MasukLa nuit n’avait rien apaisé. Au contraire.
Elle avait laissé le temps à chaque pensée de s’installer, de s’enraciner, de devenir impossible à ignorer. Livia n’avait pas cherché à dormir. À quoi bon. Dès qu’elle fermait les yeux, elle voyait les pages du dossier. L’écriture de sa mère. Son prénom. « Livia est prête. » Ces mots tournaient en boucle. Comme une preuve. Comme une condamnation. Assise au bord du lit, elle fixait le vide. Plus rien n’était flou maintenant. Tout était trop clair. Elle n’était pas là par hasard. Elle n’avait jamais été libre. Un léger bruit la fit sortir de ses pensées. Trois coups contre la porte. Calmes. Mesurés. Elle ne répondit pas. La porte s’ouvrit quand même. Viktor entra, comme toujours sans attendre. — Tu es prête. Ce n’était pas une question. Livia releva lentement les yeux. — Non. Sa voix était posée. — Mais ça n’a jamais vraiment compté, pas vrai ? Un silence. Puis Viktor esquissa un léger sourire. — Non. Elle hocha légèrement la tête. Comme si elle validait enfin une évidence. — Alors on y va. Elle se leva. Pas de tremblement. Pas d’hésitation visible. Mais à l’intérieur… Quelque chose venait de se refermer. Ils quittèrent l’appartement sans un mot. La voiture était déjà là. Noire, discrète. Comme tout ce qui entourait Viktor. Livia monta sans poser de question. Cette fois, elle ne demanda pas où ils allaient. Elle savait. Pas l’endroit exact. Mais la direction. Le point de non-retour. Le trajet se fit dans un silence presque irréel. La ville défilait derrière la vitre. Familière. Et pourtant déjà lointaine. Elle observait les rues comme si elle les voyait pour la dernière fois. — Tu peux encore reculer. La voix de Viktor coupa ses pensées. Elle tourna lentement la tête vers lui. — Non. — Tu m’as déjà retiré cette option. Il la fixa. Longuement. Puis détourna le regard. — Peut-être. La voiture ralentit. Puis s’arrêta. Livia inspira profondément. Devant elle…Un bâtiment immense. Froid, luxueux, intimidant. Pas une maison, un territoire. — Il est là. Trois mots. Simples. Mais son cœur accéléra quand même. Kael. Elle sortit de la voiture. Ses talons claquèrent contre le sol. Le bruit résonna plus fort qu’il n’aurait dû. Comme un signal. Ils entrèrent. L’intérieur était à l’image de l’extérieur. Parfait. Trop parfait. Chaque détail semblait calculé. Chaque objet à sa place. Un homme s’approcha. Costume impeccable. Regard neutre. — Il vous attend. Bien sûr. Livia sentit quelque chose se tendre en elle. Pas de peur. Pas exactement. Une anticipation. Ils traversèrent un long couloir. Puis s’arrêtèrent devant une porte. Viktor posa la main sur la poignée. — À partir de maintenant… Il tourna légèrement la tête vers elle. — Tu es seule. Un battement. Puis il ouvrit. La pièce était vaste, lumineuse, silencieuse. Et au centre…Un homme. Debout, immobile. Il ne se retourna pas tout de suite. Comme s’il savait déjà. Comme s’il n’avait pas besoin de vérifier. Puis lentement…Il pivota. Et son regard trouva immédiatement le sien. Le temps sembla ralentir. Livia sentit son souffle se bloquer. Pas à cause de ce qu’il était. Mais à cause de ce qu’il dégageait. Un calme dangereux. Une maîtrise totale. Comme quelqu’un qui ne subit jamais rien. — Livia. Sa voix était basse. Stable. Ce n’était pas une question. Il connaissait déjà son nom. Bien sûr. — Kael. Elle ne savait pas pourquoi elle avait répondu. Mais elle l’avait fait. Un silence s’installa. Ils se regardaient. Comme deux personnes qui savaient déjà… Que rien ici ne serait simple. Viktor entra finalement dans la pièce. — Je suppose que les présentations sont inutiles. Kael ne détourna pas les yeux. — Effectivement. Un léger frisson parcourut la nuque de Livia. Il savait. Ou du moins…Il comprenait. — Alors allons droit au but. La voix de Viktor était calme. — Vous allez vous marier. Le mot tomba. Brutal. Aucune réaction immédiate. Ni de Kael. Ni de Livia. Puis, après quelques secondes… Kael esquissa un léger sourire. Presque imperceptible. — Intéressant. Ce simple mot fit monter la tension d’un cran. — Tu acceptes facilement. Kael tourna enfin légèrement la tête vers Viktor. — Je n’ai pas encore dit oui. Puis il reporta son regard sur Livia. Et cette fois… Quelque chose changea. Plus intense. Plus précis. Comme s’il cherchait quelque chose. Comme s’il la lisait. — Et toi ? La question la surprit. Pas parce qu’elle était compliquée. Mais parce qu’elle était réelle. Personne ne lui avait vraiment demandé son avis jusque-là. Son cœur battait fort. Mais son regard resta stable. — Je n’ai pas vraiment le choix. Puis, contre toute attente… Kael hocha légèrement la tête. — Alors ça tombe bien. Il s’approcha. Lentement. Sans jamais la quitter des yeux. — Moi non plus. Le souffle de Livia se coupa. Quelque chose venait de basculer. Encore. Mais cette fois… Ce n’était pas Viktor. C’était lui. Et au fond d’elle…Une certitude s’imposa. Ce jeu n’était pas celui qu’on lui avait décrit. C’était pire. Parce que Kael… n’était pas une cible. Il était un problème. Un vrai. Livia ne savait plus… de quel côté elle devait se tenir.Livia ne quitta pas immédiatement le bureau après leurs derniers échanges. Elle resta quelques secondes immobile, comme si les mots de Kael avaient laissé une empreinte trop nette pour être ignorée. Une clé. Le terme continuait de résonner dans son esprit, dérangeant, imprécis, mais impossible à écarter. Elle finit par sortir sans un mot, refermant doucement la porte derrière elle, puis s’arrêta dans le couloir, seule avec ses pensées. Elle n’avait plus seulement des doutes. Elle avait des éléments. Et plus elle avançait, plus une chose devenait évidente : on lui cachait encore une partie essentielle.Elle ne monta pas dans sa chambre. À la place, elle prit la direction opposée, plus lentement cette fois, observant chaque détail. La maison lui semblait différente depuis la veille. Pas dans son apparence, mais dans ce qu’elle représentait. Ce n’était pas seulement un lieu. C’était un espace contrôlé, organisé, pensé pour contenir autant que pour protéger. Chaque pièce avait une fonctio
La maison était redevenue silencieuse, mais ce n’était pas un silence apaisant. C’était celui qui suit une tension non résolue, celui qui laisse les pensées s’installer trop profondément. Livia n’était pas montée se coucher tout de suite. Elle était restée dans le salon, debout quelques minutes, puis assise sans vraiment s’en rendre compte, les yeux perdus dans le vide. Les événements de la soirée tournaient en boucle dans son esprit, mais un détail revenait sans cesse. L’homme. Sa présence. Son regard. Et surtout… la réaction de Kael.Quelque chose n’avait pas été dit.Et c’était ça, le plus inquiétant.Elle finit par se lever. Lentement. Comme si son corps suivait enfin une décision que son esprit avait déjà prise. Elle n’allait pas attendre. Pas cette fois.Le couloir était plongé dans une lumière tamisée. Tout semblait calme, parfaitement maîtrisé. Trop maîtrisé. Elle avança sans bruit jusqu’à la porte du bureau de Kael. Elle hésita une seconde. Puis frappa.Aucune réponse. Elle p
Livia ne quitta pas la salle immédiatement. Elle resta quelques secondes immobile, les yeux encore posés sur l’endroit où l’homme avait disparu. Quelque chose dans son attitude ne collait pas. Ce n’était pas seulement une menace. C’était plus précis. Plus calculé. Comme s’il savait exactement pourquoi il était venu.— On part, dit Kael.Ce n’était pas une suggestion. Livia tourna légèrement la tête vers lui, mais ne discuta pas. Elle avait déjà compris que ce genre de moment ne laissait pas de place à l’hésitation. Ils quittèrent la salle sans attirer l’attention, ou du moins sans en avoir l’air. Pourtant, elle sentait encore des regards dans leur dos, comme une pression invisible qui ne disparaissait pas.La nuit était plus froide dehors. L’air sembla plus réel, plus respirable, mais la tension ne retomba pas. Elle monta dans la voiture sans un mot. Kael fit de même, puis la portière claqua, isolant le silence à l’intérieur.Pendant quelques secondes, personne ne parla.— Tu l’avais
La musique continuait de résonner autour d’eux, élégante, maîtrisée, presque irréelle. Pourtant, Livia n’en entendait plus vraiment les notes. Son attention s’était fixée ailleurs, sur les regards, les gestes, les silences trop calculés. Tout ici respirait le contrôle, mais aussi la méfiance. Elle le sentait. Elle le voyait. Et surtout, elle commençait à le comprendre.À côté d’elle, Kael n’avait presque pas bougé. Il observait, lui aussi, mais d’une manière différente. Plus froide. Plus précise. Comme quelqu’un qui connaissait déjà les règles et attendait simplement de voir qui allait les briser en premier.— Ne fixe pas trop longtemps les mêmes personnes, dit-il à voix basse sans tourner la tête.Livia esquissa un léger sourire.— Et pourquoi ça ?— Parce qu’ici, ça signifie que tu as compris quelque chose… ou que tu caches quelque chose.Elle détourna légèrement le regard, comme pour illustrer ses paroles.— Et toi, tu regardes qui ?Un léger silence passa.— Ceux qui évitent de me
La soirée tomba lentement, comme si le temps lui-même prenait plaisir à faire durer l’attente. Livia se tenait devant le miroir, immobile, observant son reflet sans vraiment se reconnaître. La robe qu’on lui avait imposée épousait parfaitement sa silhouette, sombre, élégante, presque trop parfaite pour être honnête. Tout, dans cette image, semblait calculé. Maîtrisé. Comme si elle n’était plus qu’un rôle. Ses doigts effleurèrent le tissu, puis s’arrêtèrent. Ce n’était pas elle. Pas vraiment. Mais ce soir, ça n’avait pas d’importance. Elle inspira lentement, puis détourna les yeux du miroir. Ce n’était pas le moment de douter. Pas maintenant. Un léger bruit derrière elle. — On y va. Elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir que c’était lui. Kael. Sa présence remplissait la pièce avant même qu’il ne parle. Livia pivota lentement. Son regard croisa immédiatement le sien. Un silence s’installa, court mais chargé. Il la détailla, sans gêne, sans précipitation. — Ça
Le lendemain arriva plus vite que prévu.Livia n’avait presque pas dormi. Pas vraiment. Elle avait passé la nuit à observer le plafond, à rejouer chaque mot, chaque regard, chaque détail. Tout semblait calculé. Tout sauf elle. Et c’était précisément ce qui la dérangeait.Un léger bruit contre la porte la tira de ses pensées.— Entre.La porte s’ouvrit sans hésitation. Une femme entra, suivie de deux autres. Elles portaient des vêtements soigneusement pliés, des boîtes, des accessoires. Tout était organisé, silencieux, presque mécanique.— Monsieur Kael vous attend dans une heure, dit la première d’une voix neutre.Livia fronça légèrement les sourcils.— Pour quoi faire ?— Il souhaite vous voir.Pas d’explication. Bien sûr.Elle laissa passer un silence, puis hocha légèrement la tête.— Très bien.Les femmes déposèrent les affaires sur le lit. Robes, chaussures, bijoux. Tout semblait choisi avec une précision dérangeante. Comme si quelqu’un avait anticipé ce qu’elle devait devenir.—
Le silence de la pièce ne se brisa pas immédiatement après ses mots. Il changea simplement de nature, devenant plus dense, presque pesant. Livia resta immobile au centre de la chambre, incapable de bouger comme si quelque chose en elle s’était figé. Curieux de toi. La phrase tournait encore dans
Le silence qui suivit la proposition n’avait rien d’un accord. Il était chargé, dense, presque palpable. Livia n’avait pas détourné les yeux de Kael, et lui non plus. Viktor, lui, semblait observer la scène comme un spectateur déjà convaincu de la fin.— Parfait, finit-il par dire simplement.Comme
Le silence de l’appartement n’avait rien de paisible. Il pesait. Il s’accrochait aux murs, aux meubles, à chaque objet laissé derrière elle comme un rappel constant que rien n’était normal. Livia n’avait pas bougé depuis le départ de Viktor. Le temps s’était étiré, lentement, presque cruell
Livia n’avait pas dormi. Ou peut-être qu’elle avait fermé les yeux quelques minutes, sans vraiment s’en rendre compte. Le genre de sommeil qui ne repose pas, qui n’efface rien, qui laisse les pensées tourner encore plus fort. Le dossier était resté ouvert sur la table. Comme une preuve. Comme







