Mag-log inALESSANDRO
La nuit est tombée.
Le camp s'est refermé sur lui-même, comme une blessure qui cicatrise mal. Les tentes sont closes, les feux sont éteints, les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis des jours.
Je suis devant sa tente.
La toile est fermée. La lampe brûle à l'intérieur, sa lumière filtre à travers les coutures, dessine des ombres m
ALESSANDROLa nuit est tombée.Le camp s'est refermé sur lui-même, comme une blessure qui cicatrise mal. Les tentes sont closes, les feux sont éteints, les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis des jours.Je suis devant sa tente.La toile est fermée. La lampe brûle à l'intérieur, sa lumière filtre à travers les coutures, dessine des ombres mouvantes sur le sol. Je l'imagine, de l'autre côté. Assise sur la couverture, les jambes croisées, les mains sur ses genoux. Les cheveux défaits. Les yeux rouges. Le cœur brisé.Je devrais frapper. Je devrais demander la permission. Je devrais me faire annoncer, inviter, accueillir.Je soulève la toile et j'entre.Elle lève la tête. Ses yeux s'écarquillent. Ses mains se crispent sur la couverture.&mda
ALESSANDROJe le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépendait. La sueur coule sur son visage, sur ses bras, sur sa poitrine nue. Il transpire, il souffre, il se pousse à la limite. Chaque mouvement est précis, violent, désespéré. Il ne m'a pas vu arriver. Il ne sait pas ce qui l'attend.— Kael.Il se retourne. Son visage est calme, ses yeux sont clairs. Il n'a pas peur. Il n'a pas honte. Il me regarde comme si de rien n'était. Comme s'il n'avait pas pris sa main. Comme s'il n'avait pas embrassé ses doigts. Comme si je n'avais pas vu.— Alessandro, dit-il.— Je t'ai vu.— Quoi ?— Je t'ai vu. Avec elle. À la lisière.
Je tourne les talons. Je traverse le camp. Mes poings sont serrés, mes ongles s'enfoncent dans mes paumes, tirent le sang. Mes dents grincent, ma mâchoire est crispée, mes yeux brûlent de larmes que je ne laisserai pas couler.Sera me regarde passer. Elle est assise devant sa tente, à aiguiser son épée. Ses yeux me suivent, brillants, curieux, satisfaits. Ses lèvres s'écartent en un sourire. Un sourire que je voudrais effacer de son visage à coups de poing.Je ne m'arrête pas.Je ne peux pas m'arrêter.Je vais exploser.---CHAPITRE 80 : LA TEMPÊTE DE SENTIMENTSALESSANDRO---Je le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépen
Aurora pose sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent la fumée et la nuit. Elle est si légère, si fragile, si humaine. Pendant un instant, je ne vois pas la guerrière, la meneuse, celle qui porte le poids du monde. Je vois une jeune fille. Une enfant perdue. Quelqu'un qui a besoin qu'on la prenne dans ses bras.— Pourquoi les humains se font-ils tant de mal quand ils s'aiment ? je demande.— Parce qu'on a peur. Parce qu'on est fragiles. Parce qu'on sait que tout peut s'arrêter à tout moment. Parce qu'on a vu des gens qu'on aimait mourir, partir, disparaître.— Et comment on fait pour ne plus avoir peur ?— On ne fait pas. On vit avec. On avance quand même. On aime quand même. On se blesse quand même.— C'est triste.— C'est la vie.On reste là, toutes les deux, à regarder le camp, à att
SERA---Je l'ai vu partir.Il est sorti du camp, seul, son épée à la main, sa rage dans le cœur. Il va dans la forêt, je le sais. Il va frapper des arbres jusqu'à ce que ses poings saignent. Il va crier, pleurer, se vider de tout ce qu'il retient depuis des jours. Il va souffrir.Je devrais le suivre.Je devrais m'asseoir à côté de lui, poser ma main sur son épaule, lui dire que tout va bien, que je suis là, que je ne le jugerai pas. Je devrais profiter de sa faiblesse, de sa solitude, de son besoin d'être aimé.Mais non. Pas encore. Il faut le laisser souffrir. Il faut le laisser comprendre par lui-même. Il faut qu'il vienne à moi, qu'il me choisisse, qu'il me veuille.— Tu es cruelle, dit Lyra.Elle est derrière moi. Je ne l'ai pas entendue arriver. Elle est toujours silencieuse, toujours impré
AURORA---L'aube est grise, froide, humide. Le soleil ne s'est pas levé, ou peut-être qu'il s'est levé et que les nuages l'ont avalé. Le ciel est bas, lourd, chargé de neige ou de larmes. Je ne sais plus.Il n'est pas rentré. La couverture est vide à côté de moi. Les peaux sont froides, raides, comme si personne ne les avait touchées depuis des heures. Il n'est pas venu. Il n'est pas revenu. Il a choisi de rester dehors, dans le froid, plutôt qu'à côté de moi.Je sors de la tente. L'air me frappe le visage, me brûle les poumons. Mes yeux cherchent partout. Pas devant la forge. Pas au cercle d'entraînement. Pas près du feu. Le camp s'éveille lentement, des silhouettes sortent des tentes, des feux se rallument, des voix murmurent. Personne ne me regarde. Ou peut-être que si, et que je ne le vois pas.— Tu cherches Alessandro ? demande Lyra.Elle est assise sur une souche, ses jambes croisées, ses yeux fermés. Ses mains sont posées sur ses genoux, paumes vers le ciel. Elle ressemble à u
AURORAL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre.Une lueur grise, humide, suinte à travers la fenêtre étroite, avalant les étoiles une à une. Elle ne porte pas de chaleur. Elle éclaire à peine les contours austères de la pièce, donnant à la pierre la texture de la peau d’un cadavre.Le bruit des mart
AURORALe sommeil ne vient pas. Il se contente de rôder à la lisière de ma conscience, un prédateur hésitant face à la lumière crue des pensées qui tournent dans ma tête.La fourrure sous moi est douce, épaisse, mais elle sent le fauve, le musc et la fumée. Une odeur étrangère qui, pourtant, commen
LE GUETTEUR— De la part des Sentinelles du Déclin.Sa voix est neutre, sans inflexion. Elle porte pourtant jusqu’aux recoins les plus éloignés.— Le dégel a commencé plus tôt que prévu dans les Basses Terres Noires. Les glaces sur la Rivière Serpent cèdent. Et elles charrient des débris.Il fait u
KAEL— Un toast ! À notre roi ! Puisse sa nouvelle… alliance… lui apporter la sagesse dont nous aurons besoin pour l’hiver qui vient.Les mots sont droits. Le ton, apparemment respectueux. Mais l’espace d’un instant, entre « nouvelle » et « alliance », il y a eu un silence calculé. Une insinuation.







