LOGINKAELLa nuit est tombée.Le camp est calme. Les feux sont bas. Les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis que je l'ai vue dans ses bras.— Tu veux boire ? demande Elric.Il est assis à côté de moi, une bouteille d'alcool à la main, son visage éclairé par les braises. Il est vieux, Elric. Plus vieux que tout le monde. Il a vu des guerres, des morts, des trahisons. Il a vu des amours naître et mourir. Il sait des choses que les autres ignorent.— Oui, dis-je.Il me tend la bouteille. Je bois. L'alcool est chaud, amer, brûlant. Il descend dans ma gorge comme du feu, réchauffe mon ventre, engourdit ma douleur.— Ça va mieux ? demande Elric.— Non.— Ça viendra.— Tu crois ?— Je sais.Je bois encore. L'alcool me monte à
AURORALe camp est silencieux quand j'émerge de ma tente.Pas vraiment silencieux. Les forgerons frappent leurs enclumes. Les guerriers s'entraînent. Les enfants courent. Mais tout semble étouffé, lointain, comme si le monde retenait son souffle.Sera est là.Assise devant sa tente, les jambes croisées, ses mains posées sur ses genoux. Elle aiguise son épée, lentement, méthodiquement. La pierre glisse sur le métal dans un bruit régulier, hypnotique, menaçant.— Sera.Elle lève la tête. Ses yeux sont calmes, ses lèvres sont pincées, son visage est impassible.— Aurora, dit-elle. Sa voix est neutre, presque amicale.— On doit parler.— Nous parlons.— Pas comme ça.— Alors comment ?— Debout. Face à face.
AURORAL'aube est grise, douce, silencieuse.La lampe s'est éteinte il y a des heures. La lumière du jour filtre à travers la toile, dessine des ombres pâles sur nos corps nus. Nous sommes enlacés, ses bras autour de moi, ma tête sur sa poitrine. Sa main caresse mon dos, lentement, machinalement, comme si il ne pouvait pas s'arrêter.Son cœur bat sous mon oreille. Lent. Régulier. Apaisant.— Tu dors ? je murmure.— Non.— Moi non plus.— On devrait.— On ne peut pas.— Non.Il y a un long silence. Le camp s'éveille autour de nous. Des voix, des pas, des bruits de vaisselle. La vie continue. La vie continue toujours, même quand on voudrait qu'elle s'arrête.— Il faut qu'on parle, dis-je.— Je sais.— Vraiment. Pas comme avant. Pas en se
ALESSANDROLa nuit est tombée.Le camp s'est refermé sur lui-même, comme une blessure qui cicatrise mal. Les tentes sont closes, les feux sont éteints, les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis des jours.Je suis devant sa tente.La toile est fermée. La lampe brûle à l'intérieur, sa lumière filtre à travers les coutures, dessine des ombres mouvantes sur le sol. Je l'imagine, de l'autre côté. Assise sur la couverture, les jambes croisées, les mains sur ses genoux. Les cheveux défaits. Les yeux rouges. Le cœur brisé.Je devrais frapper. Je devrais demander la permission. Je devrais me faire annoncer, inviter, accueillir.Je soulève la toile et j'entre.Elle lève la tête. Ses yeux s'écarquillent. Ses mains se crispent sur la couverture.&mda
ALESSANDROJe le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépendait. La sueur coule sur son visage, sur ses bras, sur sa poitrine nue. Il transpire, il souffre, il se pousse à la limite. Chaque mouvement est précis, violent, désespéré. Il ne m'a pas vu arriver. Il ne sait pas ce qui l'attend.— Kael.Il se retourne. Son visage est calme, ses yeux sont clairs. Il n'a pas peur. Il n'a pas honte. Il me regarde comme si de rien n'était. Comme s'il n'avait pas pris sa main. Comme s'il n'avait pas embrassé ses doigts. Comme si je n'avais pas vu.— Alessandro, dit-il.— Je t'ai vu.— Quoi ?— Je t'ai vu. Avec elle. À la lisière.
Je tourne les talons. Je traverse le camp. Mes poings sont serrés, mes ongles s'enfoncent dans mes paumes, tirent le sang. Mes dents grincent, ma mâchoire est crispée, mes yeux brûlent de larmes que je ne laisserai pas couler.Sera me regarde passer. Elle est assise devant sa tente, à aiguiser son épée. Ses yeux me suivent, brillants, curieux, satisfaits. Ses lèvres s'écartent en un sourire. Un sourire que je voudrais effacer de son visage à coups de poing.Je ne m'arrête pas.Je ne peux pas m'arrêter.Je vais exploser.---CHAPITRE 80 : LA TEMPÊTE DE SENTIMENTSALESSANDRO---Je le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépen
AURORAL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre.Une lueur grise, humide, suinte à travers la fenêtre étroite, avalant les étoiles une à une. Elle ne porte pas de chaleur. Elle éclaire à peine les contours austères de la pièce, donnant à la pierre la texture de la peau d’un cadavre.Le bruit des mart
AURORALe sommeil ne vient pas. Il se contente de rôder à la lisière de ma conscience, un prédateur hésitant face à la lumière crue des pensées qui tournent dans ma tête.La fourrure sous moi est douce, épaisse, mais elle sent le fauve, le musc et la fumée. Une odeur étrangère qui, pourtant, commen
LE GUETTEUR— De la part des Sentinelles du Déclin.Sa voix est neutre, sans inflexion. Elle porte pourtant jusqu’aux recoins les plus éloignés.— Le dégel a commencé plus tôt que prévu dans les Basses Terres Noires. Les glaces sur la Rivière Serpent cèdent. Et elles charrient des débris.Il fait u
KAEL— Un toast ! À notre roi ! Puisse sa nouvelle… alliance… lui apporter la sagesse dont nous aurons besoin pour l’hiver qui vient.Les mots sont droits. Le ton, apparemment respectueux. Mais l’espace d’un instant, entre « nouvelle » et « alliance », il y a eu un silence calculé. Une insinuation.







