LOGINJe tourne les talons. Je traverse le camp. Mes poings sont serrés, mes ongles s'enfoncent dans mes paumes, tirent le sang. Mes dents grincent, ma mâchoire est crispée, mes yeux brûlent de larmes que je ne laisserai pas couler.Sera me regarde passer. Elle est assise devant sa tente, à aiguiser son épée. Ses yeux me suivent, brillants, curieux, satisfaits. Ses lèvres s'écartent en un sourire. Un sourire que je voudrais effacer de son visage à coups de poing.Je ne m'arrête pas.Je ne peux pas m'arrêter.Je vais exploser.---CHAPITRE 80 : LA TEMPÊTE DE SENTIMENTSALESSANDRO---Je le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépen
Aurora pose sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent la fumée et la nuit. Elle est si légère, si fragile, si humaine. Pendant un instant, je ne vois pas la guerrière, la meneuse, celle qui porte le poids du monde. Je vois une jeune fille. Une enfant perdue. Quelqu'un qui a besoin qu'on la prenne dans ses bras.— Pourquoi les humains se font-ils tant de mal quand ils s'aiment ? je demande.— Parce qu'on a peur. Parce qu'on est fragiles. Parce qu'on sait que tout peut s'arrêter à tout moment. Parce qu'on a vu des gens qu'on aimait mourir, partir, disparaître.— Et comment on fait pour ne plus avoir peur ?— On ne fait pas. On vit avec. On avance quand même. On aime quand même. On se blesse quand même.— C'est triste.— C'est la vie.On reste là, toutes les deux, à regarder le camp, à att
SERA---Je l'ai vu partir.Il est sorti du camp, seul, son épée à la main, sa rage dans le cœur. Il va dans la forêt, je le sais. Il va frapper des arbres jusqu'à ce que ses poings saignent. Il va crier, pleurer, se vider de tout ce qu'il retient depuis des jours. Il va souffrir.Je devrais le suivre.Je devrais m'asseoir à côté de lui, poser ma main sur son épaule, lui dire que tout va bien, que je suis là, que je ne le jugerai pas. Je devrais profiter de sa faiblesse, de sa solitude, de son besoin d'être aimé.Mais non. Pas encore. Il faut le laisser souffrir. Il faut le laisser comprendre par lui-même. Il faut qu'il vienne à moi, qu'il me choisisse, qu'il me veuille.— Tu es cruelle, dit Lyra.Elle est derrière moi. Je ne l'ai pas entendue arriver. Elle est toujours silencieuse, toujours impré
AURORA---L'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.— Tu cherches Alessandro ? demande Lyra.Elle est assise sur une souche, ses jambes croisées, ses yeux fermés. Ses mains sont posées sur ses genoux, paumes vers le ciel. Elle ressemble à u
AURORAL'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.—
ALESSANDRO---L'air est glacé. La nuit est noire. Les feux sont éteints, réduits à des braises qui luttent contre l'obscurité. Les tentes sont closes, les guerriers dorment, le monde entier semble en paix.Pas moi.Je marche sans savoir où je vais. Mes pieds me portent vers la palissade, vers la porte, vers l'extérieur. Je m'arrête au bord du camp, les mains sur les planches de bois, la tête baissée. Le bois est rugueux sous mes paumes, couvert de givre. Le froid me brûle les doigts. Je ne le sens pas.Pourquoi je ne peux pas la toucher ?Pourquoi je la regarde et je ne vois que Kael, ses doigts sur sa joue, ses yeux dans les siens, ses mots dans sa bouche ? Pourquoi je ferme les yeux et c'est son visage que je vois, pas le sien ?Je ferme les yeux. Son visage apparaît. Aurora. Pas Kael. Aurora. Ses cheveux défaits sur l'oreiller. Ses
AURORAIl tourne enfin la tête vers moi. Dans la faible lumière bleue, ses traits sont tirés, fatigués. Pour la première fois, je vois non pas le roi, ni la bête, ni l’amant. Je vois le gardien. L’homme seul qui porte le poids de cette chose depuis trop longtemps.— Parce qu’elle te reconnaît, Auro
KAELAN Kael émet un souffle rageur, ses muscles se tendant sous sa fourrure. Il veut se rebeller. Il veut me défier, la défier. Je sens l’agitation monter dans la meute autour de nous, un murmure de confusion.Aurora avance d’un pas. Un seul. Mais c’est suffisant. Elle est soudain plus grande, non
KAELAN La forêt sent la peur.Elle s’infiltre dans l’air humide du petit matin, un parfum aigre et vert qui se mêle à la terre, à la sève et à la pourriture. Mon peuple non, notre peuple maintenant se déplace autour de nous comme une rivière sombre et silencieuse. Des ombres entre les arbres. Des
AURORALa douleur est un point de fusion, une étoile blanche qui explose dans ma chair. La morsure d'Alessandro sur mon épaule n'est pas qu'une marque, c'est une naissance. La brûlure se propage, serpent de feu dans mes veines, et je sens mes os chanter, se densifier, se réarranger sous la peau. C'







