เข้าสู่ระบบElle veut répondre. Je vois ses lèvres remuer, chercher les mots, chercher la force. Mais ses yeux se ferment. Ses paupières sont trop lourdes. Son souffle s'apaise, s'allonge, devient régulier. Elle dort avant même que j'aie fini de la déshabiller, avant même que j'aie tiré les peaux sur elle.
Je reste près d'elle un long moment. Ses mains sont froides. Ses pieds sont glacés. Sa bouche est entrouverte, s
Elle veut répondre. Je vois ses lèvres remuer, chercher les mots, chercher la force. Mais ses yeux se ferment. Ses paupières sont trop lourdes. Son souffle s'apaise, s'allonge, devient régulier. Elle dort avant même que j'aie fini de la déshabiller, avant même que j'aie tiré les peaux sur elle.Je reste près d'elle un long moment. Ses mains sont froides. Ses pieds sont glacés. Sa bouche est entrouverte, ses lèvres gercées, ses joues marquées par les larmes qu'elle n'a pas versées. Elle a l'air si petite, si fragile, si jeune. Comme si tout ce qu'elle portait allait la briser. Comme si tout ce qu'elle était allait s'effondrer.— Je veillerai sur toi, murmure-je contre son front. Toujours. Quoi qu'il arrive. Où que tu ailles. Toujours.Je sors de la tente. La nuit est froide, étoilée, trop claire. Les feux brûlent ba
Je regarde Sera. Elle ne me regarde pas. Elle regarde Alessandro, qui s'est approché des survivants, qui examine leurs marques, qui parle à voix basse à Kael. Elle suit ses mouvements, ses mains, son visage, ses épaules. Elle le boit des yeux. Elle le dévore du regard.— Alessandro, j'appelle. Ma voix porte, claire, nette.Il se retourne. Sera baisse les yeux, trop vite, trop tard.— Oui ?— Rien. On s'occupe des blessés.Il hoche la tête, se détourne. Sera relève les yeux. Elle le regarde s'éloigner, rejoindre les marqués, poser ses mains sur leurs épaules, leur parler doucement. Elle ne regarde que lui. Elle ne voit que lui.— Kael, dis-je. Surveille-la.— Pourquoi ?— Parce qu'elle regarde Alessandro comme s'il était un morceau de viande. Parce qu'elle le regarde comme si elle voulait le
Kael est parmi eux. Il est assis, les bras autour de ses genoux, le visage gris de fatigue, les yeux rouges, les lèvres gercées. Sa tunique est déchirée, ses bras sont couverts de coupures, de bleus, de marques. Quand il nous voit, ses yeux s'éclairent un instant, une seconde, une étincelle. Puis ils retombent. Comme si la lumière était trop lourde à porter.— Ils sont venus cette nuit, dit-il. Sa voix est plate, sans vie. Juste après ton départ. L'ombre. Elle est sortie du sol, des arbres, des flammes. Partout à la fois. Elle avait des centaines de bras. Des milliers. Elle a pris ceux qui ne pouvaient pas courir. Les enfants. Les vieux. Les blessés. Ceux qui dormaient. Ceux qui espéraient.— Combien ?— Dix-sept morts. Et eux...Il désigne les survivants assis autour de lui. Leurs visages vides. Leurs yeux fixes. Leurs
Je la prends dans mes bras. Elle résiste un instant, un instant seulement, son corps tendu, ses poings fermés. Puis elle s'abandonne. Elle s'effondre contre moi. Son corps est frêle, trop léger, comme si elle n'était plus qu'une coquille, comme si les vies l'avaient vidée, elle aussi.— Demain, dis-je. Demain, on cherchera le dernier fragment. On cherchera partout. Dans les vies, dans les ruines, dans la mémoire du monde. On le trouvera.— Et si on ne le trouve pas ? Et s'il n'existe plus ?— On le trouvera. Je te le promets. Je te le jure.Elle ne répond pas. Mais son souffle s'apaise. Ses mains cessent de trembler. Ses épaules se détendent. Elle s'endort contre moi, comme un enfant, comme une sœur, comme celle que je n'ai jamais eue.Et pour la première fois, je sens ses vies se taire. Toutes. Pas une seule ne murmure. Pas une seule n
Je crie. La douleur est blanche, aveuglante, totale. Elle n'est pas dans ma bouche. Elle est partout. Dans ma tête, dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes os. Mes mains montent à ma bouche, touchent ma langue, sentent la brûlure qui s'inscrit, qui se grave, qui reste. Une marque. Comme la sienne. Comme celle qu'Aurora porte. Une marque qui ne partira jamais.Les vies se taisent. La vision disparaît. La salle, les piliers, la pierre, tout s'efface. Je suis de nouveau dans ma tente, seule, tremblante, ma bouche en feu, mes mains qui tremblent, mes jambes qui ne me portent plus.— Vor, je murmure encore. Vor.Le mot est plus doux maintenant. La brûlure s'apaise, se transforme en chaleur, en lumière, en quelque chose que je ne connais pas. Mais la marque reste. Je la sens sous mes doigts, gravée dans ma chair, dans ma langue, dans mon âme. Le premier fragment. Le début du nom qui peut
Il hoche la tête. Il ne demande pas ce que j'ai fait, ce que j'ai dit, ce que j'ai promis. Il sait. Il sait que je ne peux pas laisser Kael souffrir seul. Il sait que je ne peux pas le laisser se briser. Il sait que j'ai besoin de le sauver, même si je ne peux pas l'aimer.Il tend la main. Je la prends. Ses doigts s'entrelacent aux miens. Sa peau est chaude, vivante, réelle.— On va gagner, dit-il. Sa voix est calme, comme s'il énonçait une vérité.— On va gagner.Je m'allonge contre lui. Ses bras m'entourent, me serrent, me protègent. Dans le silence de la tente, on écoute le camp s'éveiller. Les voix des enfants. Les craquements des feux qu'on ranime. La vie qui continue.Et dans ma poitrine, quelque chose que je n'arrive pas à nommer. Quelque chose qui ressemble à de la tristesse. Quelque chose qui ressemble à de la culpabilit&eacut
AURORALa salle des cartes s’est remplie d’une présence dense, animale. L’odeur de la pierre froide se mêle maintenant à celle du cuir huilé, de la sueur masculine, de l’herbe amère mâchée pour rester éveillé. Et par-dessus tout, l’odeur de la peur. Une peur tenace, musquée, qu’ils portent comme un
Son intensité est palpable. C’est la première fois qu’il me montre à quel point il compte sur cela. Sur moi. Ce n’est pas une attente placide. C’est une soif.— Les souvenirs sont chaotiques. Fragments. Sensations. Ce n’est pas un manuel clair.— Alors trouve un moyen de les clarifier. Concentre-to
AURORAIl ne me ramène pas vers les quartiers silencieux. Il me conduit plus profond dans la forge, vers un renfoncement plus calme, où des étagères de pierre supportent des armes finies : épées au tranchant mat, haches au bec cruel, armures de plaques aux articulations souples. C’est un arsenal qu
La dent s’échauffe. La douleur devient aiguë, brillante. Les souvenirs ne viennent pas sous forme d’images, mais d’odeurs, de sons, de goûts.L’odeur de la sève de pin brûlée. Ils détestent la chaleur vive, les incendies maîtrisés.Le son d’un certain type de cloche, un carillon aigu et pur. Le mét







