LOGINChapitre 75
Aelys
Il se réveille le lendemain matin.
La lumière grise de l’aube entre par la fenêtre de la chambre d’hôpital. Elle est pâle, presque blanche, sans chaleur, sans couleur. Elle traverse les stores vénitiens en lamelles d'aluminium blanc, dessine des raies parallèles sur le sol en linoléum gris, sur le lit blanc, sur son visage pâle. Les raies sont
Chapitre 76AelysAnéantie.Le mot est trop faible. Trop petit. Trop simple. Il ne contient pas l’ampleur de ce que je ressens. Il ne contient pas la profondeur, l’intensité, l’absoluité. Il n’existe pas de mot pour décrire ce que je ressens. Pas dans ma langue. Pas dans aucune langue. La douleur est trop grande, trop profonde, trop absolue. Elle remplit tout. Elle efface tout. Il n’y a plus que la douleur. Une douleur blanche, froide, qui brûle et qui glace à la fois. Une douleur qui n’a ni début ni fin, qui est partout, dans mes os, dans mes muscles, dans mes organes, dans ma peau.Je quitte l’hôpital.Mes jambes me portent sans que je les guide. Elles savent le chemin, elles l’ont parcouru cent fois dans l’autre sens. Le couloir blanc, interminable, les n&e
Chapitre 75AelysIl se réveille le lendemain matin.La lumière grise de l’aube entre par la fenêtre de la chambre d’hôpital. Elle est pâle, presque blanche, sans chaleur, sans couleur. Elle traverse les stores vénitiens en lamelles d'aluminium blanc, dessine des raies parallèles sur le sol en linoléum gris, sur le lit blanc, sur son visage pâle. Les raies sont fines, nettes, régulièrement espacées, elles coupent son corps en tranches, en segments, en morceaux, fragmentent son visage, ses mains, sa poitrine.La chambre sent l’antiseptique, âcre, piquant, qui prend à la gorge, qui fait pleurer les yeux. L’odeur de la javel, des sols lessivés, des surfaces désinfectées, des draps bouillis. L’odeur du propre, du vide, de l’absence. L’odeur de la mala
Chapitre 74AelysL'hôpital.L'odeur. L'odeur de l'antiseptique, âcre, piquante, qui prend à la gorge, qui fait pleurer les yeux. L'odeur de la javel, des sols lessivés, des surfaces désinfectées. L'odeur du sang séché, du vieux sang, du sang qui a coulé et qui a été nettoyé. L'odeur de la mort qui rôde, qui flotte dans les couloirs, qui entre par les fenêtres, qui se cache dans les coins.Les couloirs sont blancs. D'un blanc cru, éclatant, aveuglant. Les murs sont recouverts de carreaux blancs, luisants, glacés. Les néons au plafond clignotent, fatiguent les yeux, certains sont éteints, d'autres vacillent, d'autres encore projettent une lumière jaune, sale. Le sol est en linoléum gris, lisse, froid, résonnant sous les pas pressés des infirmiers, des m&
Chapitre 73RyuuJe ne sais pas comment j'ai su.Un appel. Miya. Sa voix paniquée, hachée, entrecoupée de sanglots, les mots se bousculent, se mêlent, certains sont inaudibles. Elle pleure. Elle crie presque. Elle dit des phrases que je n'entends pas, des mots qui se perdent dans le bruit de la communication, dans les interférences, dans l'écho.— On l'a enlevée. Aelys. Devant le bureau. Des hommes. Une camionnette blanche. Ils sont partis vers le nord, vers la route de montagne.Son souffle est court, haletant, comme si elle avait couru, comme si elle paniquait.— Kael a déjà prévenu la police, mais il faut faire quelque chose, il faut la retrouver, il faut…Je n'ai pas réfléchi.J'ai attrapé mes
Chapitre 72AelysLa sortie du bureau, ce soir-là, est comme les autres.La lumière du crépuscule embrase les vitres de la tour de Kurogane Industries. Des reflets orange et mauve dansent sur l'acier et le verre, se brisent contre les arêtes des fenêtres, se recomposent en gerbes lumineuses, en éclats mouvants. Les gratte-ciel de Yozora se découpent sur le ciel, leurs silhouettes sombres, leurs fenêtres qui s'allument une à une, petites étoiles artificielles dans la nuit qui tombe, certaines jaunes, certaines blanches, certaines bleutées. Les lanternes commencent à s'éclairer dans les rues en contrebas, rouges et or, premières flammes tremblantes dans la pénombre, suspendues au-dessus des trottoirs, accrochées aux façades, balancées par la brise légère.Le hall est
Chapitre 71AelysLes jours suivants sont un calme tendu.Je me réveille dans ma chambre. Les draps sont froids, rêche, froissés. La lumière du matin entre par la fenêtre, blanche, froide, cette lumière d’hiver qui éclaire les toits de Yozora sans les réchauffer. Les rayons sont obliques, rasants, ils glissent sur le parquet comme une nappe d’eau argentée.Les lanternes sont éteintes. Leurs fils noirs se balancent mollement dans l’air calme. Le ciel est gris, uniforme, sans nuance. Les montagnes à l’horizon sont cachées par les nuages, des masses sombres, floues, indistinctes.Je ne sais pas à quelle heure il est parti. Je ne sais pas s’il a dormi. Je ne l’ai pas vu depuis la nuit du carnet. Depuis ses bras autour de moi. Depuis son corps cont
Chapitre 59AelysRei m'invite à dîner.— Juste tous les deux, dit-il. Mon frère ne le saura pas. Une petite soirée tranquille, loin du stress, loin des gardes, loin des regards.I
Chapitre 57AelysLa voiture roule dans les rues désertes de Yozora.Les lanternes défilent derrière les vitres teintées, rouges et or, petites flammes tremblantes qui dansent dans la nuit. Le
Chapitre 56AelysLa sortie mondaine a lieu trois jours plus tard.Un dîner de charité. L'affiche est dorée, les lettres noires, élégantes. Le lieu : un grand hôtel du centre de Yozora, une b&ac
Chapitre 55AelysJe regarde la cicatrice.Elle est là, sous l'échancrure de sa chemise. Une ligne pâle, fine, qui part de son épaule droite, descend vers sa poitrine, disparaît sous le tissu blanc. La peau autour est mate, hâlée, légèrement hâlée par le soleil ou par la lumière des lampes, par les







