Se connecterLa forêt défile autour de nous. Les arbres se resserrent, les branches s'entrecroisent, le ciel disparaît. La lumière baisse. Le froid augmente. L'air devient lourd, épais, difficile à respirer. On dirait que la forêt elle-même retient son souffle, qu'elle attend quelque chose, qu'elle sait quelque chose que nous ignorons.— On approche, dit Kael derrière moi.Sa voix est grave, tendue. Je l'entends à peine. La brume étouffe les sons, les avale, les digère.— La vallée ?— Oui. Encore une heure. Peut-être deux.— Qu'est-ce qui t'attend là-bas ? demande Alessandro.— Rien de bon.On continue d'avancer. Le silence s'épaissit. Les oiseaux ont cessé de chanter. Les insectes ont cessé de bourdonner. Même le vent semble retenir son souffle. La forêt est morte. Ou end
AURORA---Le matin est gris, froid, humide.La neige n'est pas encore tombée, mais elle menace. Elle est là, quelque part au-dessus de nos têtes, dans ces nuages bas et chargés qui semblent vouloir s'écraser sur nous. Le ciel est une plaie, une ecchymose, quelque chose de malade et de gonflé qui va éclater. Les arbres sont nus, leurs branches tendues vers le ciel comme des doigts suppliants, comme des mains qui mendient, comme des os qui émergent d'une tombe. La terre est dure, gelée, craque sous nos pas comme du verre brisé, comme des os qu'on écrase, comme des promesses qu'on rompt.L'armée se met en marche.Nous sommes cinquante. Cinquante guerriers, cinquante vies, cinquante promesses de vengeance ou de mort. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux. Des marqués, des guéris, des survivants. Des visages que je connais, des visages
Pas de hâte. Pas d'urgence. Pas de violence. Juste de la douceur. De la patience. De l'éternité.Chaque mouvement est une caresse. Chaque pulsion est un murmure. Chaque seconde est une vie entière.— Tu sens ça ? demande-t-il.— Quoi ?— Les vies. Elles chantent.— Je les entends.— Elles nous bénissent.— Je les sens.Autour de nous, l'air vibre. Une lumière douce, presque invisible, enveloppe nos corps. Les vies de Lyra, toutes ces âmes qu'elle a portées, toutes ces mémoires qu'elle a gardées, s'élèvent autour de nous comme des lucioles, comme des étoiles, comme des baisers.— Qu'est-ce que c'est ? murmure-je.— Je ne sais pas. Mais c'est beau.— C'est nous. C'est notre amour. C'est tout ce qu'on a traversé.— Et tout ce qu'
KAELLa nuit est tombée.Le camp est calme. Les feux sont bas. Les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis que je l'ai vue dans ses bras.— Tu veux boire ? demande Elric.Il est assis à côté de moi, une bouteille d'alcool à la main, son visage éclairé par les braises. Il est vieux, Elric. Plus vieux que tout le monde. Il a vu des guerres, des morts, des trahisons. Il a vu des amours naître et mourir. Il sait des choses que les autres ignorent.— Oui, dis-je.Il me tend la bouteille. Je bois. L'alcool est chaud, amer, brûlant. Il descend dans ma gorge comme du feu, réchauffe mon ventre, engourdit ma douleur.— Ça va mieux ? demande Elric.— Non.— Ça viendra.— Tu crois ?— Je sais.Je bois encore. L'alcool me monte à
AURORALe camp est silencieux quand j'émerge de ma tente.Pas vraiment silencieux. Les forgerons frappent leurs enclumes. Les guerriers s'entraînent. Les enfants courent. Mais tout semble étouffé, lointain, comme si le monde retenait son souffle.Sera est là.Assise devant sa tente, les jambes croisées, ses mains posées sur ses genoux. Elle aiguise son épée, lentement, méthodiquement. La pierre glisse sur le métal dans un bruit régulier, hypnotique, menaçant.— Sera.Elle lève la tête. Ses yeux sont calmes, ses lèvres sont pincées, son visage est impassible.— Aurora, dit-elle. Sa voix est neutre, presque amicale.— On doit parler.— Nous parlons.— Pas comme ça.— Alors comment ?— Debout. Face à face.
AURORAL'aube est grise, douce, silencieuse.La lampe s'est éteinte il y a des heures. La lumière du jour filtre à travers la toile, dessine des ombres pâles sur nos corps nus. Nous sommes enlacés, ses bras autour de moi, ma tête sur sa poitrine. Sa main caresse mon dos, lentement, machinalement, comme si il ne pouvait pas s'arrêter.Son cœur bat sous mon oreille. Lent. Régulier. Apaisant.— Tu dors ? je murmure.— Non.— Moi non plus.— On devrait.— On ne peut pas.— Non.Il y a un long silence. Le camp s'éveille autour de nous. Des voix, des pas, des bruits de vaisselle. La vie continue. La vie continue toujours, même quand on voudrait qu'elle s'arrête.— Il faut qu'on parle, dis-je.— Je sais.— Vraiment. Pas comme avant. Pas en se
AURORALe sang du cerf est une odeur riche et métallique qui imprègne l’air du grand hall. Il colle à l’arrière de ma gorge, un parfum de mort et de vie mêlées. Les Lycans mangent, rient, se chamaillent. La viande est déchirée à mains nues, les os craquent sous la pression de mâchoires puissantes.
AURORALa nuit n’a apporté aucun repos. Seulement la répétition incessante du moment où la lame a rencontré la chair, le son étouffé, le regard vitreux de la bête. Je me réveille avec l’aube, les draps enroulés autour de mes jambes comme des serpents, l’odeur du sang encore collée à l’arrière de ma
AURORALe sang du sanglier n’est pas encore sec sur ma peau qu’ils me conduisent ailleurs. Plus profond. L’air que je respire est celui qu’Alessandro respire. Humide, antique, chargé du poids de la pierre et du pouvoir.Je m’attends à une cellule. À des chaînes. À la froideur du châtiment.Au lieu
AURORALa nuit a été un champ de bataille. Les ombres du jardin ont dansé derrière mes paupières closes, se transformant en crocs et en griffes. Les mots d'Alessandro, un écho empoisonné. Tu découvriras si l'ombre en toi est assez forte. Je me réveille avant l'aube, les draps trempés d'une sueur fr







