LOGINAURORA
La forge est un enfer.
La chaleur est suffocante, les flammes dansent dans les braises, le métal chauffe, rouge, orange, blanc. Les marteaux frappent, les enclumes sonnent, les étincelles volent. Torvin commande, les forgerons obéissent, et l'acier étoilé se plie sous leurs coups.
— Plus fort, crie Torvin. Plus vite. On n'a pas de temps à perdre.
Je regarde mes mains. Elles sont couv
Pas de hâte. Pas d'urgence. Pas de violence. Juste de la douceur. De la patience. De l'éternité.Chaque mouvement est une caresse. Chaque pulsion est un murmure. Chaque seconde est une vie entière.— Tu sens ça ? demande-t-il.— Quoi ?— Les vies. Elles chantent.— Je les entends.— Elles nous bénissent.— Je les sens.Autour de nous, l'air vibre. Une lumière douce, presque invisible, enveloppe nos corps. Les vies de Lyra, toutes ces âmes qu'elle a portées, toutes ces mémoires qu'elle a gardées, s'élèvent autour de nous comme des lucioles, comme des étoiles, comme des baisers.— Qu'est-ce que c'est ? murmure-je.— Je ne sais pas. Mais c'est beau.— C'est nous. C'est notre amour. C'est tout ce qu'on a traversé.— Et tout ce qu'
KAELLa nuit est tombée.Le camp est calme. Les feux sont bas. Les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis que je l'ai vue dans ses bras.— Tu veux boire ? demande Elric.Il est assis à côté de moi, une bouteille d'alcool à la main, son visage éclairé par les braises. Il est vieux, Elric. Plus vieux que tout le monde. Il a vu des guerres, des morts, des trahisons. Il a vu des amours naître et mourir. Il sait des choses que les autres ignorent.— Oui, dis-je.Il me tend la bouteille. Je bois. L'alcool est chaud, amer, brûlant. Il descend dans ma gorge comme du feu, réchauffe mon ventre, engourdit ma douleur.— Ça va mieux ? demande Elric.— Non.— Ça viendra.— Tu crois ?— Je sais.Je bois encore. L'alcool me monte à
AURORALe camp est silencieux quand j'émerge de ma tente.Pas vraiment silencieux. Les forgerons frappent leurs enclumes. Les guerriers s'entraînent. Les enfants courent. Mais tout semble étouffé, lointain, comme si le monde retenait son souffle.Sera est là.Assise devant sa tente, les jambes croisées, ses mains posées sur ses genoux. Elle aiguise son épée, lentement, méthodiquement. La pierre glisse sur le métal dans un bruit régulier, hypnotique, menaçant.— Sera.Elle lève la tête. Ses yeux sont calmes, ses lèvres sont pincées, son visage est impassible.— Aurora, dit-elle. Sa voix est neutre, presque amicale.— On doit parler.— Nous parlons.— Pas comme ça.— Alors comment ?— Debout. Face à face.
AURORAL'aube est grise, douce, silencieuse.La lampe s'est éteinte il y a des heures. La lumière du jour filtre à travers la toile, dessine des ombres pâles sur nos corps nus. Nous sommes enlacés, ses bras autour de moi, ma tête sur sa poitrine. Sa main caresse mon dos, lentement, machinalement, comme si il ne pouvait pas s'arrêter.Son cœur bat sous mon oreille. Lent. Régulier. Apaisant.— Tu dors ? je murmure.— Non.— Moi non plus.— On devrait.— On ne peut pas.— Non.Il y a un long silence. Le camp s'éveille autour de nous. Des voix, des pas, des bruits de vaisselle. La vie continue. La vie continue toujours, même quand on voudrait qu'elle s'arrête.— Il faut qu'on parle, dis-je.— Je sais.— Vraiment. Pas comme avant. Pas en se
ALESSANDROLa nuit est tombée.Le camp s'est refermé sur lui-même, comme une blessure qui cicatrise mal. Les tentes sont closes, les feux sont éteints, les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis des jours.Je suis devant sa tente.La toile est fermée. La lampe brûle à l'intérieur, sa lumière filtre à travers les coutures, dessine des ombres mouvantes sur le sol. Je l'imagine, de l'autre côté. Assise sur la couverture, les jambes croisées, les mains sur ses genoux. Les cheveux défaits. Les yeux rouges. Le cœur brisé.Je devrais frapper. Je devrais demander la permission. Je devrais me faire annoncer, inviter, accueillir.Je soulève la toile et j'entre.Elle lève la tête. Ses yeux s'écarquillent. Ses mains se crispent sur la couverture.&mda
ALESSANDROJe le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépendait. La sueur coule sur son visage, sur ses bras, sur sa poitrine nue. Il transpire, il souffre, il se pousse à la limite. Chaque mouvement est précis, violent, désespéré. Il ne m'a pas vu arriver. Il ne sait pas ce qui l'attend.— Kael.Il se retourne. Son visage est calme, ses yeux sont clairs. Il n'a pas peur. Il n'a pas honte. Il me regarde comme si de rien n'était. Comme s'il n'avait pas pris sa main. Comme s'il n'avait pas embrassé ses doigts. Comme si je n'avais pas vu.— Alessandro, dit-il.— Je t'ai vu.— Quoi ?— Je t'ai vu. Avec elle. À la lisière.
AURORABren parle, mais ses mots n'atteignent pas mon cerveau. Ils flottent quelque part à la périphérie, débris sonores dans un océan de silence intérieur. Parce que tout ce qui existe, maintenant, c'est cette conscience qui se déplie dans ma direction comme une main noire s'ouvrant pour saisir.—
AURORALe sous-entendu est clair. Je suis un élément nouveau dans l’équation. Une variable inconnue. Le piège, ce n’est pas seulement la vallée. C’est moi. Ma présence sur la crête, cette énergie nouvelle qu’ils pourraient détecter, pourrait les attirer plus efficacement, ou différemment.La respon
AURORAJe les énumère, une à une, de ma voix plate et précise.— Ils fuient la chaleur vive et concentrée. Les brasiers de pin résineux les repoussent mieux que des murs. Ils détestent le son du métal sacré, l’argent lunaire forgé en cloches ou en lames fines. Cela perturbe ce qui les tient ensembl
AURORAJe pose les deux mains à plat sur la table, pour m’équilibrer, mais le geste paraît délibéré.— Alors tu as raison, Kael. Les feux et le sel ne suffiront pas. Ils ne gagneront pas la guerre. Mais ils nous donneront du temps. Et le temps, nous devons l’utiliser pour trouver la réponse à ta qu







