تسجيل الدخولAURORA
Il tente de rire, mais le mouvement lui arrache une grimace.
— Torvin exagère toujours. C'était juste une égratignure.
— Il a dit trois doigts de plus et...
— Torvin est un poète. Il ne faut pas l'écouter.
Je m'assois près de lui, sur un tabouret bancal. Le silence s'installe, pas inconfortable.
Il pose sa main sur ma joue. Ses doigts sont glacés, mais sa paume est chaude. Ses yeux sont fixes, clairs, sans peur.— J'ai été un homme jaloux, dit-il. J'ai été un homme amer. J'ai voulu ce qui n'était pas à moi. J'ai haï des gens qui ne méritaient pas ma haine. Mais je peux faire ça. Je peux être utile. Je peux protéger.— Dariush...— Dis à Kael que je suis désolé. Dis-lui que j'aurais voulu être meilleur. Plus tôt.Il s'éloigne de moi. Il marche vers la palissade, vers l'obscurité au-delà. Ses épaules sont droites, sa tête haute. Il ne tremble plus.— Dariush ! je crie. Reviens !Il ne se retourne pas. Il ouvre la porte de la palissade. L'air froid entre dans le camp, chargé d'une odeur de pourriture et de cendre.Et dans l'obscurité, quelque cho
AURORALa nuit est noire quand Dariush se lève.Personne ne le voit quitter sa tente. Personne ne voit ses pas hésitants vers la palissade. Personne ne voit la marque sur sa poitrine qui pulse plus fort que les autres, qui brille dans l'obscurité d'une lueur sourde, comme un cœur malade qui bat trop vite.Moi, je le vois.Je ne dors pas. Je ne dors plus jamais. Alessandro est contre moi, sa main sur ma hanche, son souffle régulier. Mais mes yeux sont ouverts, fixés sur l'ouverture de la tente, sur la lumière blafarde qui filtre à travers la toile. Et je vois son ombre passer. Silencieuse. Déterminée. Seule.Je me lève. Mes pieds touchent le sol froid. Mes doigts cherchent une tunique, une arme, quelque chose. Alessandro murmure dans son sommeil, sa main cherche la mienne, ne la trouve pas. Je reste immobile un long moment, à écouter son souffle,
Il pose sa main sur mon visage, ses doigts sur ma joue, sa paume contre ma peau. Il force-moi à le regarder. Ses yeux sont si proches, si clairs, si vrais.— Je n'appartiens qu'à toi, dit-il. Sa voix est basse, grave, intense. Je n'aime qu'une personne. C'est toi. Toujours toi. Rien que toi. Depuis le premier jour. Jusqu'au dernier. Pour toujours.— Alors pourquoi tu la laisses faire ? Pourquoi tu la laisses te toucher, te regarder, te voler ?— Parce qu'elle est seule. Parce qu'elle a tout perdu. Parce qu'elle a besoin qu'on s'occupe d'elle. Parce qu'elle a besoin de sentir qu'elle existe. Parce que je ne peux pas être impoli avec quelqu'un qui vient de perdre tout ce qu'elle avait, tout ce qu'elle aimait, tout ce qu'elle était.— Elle n'a rien perdu. Elle te veut. Elle te veut depuis qu'elle est arrivée. Elle te veut comme je t'ai voulu. Comme je te veux. Comme je te voudrai toujour
Je rentre dans la tente sans me retourner. Je sens son regard sur ma nuque, sur mon dos, sur mes jambes. Je sens son regard qui me suit, qui me cherche, qui me veut. Je ferme la toile derrière moi.Aurora dort. Ses mains sont ouvertes sur la couverture, ses doigts écartés, comme si elle cherchait quelque chose, comme si elle attendait quelqu'un. Ses cheveux sont défaits, brillent dans la pénombre. Son souffle est régulier, apaisé.Je m'allonge près d'elle. Mes bras autour de sa taille. Ma bouche contre sa nuque. Mes doigts qui s'entrelacent aux siens. Elle murmure quelque chose dans son sommeil, un mot que je n'entends pas, un nom que je ne reconnais pas. Elle s'approche de moi, cherche ma chaleur, cherche ma peau, cherche mon cœur.— Je suis là, je murmure. Je suis là. Je ne bouge pas. Je ne pars pas. Je reste.Elle se calme. Son souffle s'apaise. Ses doigts s
Elle veut répondre. Je vois ses lèvres remuer, chercher les mots, chercher la force. Mais ses yeux se ferment. Ses paupières sont trop lourdes. Son souffle s'apaise, s'allonge, devient régulier. Elle dort avant même que j'aie fini de la déshabiller, avant même que j'aie tiré les peaux sur elle.Je reste près d'elle un long moment. Ses mains sont froides. Ses pieds sont glacés. Sa bouche est entrouverte, ses lèvres gercées, ses joues marquées par les larmes qu'elle n'a pas versées. Elle a l'air si petite, si fragile, si jeune. Comme si tout ce qu'elle portait allait la briser. Comme si tout ce qu'elle était allait s'effondrer.— Je veillerai sur toi, murmure-je contre son front. Toujours. Quoi qu'il arrive. Où que tu ailles. Toujours.Je sors de la tente. La nuit est froide, étoilée, trop claire. Les feux brûlent ba
Je regarde Sera. Elle ne me regarde pas. Elle regarde Alessandro, qui s'est approché des survivants, qui examine leurs marques, qui parle à voix basse à Kael. Elle suit ses mouvements, ses mains, son visage, ses épaules. Elle le boit des yeux. Elle le dévore du regard.— Alessandro, j'appelle. Ma voix porte, claire, nette.Il se retourne. Sera baisse les yeux, trop vite, trop tard.— Oui ?— Rien. On s'occupe des blessés.Il hoche la tête, se détourne. Sera relève les yeux. Elle le regarde s'éloigner, rejoindre les marqués, poser ses mains sur leurs épaules, leur parler doucement. Elle ne regarde que lui. Elle ne voit que lui.— Kael, dis-je. Surveille-la.— Pourquoi ?— Parce qu'elle regarde Alessandro comme s'il était un morceau de viande. Parce qu'elle le regarde comme si elle voulait le
AURORABren parle, mais ses mots n'atteignent pas mon cerveau. Ils flottent quelque part à la périphérie, débris sonores dans un océan de silence intérieur. Parce que tout ce qui existe, maintenant, c'est cette conscience qui se déplie dans ma direction comme une main noire s'ouvrant pour saisir.—
AURORALe sous-entendu est clair. Je suis un élément nouveau dans l’équation. Une variable inconnue. Le piège, ce n’est pas seulement la vallée. C’est moi. Ma présence sur la crête, cette énergie nouvelle qu’ils pourraient détecter, pourrait les attirer plus efficacement, ou différemment.La respon
AURORAJe pose les deux mains à plat sur la table, pour m’équilibrer, mais le geste paraît délibéré.— Alors tu as raison, Kael. Les feux et le sel ne suffiront pas. Ils ne gagneront pas la guerre. Mais ils nous donneront du temps. Et le temps, nous devons l’utiliser pour trouver la réponse à ta qu
AURORAJe les énumère, une à une, de ma voix plate et précise.— Ils fuient la chaleur vive et concentrée. Les brasiers de pin résineux les repoussent mieux que des murs. Ils détestent le son du métal sacré, l’argent lunaire forgé en cloches ou en lames fines. Cela perturbe ce qui les tient ensembl







