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Laetitia est prise au piège. Un inconnu milliardaire lui offre un marché qu'elle ne peut pas refuser.
Laetitia ne s’était pas habillée pour ça. Elle ne s’attendait pas à grand-chose mais sûrement pas à ça. Sa robe bleu marine, la seule qui lui allait encore, était tachée de café au niveau de l’ourlet. Ses cheveux, qu’elle avait tenté de discipliner en un chignon bancal, s’échappaient déjà en mèches rebelles. Le restaurant, lui, était parfait : nappes blanches, serveurs en smoking, lumières tamisées qui coûtaient plus cher que son loyer annuel. Elle était en terrain miné. Et elle le savait. En terrain ennemie l’une des bases c’est de ne pas se faire remarquer comme un mouton dans une meute de loups. Se faire remarquer c’est perdre la vie et elle le savait ! A la base, elle venait juste pour supplier de l’aide encore une fois à cet ami de son père mais les choses prirent une autre tournure. — Mademoiselle Dubois ? L’homme derrière le bureau ne s’était même pas levé. Il avait une voix grave, posée, celle de quelqu’un habitué à ce qu’on l’écoute. Asseyez-vous. Sa montre de riche présentait l’heure de quinze heures. Il était impossible de voir son coup car il avait un châle le recouvrant et une veste noire des plus élégante. Elle s’assit. Ses doigts tripotaient la serviette en lin. Les doigts tremblaient un peu. Elle les cacha sous la table. Elle essayait de paraître calme mais face à cet être imposant, elle ne pouvait pas se concentrer. — Je vous ai fait venir pour une raison précise, poursuivit-il. Il ne consultait pas de notes. Il n’avait pas de téléphone. Juste ses yeux gris, fixés sur elle comme un sniper. J’ai une proposition à vous faire. A cette prise de parole il esquissa un léger sourire vers moi. Mais ces yeux transperçait les miens. Ils étaient d’un noir profond. Laetitia déglutit. — Vous êtes… Monsieur Delacroix, c’est bien ça ? Le patron du groupe Delacroix ? — Oui. — Le même groupe qui… Elle fit une pause, la bouche sèche. Le même groupe qui a racheté la dette de ma famille ? — Exactement. Il inclina la tête, comme s’il la saluait. Elle se sentit minuscule. Cette dette, elle la connaissait par cœur : 340 000 euros, plus les intérêts. Une erreur de son père, un investissement foireux, une banque sans pitié, et puis cet homme était arrivé, avait racheté la créance, et tout avait semblé s’arranger. Un ami à mon père disait -il mais en affaires d’argent, je doute fort qu’l y’ai des “amis”. Je l’aurai payé moi-même cette dette mais c’est bien trop difficile de il me faudrait des années. Il a donné avec bon cœur… Sauf que rien ne s’arrangeait jamais gratuitement. — Je vais être direct, dit-il. Le contrat de rachat arrive à son terme dans trois semaines. Si la somme n’est pas remboursée, la banque saisira la maison de vos parents. C’est une clause que j’ai négociée moi-même. Elle leva les yeux, brusquement. — Vous… vous avez fait exprès ? — J’ai fait ce qui était nécessaire. Il croisa les doigts sur la table. Ses ongles étaient parfaits, comme le reste de lui. Voici ma proposition : vous m’épousez. Le mot tomba entre eux comme une grenade désamorcée. Elle cligna des yeux. — Je vous… pardon ? — Six mois. Un mariage blanc. Je vous paie un million d’euros à la fin. Vous utilisez ce que vous voulez pour rembourser la dette de vos parents. Le reste est pour vous. Nous divorçons après, sans histoire. Personne ne saura que c’était un arrangement. Si vous me faites un enfant garçon je doublerais la somme et vous donnerais une part de mon entreprise. Elle ouvrit la bouche. La referma. Ses doigts cessèrent de trembler pour devenir des poings. Ses jambe se serrait et de serrait de temps en temps . — Vous êtes sérieux ? — Je ne plaisante jamais avec mon argent. — Et pourquoi moi ? Pourquoi une inconnue ? Elle sentit sa gorge se serrer. Il y a des dizaines de femmes qui accepteraient ça sans poser de questions. Plus belles, plus… — Plus dociles ? Il sourit, un sourire froid. C’est exactement pour ça. Je n’ai pas besoin d’une femme docile. J’ai besoin d’une femme crédible. Et vous, Laetitia, vous avez une réputation impeccable. Pas de scandales, pas d’ex, pas de réseaux sociaux à fouiller. Juste une fille bien, qui a sacrifié sa carrière pour s’occuper de ses parents malades. Peut-être que vous êtes même encore vierge. Il avait fait ses recherches. Bien sûr qu’il avait fait ses recherches. — Ce mariage, dit-il en se penchant légèrement, est une question de survie pour mon entreprise. Un concurrent essaie de me déstabiliser. Une femme à mon bras, une famille respectable, un mariage de convenance aux yeux du monde… ça m’achète du temps. Surtout, j’ai besoin d’un héritier mais surtout l’avoir avec une femme vierge. Elle secoua la tête. — Je ne peux pas. Je ne peux pas faire ça à mes parents, leur mentir… — Vos parents perdront leur maison dans trois semaines si vous refusez. Il sortit une enveloppe de sa poche intérieure, la glissa vers elle. Tout est écrit ici. Les conditions, le contrat, les dates. Vous avez 48 heures. Elle prit l’enveloppe. Le papier était épais, lourd, comme son avenir. — Vous voulez que je devienne votre femme par intérêt ? — L’intérêt est la seule chose qui ne trahit pas, répondit-il. Je préfère ça à l’amour. Il se leva. Laetitia resta figée, l’enveloppe entre les doigts. Il s’arrêta sur le seuil, tourna la tête vers elle. — Vous avez jusqu’à demain soir. Si vous acceptez, nous signons chez moi. Si vous refusez, votre père apprendra qu’il a perdu sa maison à Noël. Elle resta seule. Les serveurs tournaient autour d’elle, mais elle n’entendait rien. Juste le bruit du sang dans ses oreilles. L’enveloppe contenait une photo. Son père, souriant, devant leur maison. Et au dos, une phrase manuscrite : "Je ne vous ai pas choisie par hasard, Laetitia. Vous me devez bien plus qu’un million."La mère de Delacroix venait de lancer cela comme si c’était une évidence ou alors, elle avait quelques choses en tête.Je ne lui faisait aucunement confiance . Dans le couloir lumineux qui mène à la chambre, Laetitia réfléchissait à ce que sa belle mère venait de demander.Elle venait de demander qu’elle Laetitia, Laeti pour les intimes se rende au bureau de son mari pour se présenter.-Je doute avoir besoin de faire pareil choses. A quoi ça va servir que des employés d’entreprise saches qui je suis, ils ont déjà lu les grands tabloïds de toutes façons.Ou alors, cette vieille sorcière veut m’humilier ? Je la vois bien faire ce genre de choses. Mais je ne vais surement pas accepter cela.Le soir arrivé, les Delacroix étaient à table. La table était bien calme. La mère du chef de maison parlait ou du moins elle essayait d’avoir une conversation avec son fils et ce dernier n’avait même pas son temps.Laetitia quant à elle, devait surtout rester silencieuse même si sa belle mère l
Une rencontre fâcheuse ou pas. nul ne saurait le dire et surtout pas Laetitia en ce moment là. Mais une chose est sûre,il fallait se lever de son lit car les rayons du soleil assez nombreux pénétraient déjà la maison par le fenêtre. Le lendemain matin, Laetitia descendit les escaliers en espérant un café chaud et un moment de silence. Elle n'eut ni l'un ni l'autre. Une femme était assise dans le salon, droite comme un i, les jambes croisées, les mains posées sur ses genoux comme si elle attendait d'être photographiée. Soixante ans, peut-être moins, impossible à dire tellement son visage était figé par la chirurgie. Les traits tirés, les lèvres trop pleines, les sourcils relevés dans une expression de perpétuel mépris. Un tailleur Chanel, noir, impeccable. Des perles autour du cou. Des diamants aux oreilles. Elle avait l'air de sortir d'un magazine, pas d'une maison, pas d'une vie. — Laetitia. La femme ne se leva pas. Elle dit son nom comme on dit une insulte, un mot qu'on crach
— Vous n’avez pas besoin d’être ma femme pour être chez vous, Laetitia. Vous avez besoin d’être ma femme pour que les gens le croient. Elle s’assit en face de lui. La chaise était en cuir, confortable, un peu trop confortable. Elle s’y enfonça, les jambes croisées, le regard fixé sur lui. — Pourquoi avez-vous choisi un contrat de six mois ? Pourquoi pas un an, ou trois ? Il s’assit à son tour, se pencha en arrière, les mains croisées derrière la nuque. — Parce que six mois, c’est le temps qu’il me faut pour stabiliser mon entreprise. — Et après ? Il la regarda, ses yeux gris s’assombrissant. Ses doigts se décroisèrent. Il se pencha vers elle. — Après, vous serez libre. Et moi, je reprendrai ma vie. Seul. — Vous ne voulez pas être aimé ? Il eut un rire. Pas un rire joyeux. Pas un rire moqueur. Un rire triste, un rire vide, un rire d
Minuit.Laetitia tournait dans son lit depuis deux heures, les draps en boule autour d’elle, le cœur battant à un rythme qu’elle ne contrôlait pas. La chambre était trop grande, trop silencieuse, trop propre. Pas un bruit. Pas un grincement. Pas une respiration autre que la sienne. Elle avait l’impression de dormir dans un hôpital, ou dans une vitrine — exposée, regardée, mais pas vivante.Elle se leva. Ses pieds nus touchèrent le sol froid. Elle frissonna. Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait froid. Peut-être qu’elle avait froid depuis qu’elle était entrée dans cette maison.Elle se glissa dans le couloir. Les murs blancs, le sol en marbre, les tableaux qui la regardaient avec des yeux morts. Elle avait l’impression de marcher dans un musée, pas dans une maison. Une maison où elle n’était pas chez elle. Une maison où elle était juste une locataire, une invitée qu’on tolère, qu’on observe.Une lumière filtrait sous la porte du bu
Devant une telle situation pour une personne médiatisée, rien de mieux qu’une conférence de presse pour tout expliquer et gagner la sympathie du public. C’est ainsi qu’elle devra mentir devant les caméras. Son mari la manipule en direct mais personne ne voit cela.La salle était une fournaise. Des projecteurs braqués sur l’estrade, des caméras qui clignotaient comme des yeux de prédateurs, des micros tendus comme des mâchoires prêtes à mordre. Laetitia sentait la sueur perler à sa nuque, couler le long de sa colonne vertébrale, tremper le tissu de sa robe bleu marine qu’elle avait choisie ce matin-là en pensant qu’elle ferait sobre et professionnelle. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait la proie, pas la présentatrice. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait sur le grill, offerte en pâture à des dizaines de journalistes assoiffés de scandale.Mathias Delacroix lui prit la main. Sa paume était chaude, sèche, parfaitement maîtrisée. Pas une goutte de sueur. Pas un tremblement. Ses doigts
La mairie du 16e était vide, parsemée de chaises. Quelques invités : ses parents, l’assistant, le notaire, et deux journalistes qu’il avait invités pour la photo. Le maire avait une voix douce, ennuyeuse. — Monsieur Delacroix, acceptez-vous de prendre pour épouse… — Oui. Laetitia serra la main de son père. Elle fixa le maire, les murs, les fleurs. Partout, sauf Delacroix. — Et vous, mademoiselle Dubois, acceptez-vous de prendre pour époux… Elle ouvrit la bouche. Le mot s’étrangla. — Oui. Un murmure parcourut l’assistance. Ses parents souriaient, les yeux humides. La photo fut prise. Le maire les déclara mari et femme. Il ne l’embrassa pas. Il lui serra la main, une pression brève, professionnelle. — Félicitations, dit le maire. — Merci, répondit-il. Elle sortit de la mairie, le voile léger sur les épaules. Il lui offrit son bras. Elle le prit. — On est mariés, murmura-t-elle. — On est mariés, répéta-t-il. — Pourquoi vous ne m’avez pas embrassée ? — On n







