ログインJe rentre dans la tente sans me retourner. Je sens son regard sur ma nuque, sur mon dos, sur mes jambes. Je sens son regard qui me suit, qui me cherche, qui me veut. Je ferme la toile derrière moi.
Aurora dort. Ses mains sont ouvertes sur la couverture, ses doigts écartés, comme si elle cherchait quelque chose, comme si elle attendait quelqu'un. Ses cheveux sont défaits, brillent dans la pénombre. Son souffle est régulier, apais&e
Il pose sa main sur mon visage, ses doigts sur ma joue, sa paume contre ma peau. Il force-moi à le regarder. Ses yeux sont si proches, si clairs, si vrais.— Je n'appartiens qu'à toi, dit-il. Sa voix est basse, grave, intense. Je n'aime qu'une personne. C'est toi. Toujours toi. Rien que toi. Depuis le premier jour. Jusqu'au dernier. Pour toujours.— Alors pourquoi tu la laisses faire ? Pourquoi tu la laisses te toucher, te regarder, te voler ?— Parce qu'elle est seule. Parce qu'elle a tout perdu. Parce qu'elle a besoin qu'on s'occupe d'elle. Parce qu'elle a besoin de sentir qu'elle existe. Parce que je ne peux pas être impoli avec quelqu'un qui vient de perdre tout ce qu'elle avait, tout ce qu'elle aimait, tout ce qu'elle était.— Elle n'a rien perdu. Elle te veut. Elle te veut depuis qu'elle est arrivée. Elle te veut comme je t'ai voulu. Comme je te veux. Comme je te voudrai toujour
Je rentre dans la tente sans me retourner. Je sens son regard sur ma nuque, sur mon dos, sur mes jambes. Je sens son regard qui me suit, qui me cherche, qui me veut. Je ferme la toile derrière moi.Aurora dort. Ses mains sont ouvertes sur la couverture, ses doigts écartés, comme si elle cherchait quelque chose, comme si elle attendait quelqu'un. Ses cheveux sont défaits, brillent dans la pénombre. Son souffle est régulier, apaisé.Je m'allonge près d'elle. Mes bras autour de sa taille. Ma bouche contre sa nuque. Mes doigts qui s'entrelacent aux siens. Elle murmure quelque chose dans son sommeil, un mot que je n'entends pas, un nom que je ne reconnais pas. Elle s'approche de moi, cherche ma chaleur, cherche ma peau, cherche mon cœur.— Je suis là, je murmure. Je suis là. Je ne bouge pas. Je ne pars pas. Je reste.Elle se calme. Son souffle s'apaise. Ses doigts s
Elle veut répondre. Je vois ses lèvres remuer, chercher les mots, chercher la force. Mais ses yeux se ferment. Ses paupières sont trop lourdes. Son souffle s'apaise, s'allonge, devient régulier. Elle dort avant même que j'aie fini de la déshabiller, avant même que j'aie tiré les peaux sur elle.Je reste près d'elle un long moment. Ses mains sont froides. Ses pieds sont glacés. Sa bouche est entrouverte, ses lèvres gercées, ses joues marquées par les larmes qu'elle n'a pas versées. Elle a l'air si petite, si fragile, si jeune. Comme si tout ce qu'elle portait allait la briser. Comme si tout ce qu'elle était allait s'effondrer.— Je veillerai sur toi, murmure-je contre son front. Toujours. Quoi qu'il arrive. Où que tu ailles. Toujours.Je sors de la tente. La nuit est froide, étoilée, trop claire. Les feux brûlent ba
Je regarde Sera. Elle ne me regarde pas. Elle regarde Alessandro, qui s'est approché des survivants, qui examine leurs marques, qui parle à voix basse à Kael. Elle suit ses mouvements, ses mains, son visage, ses épaules. Elle le boit des yeux. Elle le dévore du regard.— Alessandro, j'appelle. Ma voix porte, claire, nette.Il se retourne. Sera baisse les yeux, trop vite, trop tard.— Oui ?— Rien. On s'occupe des blessés.Il hoche la tête, se détourne. Sera relève les yeux. Elle le regarde s'éloigner, rejoindre les marqués, poser ses mains sur leurs épaules, leur parler doucement. Elle ne regarde que lui. Elle ne voit que lui.— Kael, dis-je. Surveille-la.— Pourquoi ?— Parce qu'elle regarde Alessandro comme s'il était un morceau de viande. Parce qu'elle le regarde comme si elle voulait le
Kael est parmi eux. Il est assis, les bras autour de ses genoux, le visage gris de fatigue, les yeux rouges, les lèvres gercées. Sa tunique est déchirée, ses bras sont couverts de coupures, de bleus, de marques. Quand il nous voit, ses yeux s'éclairent un instant, une seconde, une étincelle. Puis ils retombent. Comme si la lumière était trop lourde à porter.— Ils sont venus cette nuit, dit-il. Sa voix est plate, sans vie. Juste après ton départ. L'ombre. Elle est sortie du sol, des arbres, des flammes. Partout à la fois. Elle avait des centaines de bras. Des milliers. Elle a pris ceux qui ne pouvaient pas courir. Les enfants. Les vieux. Les blessés. Ceux qui dormaient. Ceux qui espéraient.— Combien ?— Dix-sept morts. Et eux...Il désigne les survivants assis autour de lui. Leurs visages vides. Leurs yeux fixes. Leurs
Je la prends dans mes bras. Elle résiste un instant, un instant seulement, son corps tendu, ses poings fermés. Puis elle s'abandonne. Elle s'effondre contre moi. Son corps est frêle, trop léger, comme si elle n'était plus qu'une coquille, comme si les vies l'avaient vidée, elle aussi.— Demain, dis-je. Demain, on cherchera le dernier fragment. On cherchera partout. Dans les vies, dans les ruines, dans la mémoire du monde. On le trouvera.— Et si on ne le trouve pas ? Et s'il n'existe plus ?— On le trouvera. Je te le promets. Je te le jure.Elle ne répond pas. Mais son souffle s'apaise. Ses mains cessent de trembler. Ses épaules se détendent. Elle s'endort contre moi, comme un enfant, comme une sœur, comme celle que je n'ai jamais eue.Et pour la première fois, je sens ses vies se taire. Toutes. Pas une seule ne murmure. Pas une seule n
AURORALa lune pleure des larmes d’argent à travers les vitraux brisés de la vieille chapelle, striant le sol de pierre de motifs tremblants. L’air sent la cendre et la terre humide, cette odeur lourde qui précède toujours l’orage. Mais la tempête, elle, se tient devant moi. Alessandro. Son nom seu
AURORALa nuit n’a apporté aucun repos. Seulement la répétition incessante du moment où la lame a rencontré la chair, le son étouffé, le regard vitreux de la bête. Je me réveille avec l’aube, les draps enroulés autour de mes jambes comme des serpents, l’odeur du sang encore collée à l’arrière de ma
AURORALe sang du cerf est une odeur riche et métallique qui imprègne l’air du grand hall. Il colle à l’arrière de ma gorge, un parfum de mort et de vie mêlées. Les Lycans mangent, rient, se chamaillent. La viande est déchirée à mains nues, les os craquent sous la pression de mâchoires puissantes.
AURORALa nuit a passé dans un tourbillon de fourrure, de chaleur et de souffles mêlés. Je ne me suis pas endormie, pas vraiment. J'ai sombré dans un état de conscience altérée, suspendue entre l'éveil et le cauchemar, chaque sens en alerte, traquant la présence de la créature à mes côtés.Alessand