensemble, nous avons exploré des savoirs interdits. Des rituels anciens. Des promesses d’éternité. Le pacte pulsa, lentement. — J’avais trouvé un moyen, poursuivit-elle, d’étirer la vie au-delà de ses limites. Pas une immortalité vide… mais une longévité nourrie par le désir, par la passion, par l’intensité d’exister. Ce sort exigeait un prix. Toujours. Elle serra les poings. — Quand Henri est devenu roi, quelque chose a changé. Le pouvoir ne lui suffisait plus. Il voulait tout. Le royaume. Les hommes. Le temps. Moi. Vandor sentit une froideur lui parcourir l’échine. — Il m’a trahie, dit-elle. Il a volé le rituel. Il l’a accompli sans moi… et sans en comprendre la nature. Ses yeux verts se posèrent sur Vandor, brillants. — Le prix fut terrible. Le sort a consumé en lui l’étincelle du désir humain. Toute passion. Toute capacité à aimer, à haïr vraiment, à souffrir avec ferveur… ou à jouir. Henri est devenu une coquille immortelle. Un roi éternel, mais vide. Cecilia laissa échapper un rire bref, sans joie. — Il ne ressent plus que le manque. Une faim insatiable. Il doit voler la vitalité des autres pour combler ce vide qu’il a créé lui-même. Vandor pensa aux champs de bataille. Aux corps. Aux sacrifices. — La guerre…, murmura-t-il. — N’était qu’un rituel à ciel ouvert, confirma-t-elle. Du sang pour nourrir ce qu’il est devenu. Elle fit quelques pas, puis s’arrêta devant lui. — Et puis… il t’a vu. Vandor fronça les sourcils. — Moi ? — Toi, répéta-t-elle. Parmi tous ces hommes mourants, tu brûlais. Ta rage. Ton désir de vivre. Ta capacité à aimer et à détruire. Tu dégageais une force vitale presque surnaturelle. Sa voix trembla légèrement. — Tu incarnes tout ce qu’Henri a perdu. Tout ce qu’il ne pourra jamais redevenir. Le pacte pulsa violemment. — Il aurait pu me tuer, dit Vandor lentement. Il aurait dû. Cecilia hocha la tête. — Oui. Mais il ne l’a pas fait. Parce que tu étais plus utile vivant. Un silence terrible s’abattit. — Il sait que je suis en exil, poursuivit-elle. Que je suis rongée par ce qu’il m’a volé. Que le désir que je porte n’a plus d’exutoire… qu’il est devenu obsession. Possession. Elle soutint le regard de Vandor. — Il savait que si un homme comme toi errait brisé dans ce monde… tu finirais par venir ici. Vers moi. Vandor sentit son estomac se nouer. — Le cheval…, souffla-t-il. — Il a laissé des traces. Des appels subtils. Des fils invisibles. Il t’a envoyé à moi. La vérité s’imposa enfin, complète et implacable. — Henri t’a épargné pour me tendre un piège, dit Cecilia. Il espère que je sortirai de l’ombre. Que je commettrai une erreur. Que je te consumerai… ou que je me révélerai. Sa voix se fit plus sombre. — Il veut me tuer. Ou me capturer. Et achever son immortalité. Vandor sentit la colère monter, mêlée à quelque chose de plus douloureux. — Et moi, dans tout ça ? Cecilia s’approcha lentement. Trop près. — Tu es l’arme, murmura-t-elle. Et le sacrifice potentiel. Henri veut que ton cœur continue de battre… pour me torturer à travers toi. Jusqu’à ce que je te brise. Ou que je te perde. Le pacte brûlait désormais comme un brasier. Vandor comprit enfin. Il n’était pas seulement un survivant. Il était l’enjeu vivant d’une guerre intime entre deux êtres immortels brisés par leur propre passion. Et Cecilia, en face de lui, tremblait non de peur. Mais de désir…Ils marchèrent encore un moment, jusqu’à ce que Cecilia s’arrête enfin.Entre deux grands chênes aux racines emmêlées, un repli naturel s’ouvrait, dissimulé par des fougères épaisses et des branches basses. L’endroit était étroit, sombre, presque invisible à qui ne savait pas où regarder.— Ici, dit-elle simplement.Vandor hocha la tête et laissa tomber son sac au sol. La fatigue le rattrapa d’un seul coup. Il s’affala contre un tronc, laissant échapper un soupir long, lourd, comme s’il déposait enfin le poids de la journée.Cecilia ouvrit son petit sac de cuir.Vandor l’observait du coin de l’œil lorsqu’elle en sortit… une couverture épaisse, propre, étonnamment douce pour un objet censé tenir dans un sac aussi minuscule.Il esquissa un sourire.— Sérieusement… ça ne cessera jamais de me surprendre, dit-il. Et je crois que ça commence même à me faire rire.Cecilia ne sourit pas.Elle déplia la couverture avec soin, concentrée, presque grave, comme si chaque geste devait être parfaite
Ils marchaient depuis longtemps.La forêt les avait engloutis de nouveau, mais cette fois sans poursuite immédiate. Les pas de l’étalon résonnaient doucement sur la terre humide, puis finirent par s’estomper lorsqu’ils mirent pied à terre. Désormais, ils n’étaient plus que deux silhouettes avançant côte à côte, séparées par un silence lourd.Ils ne se parlaient pas il écoutait juste le silence. Le calme. Pourtant, tout se disait dans l’air entre eux. La proximité, la fuite, le pacte encore vibrant sous la peau de Vandor. Chaque mouvement de Cecilia était ressenti, chaque respiration perçue.Finalement, ce fut elle qui rompit le silence.— Henri ne cherche pas à me récupérer, dit-elle sans le regarder. Il cherche à me détruire.Vandor ralentit légèrement, tournant sa tête vers elle.— Il m’a volé une grande partie de mes pouvoirs, poursuivit-elle. Pas seulement ma longévité… mais ce que j’étais. Ce que je pouvais devenir. Ce n’était pas de l’amour. Pas vraiment. L’amour ne prend pas. I
Le monde sembla se contracter autour d’eux.Vandor sentit quelque chose changer au moment précis où son poing s’abattait. Une chaleur nouvelle, différente de la colère brute. Plus fluide. Plus vaste. Comme si une présence venait de se glisser dans son souffle. Cecilia le sentit aussi. Elle se tourna vers lui, les yeux brillants d’une lueur verte plus intense qu’auparavant. — Vandor, dit-elle d’une voix ferme. Fais-moi confiance. Le second garde leva sa lance, prêt à frapper. Vandor hésita une fraction de seconde. Une seule. Puis il lâcha prise. Il recula d’un pas, instinctivement, sans comprendre pourquoi. À cet instant précis, le pacte pulsa violemment — non pas comme une brûlure, mais comme un lien qui s’ouvrait. Cecilia avança. Elle leva la main, paume ouverte, et prononça une formule à voix haute. Les mots étaient anciens, chantants, presque impossibles à suivre. Ils semblaient glisser entre les arbres, se répercuter dans la forêt elle-même. L’air vibra. Un souffle invi
Vandor n’écoutait plus vraiment.Les mots de Cecilia continuaient de résonner en lui, mais ils n’avaient plus de forme. Seulement un poids. Une fatigue profonde, écrasante. Comme si chaque vérité révélée avait arraché un morceau de ce qu’il lui restait.Il recula lentement.— J’en ai assez, dit-il enfin.Sa voix était basse, rauque, mais étrangement calme.Cecilia leva les yeux vers lui.— Vandor…— Non, l’interrompit-il. Je ne veux plus savoir. Ni ce que je suis pour lui. Ni ce que je suis pour toi.Il passa une main sur son visage, comme pour chasser une douleur invisible.— Toute ma vie, j’ai été seul. Sur les routes. Sur les champs de bataille. Dans mes choix. Et c’est très bien ainsi. C’est la seule chose que je sache faire.Le pacte pulsa, mais il l’ignora.— Je ne veux pas être une arme, poursuivit-il. Ni un appât. Ni un lien entre deux monstres immortels.Ces mots frappèrent Cecilia de plein fouet. Elle ne répondit pas.Vandor se tourna vers la porte.— Je pars.Il l’ouvrit et
Cecilia retira doucement la main de celle de Vandor. Le silence s’étira entre eux, lourd, presque sacré. Puis elle parla.— Henri n’a pas toujours été ce monstre.Vandor ne répondit pas. Il sentait que chaque mot à venir allait s’ancrer profondément en lui.— Avant d’être roi… il était mon amant.Elle détourna le regard, comme si la maison elle-même devenait soudain trop étroite.— Nous nous aimions avec une violence que peu d’êtres peuvent comprendre. Une passion dévorante, dangereuse. Nous étions deux flammes qui refusaient de s’éteindre. Ensemble, nous avons exploré des savoirs interdits. Des rituels anciens. Des promesses d’éternité.Le pacte pulsa, lentement.— J’avais trouvé un moyen, poursuivit-elle, d’étirer la vie au-delà de ses limites. Pas une immortalité vide… mais une longévité nourrie par le désir, par la passion, par l’intensité d’exister. Ce sort exigeait un prix. Toujours.Elle serra les poings.— Quand Henri est devenu roi, quelque chose a changé. Le pouvoir ne lui s
L’étalon ralentit sans que Vandor ne lui en donne l’ordre. Les arbres s’écartèrent légèrement, laissant apparaître une clairière familière. Trop familière. Une maison de bois sombre y reposait, presque dissimulée par la végétation, comme si la forêt elle-même cherchait à la protéger.Vandor fronça les sourcils.— Non… murmura-t-il.Il était déjà passé par là. Une fois. Il y a longtemps. Avant la guerre. Avant le pacte. Avant tout. Le cheval s’arrêta devant la porte. Le pacte pulsa doucement, presque avec insistance.— Pourquoi ici ? demanda Vandor à voix basse. Qu’est-ce qu’elle veut encore de moi ?La porte s’ouvrit. Cecilia se tenait là.Elle portait une robe sombre at avec des bordures en dentelle mais qui épousait sa silhouette avec une précision troublante. Ses cheveux noirs tombaient librement sur ses épaules, et ses yeux verts. Les mêmes que ceux de l’étalon et se posèrent sur Vandor avec une intensité qui lui coupa le souffle.Ils se regardèrent sans parler.Quelque chose vibr







