로그인Dorian
Je sens son hésitation dès que mes doigts effleurent les siens. Son regard fuit le mien, son souffle s’accélère à peine, presque imperceptiblement, mais je le capte. Chaque micro-réaction, chaque tressaillement me parle plus clairement que les mots qu’elle ne dit pas. Elle est sur le fil. À deux doigts de fuir. Ou de me suivre.
Je la guide lentement hors du restaurant. L’air est plus froid qu’il ne l’était tout à l’heure. Une brume légère commence à recouvrir les trottoirs et les lampadaires diffusent une lumière blafarde. Parfait décor pour une vérité impossible à prononcer sans briser quelque chose en elle.
Je ne veux pas lui faire peur. Je veux qu’elle voie au-delà de ce que je suis.
Je veux qu’elle ressente ce que je ressens.
Je veux qu’elle me voie.
— Viens avec moi, Mia. Je veux te montrer un endroit où tu seras en sécurité.
Elle s’arrête net. Son regard se plante dans le mien, une flamme mêlée de doute, de peur, de colère peut-être. Son bras se dégage légèrement. Pas brutalement. Mais assez pour signifier qu’elle garde le contrôle.
— Non, je ne peux pas. Pas encore.
Je serre sa main, doucement, comme pour lui rappeler que je ne suis pas un danger. Pas pour elle. Jamais pour elle.
— Je sais que c’est beaucoup à entendre, mais crois-moi... tu es mon âme sœur.
Elle fronce les sourcils, prise de court. Comme si le mot lui était étranger. Comme si je venais de lui parler une langue oubliée.
— Mon âme sœur ? Tu plaisantes ? Tu sais même pas qui je suis.
Mia
Je le fixe, choquée. La tension dans ma poitrine devient douleur. Ce qu’il dit me dépasse complètement. Comment peut-il... m’appeler comme ça ? "Âme sœur". Il y a quelque chose de solennel, presque sacré dans cette expression. Quelque chose d’irrationnel, d’effrayant.
Je recule d’un pas, l’instinct aux aguets. Mon cœur bat trop fort. Je cherche une échappatoire, un point d’ancrage, une logique.
Mais il n’y en a pas.
— Tu parles d’âme sœur comme si c’était un conte de fées. Je ne crois pas à ces choses-là.
Il sourit. Mais ce n’est pas le genre de sourire qui rassure. C’est un sourire triste. Un sourire qui a vu trop de nuits sans fin.
— Ce n’est pas un conte, Mia. Ce que je suis, ce que nous sommes... ce n’est pas humain. Pas tout à fait.
Je plisse les yeux, incapable de le suivre. Sa voix s’est adoucie, presque tremblante, comme s’il prononçait un serment interdit. Je recule encore, mon dos frôle le mur froid d’un bâtiment.
— Tu parles en énigmes. Je ne comprends rien.
Dorian
Elle ne comprend pas. Comment pourrait-elle ? Le monde qu’elle connaît est bâti sur le mensonge. Sur l’illusion que les monstres ne vivent que dans les films. Mais moi, je suis là, devant elle. Et tout en moi crie qu’elle m’appartient.
Je baisse la voix. Je veux qu’elle entende la vérité. Même si elle la refuse.
— Je suis un vampire. Et toi... tu es liée à moi par quelque chose de plus ancien, de plus puissant. Un lien que rien ni personne ne pourra briser.
Ses yeux s’écarquillent. Elle recule d’un autre pas, son visage figé entre le rire nerveux et la panique naissante.
Mia
— Vampire ? Tu veux rire ? C’est ça ton secret ? Moi, je ne crois pas à ces légendes.
Mais en vérité, je n’arrive pas à rire. Parce que quelque chose en moi croit. Pas complètement, pas encore. Mais son regard... il n’a rien d’humain. Il a cette intensité qu’on ne voit jamais. Une chaleur glacée. Un feu maîtrisé. Comme s’il regardait au-delà de ma peau, au-delà de mon âme.
— Ce ne sont pas des légendes, Mia. Et il y a autre chose. Des loups-garous. Tu n’en as jamais entendu parler ?
Je reste sans voix. Mon cerveau hurle de rejeter ce qu’il vient de dire. Mais mon cœur, lui, hésite. Comme si une part de moi savait. Comme si ce feu qu’il évoque... vivait en moi depuis toujours.
— Tu es sérieux ? Les vampires, les loups-garous... c’est pour ça que tu penses que je suis ton âme sœur ?
Il hoche lentement la tête. Ses yeux brillent. Un éclat étrange. Surnaturel.
— Oui. Et parce que ce lien, ce feu en toi, est lié à eux. À nous.
Je veux crier que c’est faux. Que c’est absurde. Mais ma gorge est nouée. Je sens mes jambes trembler.
— Je... je ne sais pas quoi penser. Tout ça est trop.
Dorian
Je m’avance doucement, comme on s’approche d’un animal effrayé. Chaque geste est mesuré. Chaque mot est choisi.
— Je ne te demande pas de comprendre tout de suite. Je te demande seulement de me faire confiance. De venir avec moi, juste pour une nuit. Laisse-moi te montrer qui je suis vraiment.
Elle ne bouge pas. Ses lèvres tremblent. Son souffle est court. Mais elle ne fuit pas. Et c’est déjà une victoire.
— Je ne sais pas si je peux. Pas encore.
Je lève la main, lentement, et caresse sa joue du bout des doigts. Elle ferme les yeux. Mon cœur se serre. Elle me laisse l’approcher. Me laisse la toucher. Elle sent ce que je sens. Même si elle ne le comprend pas encore.
— Je t’attendrai, Mia. Aussi longtemps qu’il le faudra.
Je me penche et dépose un baiser sur son front. Rien de passionné. Juste une promesse. Une marque invisible que seul son cœur peut reconnaître.
Mia
Je reste là, figée. Le souffle court. Le froid s’est glissé sous ma peau, mais ce n’est pas lui qui me fait trembler. C’est lui. C’est ses mots. Son regard. Son silence.
Vampires. Loups-garous. Âme sœur.
C’est insensé. Et pourtant, mon cœur bat à un rythme nouveau. Une partie de moi le croit. Une autre hurle de s’éloigner.
Mais je ne bouge pas.
Je le regarde s’éloigner, rejoindre sa voiture, sans insister. Il ne force rien. Il attend. Comme s’il savait que je finirai par revenir vers lui.
Et peut-être que je le ferai.
Parce que rien ne sera plus jamais comme avant.
Parce qu’une fois qu’on a entrevu ce genre de vérité… on ne peut plus revenir en arrière.
Les larmes coulent maintenant sur mes joues, libres, abondantes, et je ne fais rien pour les arrêter parce que je sais qu'elles sont la seule réponse possible à ce qu'il vient de me dire, à ce cadeau immense qu'il vient de me faire en m'ouvrant enfin la porte de ce jardin secret où ilcache depuis si longtemps ses peurs et ses doutes et ses espoirs inavoués.— Tu n'as jamais été un monstre, dis-je en posant ma main sur sa joue, en sentant la fraîcheur de sa peau contre ma paume brûlante. Tu as été un survivant. Tu as fait ce que tu devais faire pour continuer à exister dans un monde qui voulait ta mort. Mais ce n'est pas ce que tu as fait qui te définit. C'est ce que tu choisis de faire maintenant. C
Son visage est fermé, mais pas de cette fermeture hostile qu'il arbore quand il est en colère ou contrarié, non, c'est une fermeture différente, une fermeture qui ressemble à celle d'un homme qui lutte de toutes ses forces pour ne pas laisser paraître une émotion trop forte, trop violente, trop incontrôlable pour être montrée au grand jour sans risquer de perdre la face devant ceux qui le regardent et qui attendent de lui qu'il reste à jamais ce seigneur vampire impassible que rien ne peut atteindre ni émouvoir.— Madame Rosenthal, dit-il enfin d'une voix étranglée qui ne ressemble pas du tout à sa voix habituelle, à cette voix de commandement qui fait trembler les serviteurs et pâlir les ennemis, laissez-nous, s'il vous plaît.
MiaLa robe est enfin prête après des jours et des nuits de travail acharné pendant lesquels Madame Rosenthal et ses petites mains n'ont pratiquement pas dormi, leurs doigts agiles courant sur les étoffes précieuses comme des araignées tissant la toile la plus somptueuse que le monde ait jamais vue, et quand je la vois exposée sur son mannequin dans la lumière dorée du salon d'essayage, tous les mots que je connais, toutes les phrases que j'ai apprises, toutes les déclarations que j'ai préparées se révèlent soudainement insuffisants, dérisoires, pathétiquement inadaptés pour décrire la splendeur de ce qui se dresse devant moi comme un monument élevé à la gloire de l'amour et de la beauté et de tout ce qui
La réconciliation est passionnée, comme toujours entre nous, comme si chaque dispute était le prélude à une étreinte plus intense encore que les précédentes, comme si la colère et la frustration accumulées pendant nos affrontements verbaux ne pouvaient trouver d'exutoire que dans cette fusion des corps qui efface tout, qui répare tout, qui nous rappelle à chaque fois pourquoi nous nous battons, pourquoi nous nous accrochons l'un à l'autre malgré toutes les difficultés, malgré tous les obstacles, malgré tous ceux qui voudraient nous voir séparés et qui ne comprennent pas que notre amour se nourrit de ces épreuves, qu'il en sort plus fort, plus solide, plus indestructible à chaque fois.Quand nous nous sépa
Le silence qui suit mes mots est tellement dense, tellement épais, tellement palpable que j'ai l'impression de pouvoir le toucher, de pouvoir le saisir à pleines mains pour le déchirer comme on déchire un voile trop lourd qui empêche de respirer et de voir clair.Il me regarde, et dans ses yeux gris je vois passer une succession d'émotions si rapide que je n'ai pas le temps de toutes les identifier, mais je reconnais la surprise, l'incompréhension, la colère naissante, et puis quelque chose d'autre, quelque chose de plus profond, de plus ancien, de plus douloureux qui ressemble à s'y méprendre à de la peur, cette peur primale que tous les êtres vivants ressentent quand ils prennent conscience qu'ils sont sur le point de perdre ce qu'ils ont de plus précieux au monde.
MiaIl veut tout contrôler, absolument tout, comme si j'étais incapable de la moindre décision par moi-même, comme si les vingt-cinq années que j'ai passées sur cette terre avant de le rencontrer ne comptaient pour rien, comme si mon existence entière se résumait à cette parenthèse ouverte le jour où nos regards se sont croisés dans la pénombre du manoir et qui menace maintenant de se refermer sur moi comme un piège doré dont je ne pourrai plus jamais m'échapper parce que j'aurai trop peur de perdre tout ce que j'ai gagné en acceptant de devenir sienne.Le pire, c'est que je sais qu'il ne fait pas exprès, qu'il ne se rend même pas compte de ce qu'il est en train de faire, que cette manie de tout décider, de tout o
Une ligne grise à l'horizon. Puis rose. Puis dorée.La lumière touche son visage. Il est pâle. Trop pâle. Même pour un vampire. Ses lèvres sont décolorées, ses cernes violets.— Non, je souffle. Non, non, non.Je colle mon oreille contre sa poitrine. Je retiens mon souffle. J'écoute.Thump.Un batt
DorianJe frappe à sa porte, le cœur battant comme un tambour sourd, chaque respiration mesurée, chaque geste calculé. Quand elle m’ouvre, je suis frappé par son regard : défi, défiance, mais aussi une lueur de curiosité que je devine à peine derrière la colère. Cette flamme fragile me donne l’impr
DorianJe reste seul un long moment après le départ d’Éléna, figé face au balcon comme si la ville en contrebas pouvait m’offrir une réponse. Mais il n’y a rien dans le tumulte des voitures, dans la lumière artificielle des néons, qui puisse apaiser la brûlure qui me dévore.Mia.Chaque fois que je
DorianLa nuit tombe sur la ville comme une chape, les lampadaires répandent leur lumière pâle sur les façades, mais aucune clarté ne parvient à m’atteindre. La journée entière, je l’ai sentie Mia vibrer à travers la marque, sa peur, son trouble, cette lutte intérieure qui la déchire. Elle croit en







