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Chapitre 8

last update Data de publicação: 2026-07-04 16:30:19

Chapitre 8

Nathan

Je flotte dans un brouillard blanc, épais, cotonneux, quelque part entre le sommeil et le réveil, quelque part entre la douleur et l'oubli. Mon corps est lourd, si lourd, comme si on avait remplacé mes os par du plomb, comme si on avait versé du ciment dans mes veines, et chaque fois que j'essaie de bouger un doigt, une vague de fatigue m'écrase et me repousse au fond du brouillard. Mes paupières sont collées, je n'arrive pas à les ouvrir, elles pèsent des tonnes, et pourtant je sens, je perçois, je devine tout ce qui se passe autour de moi.

Des bips résonnent dans le silence, réguliers, monotones, un toutes les deux secondes, le rythme de mon cœur, la preuve que je suis encore vivant. J'écoute ce bruit, je me concentre sur lui, et il devient une berceuse électronique qui m'empêche de sombrer complètement.

L'odeur de l'antiseptique me pique le nez, elle est partout, dans l'air, dans les draps rêches, dans mes cheveux, dans ma peau. Une odeur de propre et de maladie, l'odeur de tous les hôpitaux du monde, celle qui me suit depuis que je suis tout petit.

J'essaie de bouger, doucement, juste un doigt. Quelque chose me retient, un tuyau dans mon bras, une perfusion qui goutte lentement au-dessus de ma tête, un cathéter enfoncé dans ma main. Je sens le sparadrap sur ma peau, le plastique froid du tube, le liquide qui s'écoule goutte à goutte dans mes veines.

Et puis je sens une présence près de moi, une chaleur, une respiration. Maman est là, je le sais, je le sens, même sans ouvrir les yeux. Je reconnais son odeur sous l'antiseptique, ce mélange de lessive et de ce parfum qu'elle met seulement les jours importants. Je reconnais le bruit de sa respiration, ce souffle lent et profond qu'elle a quand elle dort, quand elle est tellement épuisée qu'elle s'endort n'importe où.

Je force mes paupières à s'ouvrir, juste un peu, juste une fente. C'est difficile, tellement difficile, comme si elles étaient collées avec de la glu. La lumière est agressive, crue, blanche, elle me fait cligner des yeux, et je mets quelques secondes à m'habituer, à distinguer les formes autour de moi. Les murs blancs, le plafond blanc, les néons blancs, tout est blanc.

Et puis je la vois. Maman dort sur une chaise en plastique orange, cette chaise inconfortable qu'on trouve dans tous les hôpitaux du monde, dure et froide et sans accoudoirs. Elle est recroquevillée sur elle-même, la tête penchée sur le côté, ses cheveux noirs qui cachent son visage comme un rideau de soie. Ses mains sont posées sur ses genoux, paumes ouvertes, doigts détendus. Je vois les cernes sous ses yeux, même à travers ses cheveux, je vois la fatigue qui a creusé ses traits, qui a alourdi ses paupières. Une ride s'est creusée entre ses sourcils, une ride d'inquiétude qui ne la quitte jamais, même dans son sommeil.

— Maman, je murmure dans un souffle.

Ma voix n'est qu'un filet, un murmure à peine audible, un mot qui franchit mes lèvres avec difficulté. Ma gorge est sèche, râpeuse, comme du papier de verre, ma langue est lourde, elle refuse d'obéir. Mais j'ai réussi à prononcer ce mot, le plus important de tous, le premier que j'ai appris.

Elle ne se réveille pas, elle est trop fatiguée. Mais sa main bouge dans son repos, ses doigts se resserrent sur le drap, comme si elle avait entendu, comme si ce mot avait traversé ses rêves et était venu la chercher.

Je referme les yeux, doucement, et je me laisse glisser à nouveau dans le sommeil. Mais cette fois, je n'ai plus peur, parce que je sais qu'elle est là, tout près, qu'elle veille sur moi même en dormant, qu'elle ne m'abandonnera jamais.

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