LOGINAURORA---L'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.— Tu cherches Alessandro ? demande Lyra.Elle est assise sur une souche, ses jambes croisées, ses yeux fermés. Ses mains sont posées sur ses genoux, paumes vers le ciel. Elle ressemble à u
AURORAL'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.—
ALESSANDRO---L'air est glacé. La nuit est noire. Les feux sont éteints, réduits à des braises qui luttent contre l'obscurité. Les tentes sont closes, les guerriers dorment, le monde entier semble en paix.Pas moi.Je marche sans savoir où je vais. Mes pieds me portent vers la palissade, vers la porte, vers l'extérieur. Je m'arrête au bord du camp, les mains sur les planches de bois, la tête baissée. Le bois est rugueux sous mes paumes, couvert de givre. Le froid me brûle les doigts. Je ne le sens pas.Pourquoi je ne peux pas la toucher ?Pourquoi je la regarde et je ne vois que Kael, ses doigts sur sa joue, ses yeux dans les siens, ses mots dans sa bouche ? Pourquoi je ferme les yeux et c'est son visage que je vois, pas le sien ?Je ferme les yeux. Son visage apparaît. Aurora. Pas Kael. Aurora. Ses cheveux défaits sur l'oreiller. Ses
AURORATrois nuits.Trois nuits qu'il dort à côté de moi sans me toucher. Trois nuits que nos corps restent séparés par un espace invisible, un mur de fierté, de doute, de colère rentrée. Trois nuits que je sens sa chaleur sans pouvoir m'en approcher, que j'entends sa respiration sans pouvoir m'y blottir, que je regarde ses mains sans pouvoir les prendre.La couverture est trop grande. Le silence est trop lourd. La nuit est trop longue.Je compte les heures. Je compte les battements de mon cœur. Je compte les mensonges qu'on se raconte.— Alessandro, dis-je.— Quoi ?Sa voix est neutre, distante, polie. La voix qu'on utilise avec les étrangers. Pas avec celle qu'on aime.— Dors-tu ?— Non.— Moi non plus.— Alors on est deux.Il se tourne sur le côté. Son do
SERAJe l'attends.La nuit est tombée, le camp s'est endormi, les feux sont éteints. Je suis assise devant sa tente, les jambes croisées, les mains posées sur mes genoux. La toile est fermée. La lampe est allumée. Ils sont à l'intérieur, tous les deux, à se toucher, à se parler, à être ensemble.La toile s'ouvre.Alessandro sort. Son visage est fatigué, ses yeux sont cernés. Il me voit, s'arrête, soupire.— Sera. Qu'est-ce que tu fais là ?— Je t'attends.— Pourquoi ?— Parce que j'ai quelque chose à te dire. Quelque chose d'important.— Dis-le.— Pas ici. Pas devant tout le monde.Il hésite. Ses yeux se tournent vers la tente, vers Aurora qui dort à l'intérieur.— Une minute, dit-il.Il s
AURORALe lendemain, tout a changé.Alessandro est froid. Pas violent. Pas cruel. Froid. Comme si un mur s'était dressé entre nous, invisible mais solide. Il me regarde, mais il ne me voit pas. Il me parle, mais il ne m'entend pas. Il me touche, mais il ne me sent pas.— Alessandro, dis-je.— Quoi ?— Parle-moi.— Je te parle.— Non. Vraiment. Parle-moi.Il soupire. Ses mains sont posées sur ses cuisses, ses doigts tapent un rythme nerveux.— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?— La vérité. Ce que tu ressens. Ce qui se passe dans ta tête.— Tu veux la vérité ? La voilà. J'ai vu un autre homme te toucher. J'ai entendu te dire qu'il t'aimait. J'ai vu tes yeux se fermer. Et toi, tu as vu une fille poser ses mains sur moi. Alors on est quittes.— Ce n'est pas une que
La dent s’échauffe. La douleur devient aiguë, brillante. Les souvenirs ne viennent pas sous forme d’images, mais d’odeurs, de sons, de goûts.L’odeur de la sève de pin brûlée. Ils détestent la chaleur vive, les incendies maîtrisés.Le son d’un certain type de cloche, un carillon aigu et pur. Le mét
AURORALa salle des cartes s’est remplie d’une présence dense, animale. L’odeur de la pierre froide se mêle maintenant à celle du cuir huilé, de la sueur masculine, de l’herbe amère mâchée pour rester éveillé. Et par-dessus tout, l’odeur de la peur. Une peur tenace, musquée, qu’ils portent comme un
Son intensité est palpable. C’est la première fois qu’il me montre à quel point il compte sur cela. Sur moi. Ce n’est pas une attente placide. C’est une soif.— Les souvenirs sont chaotiques. Fragments. Sensations. Ce n’est pas un manuel clair.— Alors trouve un moyen de les clarifier. Concentre-to
AURORAIl ne me ramène pas vers les quartiers silencieux. Il me conduit plus profond dans la forge, vers un renfoncement plus calme, où des étagères de pierre supportent des armes finies : épées au tranchant mat, haches au bec cruel, armures de plaques aux articulations souples. C’est un arsenal qu







