Mag-log inLe trajet en bus fut un cauchemar. Déjà le bus était surpeuplé et on avait de la peine à respirer mais en plus,les différents arrêts était interminables. Encore pire pour elle qui se retrouvait dans cette stupide situation !
Laetitia regardait défiler les immeubles sans les voir. Ses doigts pinçaient l’enveloppe contre sa poitrine. Pas peur que l'on la lui vole mais pour calmer son cœur qui battait si fort que l'on aurait dit qu'il voulait sortir de sa poitrine. Le petit appartement de ses parents sentait le bouillon de légumes et les médicaments. Sa mère, Alice, était dans son fauteuil, une couverture sur les genoux. Son père, Marc, était à la fenêtre, le regard vide, comme tous les soirs. Il ne c'était plus rasé depuis un moment et n'était que l'ombre de lui même. Et sa mère, elle qui s'efforçait à toujours sourire pour éviter qu'ils ne sombre tous dans la tristesse. Nous n'étions pas encore fauché au point de mendier mais, nous l'étions assez pour que l'on puisse vendre la voiture et autres trucs qui ne sont pas indispensables. Les économies de son père, les aideraient encore un moment mais pour combien de temps ? sa mère est une femme au foyer et depuis qu'elle est mariée n'a jamais dû travailler. Cette situation l’avait rendue malade et c’était une autre cause de tracas. Il lui arrivait de demander au cieux pourquoi elle n’avait pas été la benjamine d’un grand frère. Aujourd’hui elle doit devenir l’homme de la maison. — Laeti ! Sa mère eut un sourire fragile. On t’a fait des pâtes, tu en veux… — Non. Elle posa l’enveloppe sur la table basse. On doit parler. Elle leur raconta tout. Le restaurant. L’homme. La proposition. Elle ne parla pas du million. Marc se retourna. Son visage était gris, tiré. — Delacroix ? Il te propose de l’épouser ? — C’est un mariage de convenance, papa. Il veut juste… — Non. Sa voix se brisa. Non, tu ne peux pas accepter. — Pourquoi ? Laetitia sentit sa colère monter. Vous allez perdre la maison, vous avez perdu toutes vos économies, et vous me dites non ? Papa tu risques même la prison car tu as emprunté énormément d’argent. Marc la regarda. Ses yeux, autrefois si vifs, étaient troubles. — Parce que c’est de sa faute. Le silence s’abattit. Alice toussa, se recroquevilla dans son fauteuil. — De sa faute, répéta Laetitia. Qu’est-ce que tu veux dire ? — L’investissement, souffla Marc. Celui qui nous a ruinés. Il portait le nom de Delacroix. C’était un projet qu’il avait monté, un truc pour les petites entreprises. On m’a dit que c’était sûr. Le banquier était un ami, il m’a assuré que… — C’était une arnaque ? Marc ferma les yeux. — Pas une arnaque. Une erreur. Il a mal évalué le risque, il a perdu des millions. Et nous, les petits, on a tout perdu avec lui. Mais Delacroix, il s’en est sorti. Il a racheté les dettes des plus gros. Les autres, il les a laissés couler. Laetitia se leva. Ses jambes tremblaient. — Il vous a laissés couler. — Oui. — Et maintenant il me propose un million pour l’épouser. — Un million ? Alice sursauta. Laeti, tu n’as pas dit… — Parce que ce n’est pas la question ! cria-t-elle, les larmes aux yeux. Il m’a tendu un piège. Il a tout calculé. Il m’a choisie parce que je suis votre fille. Il veut se racheter, ou se servir de moi, ou… je sais pas, mais je vais lui dire non. — Si tu fais ça, dit Marc doucement, on perd la maison. Et la prison… — On perdra peut-être la maison, mais on gardera notre dignité. Et on pourra essayer de trouver un bon avocat. Alice pleurait en silence. Marc s’approcha de sa fille, posa une main sur son épaule. — Ma chérie, il y a des dettes qu’on peut pas rembourser avec de la dignité. Si tu veux refuser, je te soutiendrai. Mais sache une chose : je t’ai élevée pour que tu te battes. Pas pour que tu fuies. Je vais moi même me relever quoi qu'il m'en coûte. De toute façon,il y'a pire dans la vie tu sais ? je pourrais être handicapés et on pourrait perdre un membre de cette famille. Alors soyons fort! Laetitia sentit la main de son père trembler contre son épaule. Elle prit son téléphone, composa le numéro que Delacroix lui avait laissé. Mais avant qu’elle ne puisse parler, il décrocha. "Je sais pour votre père, Laetitia. C’est pour ça que je vous ai appelée. Ce n’est pas un hasard. C’est une réparation. Voulez-vous que je vous raconte toute la vérité ?"La mère de Delacroix venait de lancer cela comme si c’était une évidence ou alors, elle avait quelques choses en tête.Je ne lui faisait aucunement confiance . Dans le couloir lumineux qui mène à la chambre, Laetitia réfléchissait à ce que sa belle mère venait de demander.Elle venait de demander qu’elle Laetitia, Laeti pour les intimes se rende au bureau de son mari pour se présenter.-Je doute avoir besoin de faire pareil choses. A quoi ça va servir que des employés d’entreprise saches qui je suis, ils ont déjà lu les grands tabloïds de toutes façons.Ou alors, cette vieille sorcière veut m’humilier ? Je la vois bien faire ce genre de choses. Mais je ne vais surement pas accepter cela.Le soir arrivé, les Delacroix étaient à table. La table était bien calme. La mère du chef de maison parlait ou du moins elle essayait d’avoir une conversation avec son fils et ce dernier n’avait même pas son temps.Laetitia quant à elle, devait surtout rester silencieuse même si sa belle mère l
Une rencontre fâcheuse ou pas. nul ne saurait le dire et surtout pas Laetitia en ce moment là. Mais une chose est sûre,il fallait se lever de son lit car les rayons du soleil assez nombreux pénétraient déjà la maison par le fenêtre. Le lendemain matin, Laetitia descendit les escaliers en espérant un café chaud et un moment de silence. Elle n'eut ni l'un ni l'autre. Une femme était assise dans le salon, droite comme un i, les jambes croisées, les mains posées sur ses genoux comme si elle attendait d'être photographiée. Soixante ans, peut-être moins, impossible à dire tellement son visage était figé par la chirurgie. Les traits tirés, les lèvres trop pleines, les sourcils relevés dans une expression de perpétuel mépris. Un tailleur Chanel, noir, impeccable. Des perles autour du cou. Des diamants aux oreilles. Elle avait l'air de sortir d'un magazine, pas d'une maison, pas d'une vie. — Laetitia. La femme ne se leva pas. Elle dit son nom comme on dit une insulte, un mot qu'on crach
— Vous n’avez pas besoin d’être ma femme pour être chez vous, Laetitia. Vous avez besoin d’être ma femme pour que les gens le croient. Elle s’assit en face de lui. La chaise était en cuir, confortable, un peu trop confortable. Elle s’y enfonça, les jambes croisées, le regard fixé sur lui. — Pourquoi avez-vous choisi un contrat de six mois ? Pourquoi pas un an, ou trois ? Il s’assit à son tour, se pencha en arrière, les mains croisées derrière la nuque. — Parce que six mois, c’est le temps qu’il me faut pour stabiliser mon entreprise. — Et après ? Il la regarda, ses yeux gris s’assombrissant. Ses doigts se décroisèrent. Il se pencha vers elle. — Après, vous serez libre. Et moi, je reprendrai ma vie. Seul. — Vous ne voulez pas être aimé ? Il eut un rire. Pas un rire joyeux. Pas un rire moqueur. Un rire triste, un rire vide, un rire d
Minuit.Laetitia tournait dans son lit depuis deux heures, les draps en boule autour d’elle, le cœur battant à un rythme qu’elle ne contrôlait pas. La chambre était trop grande, trop silencieuse, trop propre. Pas un bruit. Pas un grincement. Pas une respiration autre que la sienne. Elle avait l’impression de dormir dans un hôpital, ou dans une vitrine — exposée, regardée, mais pas vivante.Elle se leva. Ses pieds nus touchèrent le sol froid. Elle frissonna. Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait froid. Peut-être qu’elle avait froid depuis qu’elle était entrée dans cette maison.Elle se glissa dans le couloir. Les murs blancs, le sol en marbre, les tableaux qui la regardaient avec des yeux morts. Elle avait l’impression de marcher dans un musée, pas dans une maison. Une maison où elle n’était pas chez elle. Une maison où elle était juste une locataire, une invitée qu’on tolère, qu’on observe.Une lumière filtrait sous la porte du bu
Devant une telle situation pour une personne médiatisée, rien de mieux qu’une conférence de presse pour tout expliquer et gagner la sympathie du public. C’est ainsi qu’elle devra mentir devant les caméras. Son mari la manipule en direct mais personne ne voit cela.La salle était une fournaise. Des projecteurs braqués sur l’estrade, des caméras qui clignotaient comme des yeux de prédateurs, des micros tendus comme des mâchoires prêtes à mordre. Laetitia sentait la sueur perler à sa nuque, couler le long de sa colonne vertébrale, tremper le tissu de sa robe bleu marine qu’elle avait choisie ce matin-là en pensant qu’elle ferait sobre et professionnelle. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait la proie, pas la présentatrice. Elle n’avait pas prévu qu’elle serait sur le grill, offerte en pâture à des dizaines de journalistes assoiffés de scandale.Mathias Delacroix lui prit la main. Sa paume était chaude, sèche, parfaitement maîtrisée. Pas une goutte de sueur. Pas un tremblement. Ses doigts
La mairie du 16e était vide, parsemée de chaises. Quelques invités : ses parents, l’assistant, le notaire, et deux journalistes qu’il avait invités pour la photo. Le maire avait une voix douce, ennuyeuse. — Monsieur Delacroix, acceptez-vous de prendre pour épouse… — Oui. Laetitia serra la main de son père. Elle fixa le maire, les murs, les fleurs. Partout, sauf Delacroix. — Et vous, mademoiselle Dubois, acceptez-vous de prendre pour époux… Elle ouvrit la bouche. Le mot s’étrangla. — Oui. Un murmure parcourut l’assistance. Ses parents souriaient, les yeux humides. La photo fut prise. Le maire les déclara mari et femme. Il ne l’embrassa pas. Il lui serra la main, une pression brève, professionnelle. — Félicitations, dit le maire. — Merci, répondit-il. Elle sortit de la mairie, le voile léger sur les épaules. Il lui offrit son bras. Elle le prit. — On est mariés, murmura-t-elle. — On est mariés, répéta-t-il. — Pourquoi vous ne m’avez pas embrassée ? — On n







