LOGINIl a pris le risque. Pour moi. Pour nous. Pour notre plan qui est la seule chose qui nous maintient en vie dans cet enfer doré.
Je n'arrête pas de rejouer la scène dans ma tête. Chaque détail est gravé dans ma mémoire comme au burin. Le serveur qui s'approche, son plateau chargé de coupes étincelantes comme autan
Il a pris le risque. Pour moi. Pour nous. Pour notre plan qui est la seule chose qui nous maintient en vie dans cet enfer doré.Je n'arrête pas de rejouer la scène dans ma tête. Chaque détail est gravé dans ma mémoire comme au burin. Le serveur qui s'approche, son plateau chargé de coupes étincelantes comme autant de pièges mortels. La main de Jacqueline sur mon épaule, ces doigts froids comme la mort elle-même. Sa voix trop forte, trop claire, qui résonne encore dans mes oreilles. Buvons à la réconciliation. Les coupes qui scintillent sous les lustres, pleines d'un liquide doré qui pourrait être du poison. La voix de Jacqueline à nouveau, plus dure, plus tranchante. Vous ne buvez pas ?
Son ton est léger, presque désinvolte. Comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Comme s'il n'avait pas risqué sa vie il y a quelques secondes.Jacqueline rit. Un rire qui sonne faux, un rire sans joie, sans chaleur, sans vie. Un rire de prédateur qui vient de rater sa proie mais qui sait qu'il aura d'autres occasions. Le bruit s'élève dans l'air saturé de la salle de bal et meurt presque aussitôt, absorbé par le velours et les dorures.— Profitez de la soirée, dit-elle. Elle sera longue.Il y a une menace dans ces mots. Une promesse voilée. La soirée sera longue, et tout peut encore arriver. Elle nous tourne le dos et s'éloigne
Nous ne buvons pas.Jacqueline nous regarde. Ses yeux passent de Kaelan à moi, de moi à Kaelan, comme un pendule qui oscille entre deux condamnations. Son sourire ne faiblit pas, mais quelque chose dans son regard se durcit. Une lueur froide, calculatrice, qui évalue et qui juge.— Vous ne buvez pas ? demande-t-elle.La question tombe comme une accusation. Comme une lame qui tranche l'air et qui vient se planter entre nous.Autour de nous, le silence s'est fait. Quelques invités se sont arrêtés de parler et regardent ouvertement la scène. Leurs yeux vont de Jacqueline à nous, de nous à Jacqueline
ÉlianeUn serveur passe devant nous. Il glisse à travers la foule comme un poisson dans l'eau, silhouette anonyme en veste blanche et nœud papillon noir. Sur son plateau d'argent, les coupes de champagne sont alignées comme des soldats à la parade, parfaitement symétriques, parfaitement identiques. Le liquide doré scintille sous les lustres, et les bulles montent vers la surface en chaînes minuscules, comme des prières qui s'élèvent vers un dieu qui ne répond jamais.Je ne le regarde pas vraiment. Mon regard glisse sur lui sans s'arrêter, comme on évite de regarder un précipice quand on a le vertige. Je ne veux pas boire. Je ne boirai pas. Je me suis fait cette promesse en entrant dans cette maison, et je m'y tiendrai quoi qu'il arrive. Je ne leur donnerai
Je vois le doute dans ses yeux. Je le comprends. Jacqueline est imprévisible. Elle a déjà prouvé qu'elle était capable de tout. Mais je sais que mon raisonnement tient. Jacqueline ne survivrait pas à un meurtre en pleine soirée mondaine. Même elle, avec toutes ses connexions, toute sa puissance, ne pourrait pas étouffer un scandale pareil.Éliane regarde la salle derrière moi. Les invités qui rient, qui boivent, qui dansent. Tous ces gens en robes de grands couturiers et en smokings sur mesure, qui portent des bijoux qui valent des fortunes et qui parlent de choses légères comme si le monde n'était pas en train de s'effondrer autour d'eux. Tous ces gens qui ne savent rien. Qui ne voient rien. Qui ne comprennent rien à ce qui se joue vraiment sous
Je n'ai pas le temps de ménager des transitions. Chaque seconde compte. Chaque mot doit porter son poids de réalité, de stratégie, de survie. Les fioritures sont un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.Elle relève la tête vers moi. Dans ses yeux, je vois passer une lueur. Un éclair qui pourrait être de l'espoir, ou de la peur, ou les deux en même temps, inextricablement mêlés. L'espoir et la peur sont les deux faces d'une même pièce dans notre monde. On ne peut pas avoir l'un sans l'autre.— Tous ? demande-t-elle.Sa voix est rauque, éraillée, comme si elle n'avait pas parl&eacut
DarioTrois nuits.Trois nuits qu'elle vient à la fenêtre.Elle n'allume pas. Elle se tient dans l'obscurité de sa chambre, silhouette découpée
DarioEt ils se cherchent.Le sien descend de l'horizon, parcourt la rue vide, trouve la voiture noire, la tache d'ombre. Me trouve.C'est un choc physique.Je ne respire plus. Je ne suis plus un corps. Je suis un point de conscience suspendu dans l'habitacle, tendu vers cette femme qui me regarde.
IsabellaLes jours qui suivent la rupture sont un brouillard gris.Chaque matin, je me réveille avec le même poids sur la poitrine, comme si une pierre s’était logée entre mes côtes. Le silence de l’appartement, autrefois paisible, est devenu oppressant. Leo, lui aussi, porte le chagrin comme un vê
IsabellaLe nouvel appartement sent la peinture fraîche et le bois propre.Les cartons s’empilent dans le salon, des boîtes marron qui renferment les restes de notre vie passée. Je les observe, les mains sur les hanches, en essayant de déterminer par laquelle commencer. Celle marquée « Salle de bain







