MasukLe silence devient plus profond. Plus lourd. On entendrait une épingle tomber sur la pierre. Puis les regards se tournent vers Mia. Vers sa main. Vers la bague. Je vois les réactions se peindre sur les visages. La surprise. L'incompréhension. La joie, chez certains. La colère, chez d'autres.
— Vous vous mariez ? dit Elena. Vous, Dorian ? Le seigneur qui a juré de ne jamais s'attacher ?
Sa voix n'est pas accusatrice. Juste in
MiaDeux nuits plus tard, on frappe à notre porte.Le bruit est sourd, insistant. Trois coups rapides. Puis un silence. Puis trois autres.Il est tard. Dorian est dans son bureau, comme souvent ces derniers jours, à étudier des cartes, à lire des rapports, à préparer ce qui vient. Je suis dans la chambre, allongée sur le lit, un livre à la main. Mais je ne lis pas. J'écoute. J'attends.— Mia ?— Kael ?Il entre. Il a l'air grave. Son visage est pâle, plus pâle que d'habitude. Il tient sa canne si fort que ses jointures sont blanches.— Il faut que tu voies ça, dit-il.— Quoi ?— Suis-moi.Il ne m'en dit pas plus. Je me lève. Je passe une robe de chambre. Mes pieds nus sur les dalles froides. Je le suis dans le couloir. Les bougies vacillent, projetant des ombres dansantes sur les mur
MiaLes jours suivants, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.Dans le manoir, les serviteurs me regardent différemment. Leurs yeux ne sont plus les mêmes. Il y a plus de respect, c'est vrai. Mais aussi plus de distance. Je ne suis plus seulement la protégée du seigneur, la petite humaine fragile qu'il faut protéger. Je suis sa future femme. La dame de ces lieux. Celle qui, un jour, portera peut-être son héritier.Certains s'approchent pour me féliciter. Leurs sourires sont sincères ou forcés, je ne sais pas toujours faire la différence. D'autres restent à distance, comme si j'étais devenue une étrangère. J'apprends à reconnaître les alliés des résignés. Les amis des courtisans.Gregor, lui, est aux anges. Il a sorti les bonnes bouteilles, les nappes en dentelle, la vaisselle
Le silence devient plus profond. Plus lourd. On entendrait une épingle tomber sur la pierre. Puis les regards se tournent vers Mia. Vers sa main. Vers la bague. Je vois les réactions se peindre sur les visages. La surprise. L'incompréhension. La joie, chez certains. La colère, chez d'autres.— Vous vous mariez ? dit Elena. Vous, Dorian ? Le seigneur qui a juré de ne jamais s'attacher ?Sa voix n'est pas accusatrice. Juste incrédule. Comme si elle voyait un miracle.— J'ai changé d'avis.— À cause d'elle ?— Grâce à elle.Kael sourit. Je le vois au bout de la table. Son sourire est fatigué mais sincère. Il n'y a pas d'ombre dans ses yeux. Pas de regret. Juste une joie calme, celle de quelqu'un qui a appris à lâcher prise.— Félicitations, dit-il simplement.— Merci, Kael.
Il lève les yeux vers moi. Ses yeux gris sont brillants. Non pas de larmes, il ne pleure jamais, mais de cette lumière intérieure que seuls les amoureux possèdent.— Je t'aime, dit-il.— Je sais.— Non. Tu ne sais pas. Pas vraiment. Je t'aime d'une façon qui fait mal. Qui brûle. Qui détruit tout sur son passage. Je t'aime comme on aime une fois dans sa vie. Si on a de la chance.— Alors on a de la chance.— On a de la chance.Il m'embrasse. Un baiser doux, salé par les larmes qu'il retient. Ses lèvres sont chaudes. Sa barbe rase chatouille ma peau. Je ferme les yeux. Le monde disparaît. Il n'y a plus que lui. Plus que nous.— Je veux l'annoncer à tout le monde, dit-il quand il s'écarte.— Tout le monde ?— Tous nos alliés. Tous nos proches. Tout le monde doit savoir que tu
MiaLe lendemain matin, je me réveille avec la bague à mon doigt.Je la regarde. Je la touche. Je la tourne sous la lumière. Elle brille. Comme ses yeux. Comme notre avenir. Le diamant capte les premiers rayons du soleil et les transforme en mille éclats, comme si la pierre elle-même était vivante, comme si elle savait qu'elle venait de sceller quelque chose d'éternel.Dorian dort encore. Ses bras sont autour de moi, ses jambes entremêlées aux miennes. Il a l'air si paisible quand il dort. Plus jeune. Plus léger. Comme si tous les siècles qu'il a vécus s'effaçaient pour laisser place à l'homme qu'il est vraiment. Ses cils noirs frémissent sur ses joues. Sa bouche, d'habitude si dure, est entrouverte dans un soupir.— Je t'aime, murmurai-je.Il ne répond pas. Mais ses bras se resserrent, comme si même dans son sommeil, il refusait de me laisser partir.Je reste un long moment à le regarder. À compter les battements de son cœur contre mon dos. À sentir la chaleur de sa peau contre la mi
Elle sort un parchemin de sa poche. Elle le déroule sur la table.— Je sais qui tu es, Mia. Pas la libraire. Pas la prisonnière. Pas la Briseuse. La vraie toi.— Je sais qui je suis.— Non. Tu ne sais pas.Elle tourne le parchemin vers moi. C'est un arbre généalogique. Des noms. Des dates. Des lignes qui s'entrecroisent.— Reconnais-tu ce nom ? demande-t-elle en pointant son doigt vers une ligne.Je regarde.Mon nom de famille. Mon vrai nom de famille. Celui que j'avais avant. Celui que j'ai oublié.— Ma famille, je murmure.— Ta famille, oui. Mais sais-tu ce qu'elle faisait ? Ta famille ?— Ils étaient... commerçants. Je crois.— Commerçants. C'est ce qu'on t'a dit. C'est ce qu'ils disaient. Mais la vérité...Elle se penche.— La vérité, c'est
Kael sourit. Un vrai sourire, fatigué mais sincère.— Je vais guérir. Et après, je te reprendrai à l'entraînement. Parce que t'as perdu la main, mon seigneur.Dorian rit. Un rire bref, mais libér&eacut
MiaKael dort.Il a dormi tout le jour, et maintenant la nuit tombe sur le manoir. Les serviteurs ont nettoyé les traces du combat. Les morts ont été enterrés. Mais l'odeur du sang flotte encore dans l'air, tenace, comme un fantôme qu'on n'arrive pas à chasser.Je suis assise près de son lit.Il a
MiaLa nuit est longue.Très longue.Nous avons installé Kael dans une chambre d'ami. Dorian a fait venir un médecin, un vieil homme qui soigne les créatures de la nuit sans poser de questions. Il a travaillé des heures sur la
MiaIls arrivent à la tombée de la nuit.Je suis dans la bibliothèque quand j'entends le premier cri. Un cri de douleur. De surprise. De mort.Je me lève. Mon livre tombe par terre. Je cours vers la fenêtre.La cour d'ent







