LOGINIl bouge plus vite. Plus fort. Je mords son épaule pour ne pas crier trop fort. Mais j'entends des voix. Des tentes qui s'ouvrent. Des regards qui se tournent vers nous.— Laisse-les regarder, dit-il. Laisse-les savoir.Je ne me retiens plus. Je crie. Je hurle. Je l'appelle. Je l'implore. Je le supplie.Il me fait taire d'un baiser, et on s'effondre ensemble, enlacés, ruisselants, épuisés.— Je t'aime, dit-il contre ma peau.— Je sais.Je pose ma tête sur son épaule. Autour de nous, le camp se referme. Les tentes se ferment. Les regards se détournent.Mais un regard reste. Je le sens. Dans l'ombre, au bord du feu, Sera regarde. Ses poings sont serrés. Ses dents sont serrées. Ses yeux brillent dans l'obscurité.Je ne détourne pas les yeux. Je la regarde, elle, et elle me regarde. Et dans ce regard, il y a tout. La jalousie
AURORATrois jours passent.Trois jours où je le regarde. Trois jours où je surveille ses gestes, ses regards, ses silences. Trois jours où je cherche la preuve de ce que je refuse de nommer.Il ne fait rien. Il évite Sera. Il s'éloigne quand elle s'approche. Il ne lui parle que quand il le faut, et encore, les mots sont brefs, les réponses sèches. Il fait ce qu'il a dit. Il prouve ce qu'il a promis.Mais la jalousie ne me quitte pas. Elle est là, dans ma poitrine, dans mon ventre, dans ma gorge. Elle me ronge, me dévore, me consume.Ce soir, je ne peux plus.Nous sommes seuls dans la tente. La lampe brûle bas. Les peaux sont épaisses, la toile est fermée. Personne ne nous voit. Personne ne nous entend.— Pourquoi tu la laisses faire ? je demande.Il lève les yeux vers moi. Il est assis sur la couverture,
AURORALes jours passent. Les marqués guérissent lentement, leurs yeux retrouvent un peu de vie, leurs mains cessent de trembler. La mort de Dariush a réveillé quelque chose dans le camp. Une détermination. Une rage. Un besoin de vengeance.Mais moi, je ne vois que Sera.Elle est là, toujours là, partout là. Quand Alessandro s'entraîne avec les guerriers, elle s'entraîne à côté de lui, ses mouvements précis, son corps souple, ses yeux fixés sur lui. Quand il discute avec Kael des défenses du camp, elle apporte du thé, s'assoit près d'eux, écoute, hoche la tête, sourit. Quand il rentre le soir, elle le regarde jusqu'à ce que la toile se ferme, jusqu'à ce qu'il soit à moi.Aujourd'hui, l'entraînement a été long. La sueur coule sur leurs peaux, leurs muscle
Il pose sa main sur ma joue. Ses doigts sont glacés, mais sa paume est chaude. Ses yeux sont fixes, clairs, sans peur.— J'ai été un homme jaloux, dit-il. J'ai été un homme amer. J'ai voulu ce qui n'était pas à moi. J'ai haï des gens qui ne méritaient pas ma haine. Mais je peux faire ça. Je peux être utile. Je peux protéger.— Dariush...— Dis à Kael que je suis désolé. Dis-lui que j'aurais voulu être meilleur. Plus tôt.Il s'éloigne de moi. Il marche vers la palissade, vers l'obscurité au-delà. Ses épaules sont droites, sa tête haute. Il ne tremble plus.— Dariush ! je crie. Reviens !Il ne se retourne pas. Il ouvre la porte de la palissade. L'air froid entre dans le camp, chargé d'une odeur de pourriture et de cendre.Et dans l'obscurité, quelque cho
AURORALa nuit est noire quand Dariush se lève.Personne ne le voit quitter sa tente. Personne ne voit ses pas hésitants vers la palissade. Personne ne voit la marque sur sa poitrine qui pulse plus fort que les autres, qui brille dans l'obscurité d'une lueur sourde, comme un cœur malade qui bat trop vite.Moi, je le vois.Je ne dors pas. Je ne dors plus jamais. Alessandro est contre moi, sa main sur ma hanche, son souffle régulier. Mais mes yeux sont ouverts, fixés sur l'ouverture de la tente, sur la lumière blafarde qui filtre à travers la toile. Et je vois son ombre passer. Silencieuse. Déterminée. Seule.Je me lève. Mes pieds touchent le sol froid. Mes doigts cherchent une tunique, une arme, quelque chose. Alessandro murmure dans son sommeil, sa main cherche la mienne, ne la trouve pas. Je reste immobile un long moment, à écouter son souffle,
Il pose sa main sur mon visage, ses doigts sur ma joue, sa paume contre ma peau. Il force-moi à le regarder. Ses yeux sont si proches, si clairs, si vrais.— Je n'appartiens qu'à toi, dit-il. Sa voix est basse, grave, intense. Je n'aime qu'une personne. C'est toi. Toujours toi. Rien que toi. Depuis le premier jour. Jusqu'au dernier. Pour toujours.— Alors pourquoi tu la laisses faire ? Pourquoi tu la laisses te toucher, te regarder, te voler ?— Parce qu'elle est seule. Parce qu'elle a tout perdu. Parce qu'elle a besoin qu'on s'occupe d'elle. Parce qu'elle a besoin de sentir qu'elle existe. Parce que je ne peux pas être impoli avec quelqu'un qui vient de perdre tout ce qu'elle avait, tout ce qu'elle aimait, tout ce qu'elle était.— Elle n'a rien perdu. Elle te veut. Elle te veut depuis qu'elle est arrivée. Elle te veut comme je t'ai voulu. Comme je te veux. Comme je te voudrai toujour
AURORABren parle, mais ses mots n'atteignent pas mon cerveau. Ils flottent quelque part à la périphérie, débris sonores dans un océan de silence intérieur. Parce que tout ce qui existe, maintenant, c'est cette conscience qui se déplie dans ma direction comme une main noire s'ouvrant pour saisir.—
AURORALe sous-entendu est clair. Je suis un élément nouveau dans l’équation. Une variable inconnue. Le piège, ce n’est pas seulement la vallée. C’est moi. Ma présence sur la crête, cette énergie nouvelle qu’ils pourraient détecter, pourrait les attirer plus efficacement, ou différemment.La respon
AURORAJe les énumère, une à une, de ma voix plate et précise.— Ils fuient la chaleur vive et concentrée. Les brasiers de pin résineux les repoussent mieux que des murs. Ils détestent le son du métal sacré, l’argent lunaire forgé en cloches ou en lames fines. Cela perturbe ce qui les tient ensembl
AURORAJe pose les deux mains à plat sur la table, pour m’équilibrer, mais le geste paraît délibéré.— Alors tu as raison, Kael. Les feux et le sel ne suffiront pas. Ils ne gagneront pas la guerre. Mais ils nous donneront du temps. Et le temps, nous devons l’utiliser pour trouver la réponse à ta qu







