LOGINLe silence de la pièce ne se brisa pas immédiatement après ses mots. Il changea simplement de nature, devenant plus dense, presque pesant.
Livia resta immobile au centre de la chambre, incapable de bouger comme si quelque chose en elle s’était figé. Curieux de toi. La phrase tournait encore dans son esprit, insistante, dérangeante. Elle aurait dû répondre, couper court, reprendre le contrôle, mais rien ne venait. Parce qu’au fond, elle ne savait pas quoi répondre à ça. Kael, lui, ne sembla pas troublé par son silence. Il l’observa quelques secondes de plus, comme s’il attendait quelque chose de précis, puis se redressa légèrement. — Tu devrais te reposer. Sa voix était redevenue neutre, comme si rien ne s’était passé. Livia cligna des yeux. — Je ne suis pas fatiguée. Un léger silence passa entre eux. — Tu es tendue. — Normal, non ? Il haussa légèrement les épaules, sans la quitter du regard. — Pas forcément. Elle laissa échapper un souffle discret, agacée malgré elle. — Tu trouves ça normal, toi ? Il prit une seconde avant de répondre, comme s’il choisissait ses mots avec soin. — Non. Mais je m’adapte. Ces mots eurent un effet étrange. Ils semblaient simples, mais portaient quelque chose de plus profond, de plus maîtrisé. Livia croisa les bras, cherchant inconsciemment à mettre une distance entre eux. — Tu t’adaptes à quoi exactement ? À épouser une inconnue envoyée par un type qui veut clairement te nuire ? Un léger sourire apparut sur les lèvres de Kael. — Quand tu le dis comme ça, c’est presque inquiétant. — Parce que ça ne l’est pas ? — Si. Il fit quelques pas vers elle, lentement, sans précipitation. — Mais ça veut dire que c’est intéressant. Elle fronça les sourcils. — Tu trouves tout intéressant. — Pas tout. Seulement ce qui est imprévisible. Son regard s’attarda sur elle, précis, presque analytique. — Et tu l’es. Le cœur de Livia accéléra légèrement, sans qu’elle ne comprenne vraiment pourquoi. — Tu ne me connais pas. — Pas encore. La réponse était simple, presque évidente, mais elle laissa une trace. Comme une promesse silencieuse. Livia détourna légèrement le regard, agacée par cette sensation. — Tu parles comme si tout ça était un jeu. — Ça en est un. Elle releva immédiatement les yeux vers lui. — Et tu comptes gagner ? Il marqua une pause, puis répondit calmement : — Je ne perds jamais. Le ton n’avait rien d’arrogant. Il était sûr. Trop sûr. Livia serra légèrement les mâchoires. — On verra. Kael la fixa quelques secondes, puis hocha légèrement la tête. — Oui. On verra. Le silence revint, mais cette fois, il était différent. Plus chargé. Comme un défi lancé sans être formulé. Kael finit par se détourner. — Installe-toi. On parlera du reste plus tard. — Du reste ? — Les règles. Le mot fit immédiatement réagir Livia. — Il y a des règles ? Il s’arrêta à la porte sans se retourner. — Toujours. Et crois-moi… tu vas vouloir les connaître. La porte se referma doucement derrière lui. Livia resta seule. Elle ne bougea pas tout de suite, laissant le silence retomber autour d’elle. Ses yeux parcoururent la pièce, chaque détail, chaque objet parfaitement à sa place. Tout était maîtrisé ici. Tout sauf elle. Lentement, elle se dirigea vers la fenêtre. La ville s’étendait en contrebas, vivante, libre, presque inaccessible. Elle posa sa main contre la vitre froide, cherchant une sensation réelle à laquelle se raccrocher. Elle était entrée ici en pensant suivre un plan, jouer un rôle, garder le contrôle. Mais plus les minutes passaient, plus une évidence s’imposait. Rien n’était simple. Rien n’était maîtrisé. Ni Viktor. Ni Kael. Et surtout pas elle. Son regard se perdit un instant dans les lumières au loin, puis une idée commença à émerger. Discrète, presque imperceptible. Sielle devait jouer, alors elle n’allait pas simplement suivre les règles. Elle allait les comprendre. Les contourner. Les utiliser. Parce qu’au fond, elle n’avait peut-être pas choisi d’entrer dans ce jeu… mais elle pouvait encore décider de la manière dont elle y survivrait. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, à peine visible. Ce n’était plus de la peur. C’était autre chose. Quelque chose de plus froid. Plus lucide. Et sans que personne ne le remarque encore… Livia venait de commencer à jouer.Livia ne quitta pas immédiatement le bureau après leurs derniers échanges. Elle resta quelques secondes immobile, comme si les mots de Kael avaient laissé une empreinte trop nette pour être ignorée. Une clé. Le terme continuait de résonner dans son esprit, dérangeant, imprécis, mais impossible à écarter. Elle finit par sortir sans un mot, refermant doucement la porte derrière elle, puis s’arrêta dans le couloir, seule avec ses pensées. Elle n’avait plus seulement des doutes. Elle avait des éléments. Et plus elle avançait, plus une chose devenait évidente : on lui cachait encore une partie essentielle.Elle ne monta pas dans sa chambre. À la place, elle prit la direction opposée, plus lentement cette fois, observant chaque détail. La maison lui semblait différente depuis la veille. Pas dans son apparence, mais dans ce qu’elle représentait. Ce n’était pas seulement un lieu. C’était un espace contrôlé, organisé, pensé pour contenir autant que pour protéger. Chaque pièce avait une fonctio
La maison était redevenue silencieuse, mais ce n’était pas un silence apaisant. C’était celui qui suit une tension non résolue, celui qui laisse les pensées s’installer trop profondément. Livia n’était pas montée se coucher tout de suite. Elle était restée dans le salon, debout quelques minutes, puis assise sans vraiment s’en rendre compte, les yeux perdus dans le vide. Les événements de la soirée tournaient en boucle dans son esprit, mais un détail revenait sans cesse. L’homme. Sa présence. Son regard. Et surtout… la réaction de Kael.Quelque chose n’avait pas été dit.Et c’était ça, le plus inquiétant.Elle finit par se lever. Lentement. Comme si son corps suivait enfin une décision que son esprit avait déjà prise. Elle n’allait pas attendre. Pas cette fois.Le couloir était plongé dans une lumière tamisée. Tout semblait calme, parfaitement maîtrisé. Trop maîtrisé. Elle avança sans bruit jusqu’à la porte du bureau de Kael. Elle hésita une seconde. Puis frappa.Aucune réponse. Elle p
Livia ne quitta pas la salle immédiatement. Elle resta quelques secondes immobile, les yeux encore posés sur l’endroit où l’homme avait disparu. Quelque chose dans son attitude ne collait pas. Ce n’était pas seulement une menace. C’était plus précis. Plus calculé. Comme s’il savait exactement pourquoi il était venu.— On part, dit Kael.Ce n’était pas une suggestion. Livia tourna légèrement la tête vers lui, mais ne discuta pas. Elle avait déjà compris que ce genre de moment ne laissait pas de place à l’hésitation. Ils quittèrent la salle sans attirer l’attention, ou du moins sans en avoir l’air. Pourtant, elle sentait encore des regards dans leur dos, comme une pression invisible qui ne disparaissait pas.La nuit était plus froide dehors. L’air sembla plus réel, plus respirable, mais la tension ne retomba pas. Elle monta dans la voiture sans un mot. Kael fit de même, puis la portière claqua, isolant le silence à l’intérieur.Pendant quelques secondes, personne ne parla.— Tu l’avais
La musique continuait de résonner autour d’eux, élégante, maîtrisée, presque irréelle. Pourtant, Livia n’en entendait plus vraiment les notes. Son attention s’était fixée ailleurs, sur les regards, les gestes, les silences trop calculés. Tout ici respirait le contrôle, mais aussi la méfiance. Elle le sentait. Elle le voyait. Et surtout, elle commençait à le comprendre.À côté d’elle, Kael n’avait presque pas bougé. Il observait, lui aussi, mais d’une manière différente. Plus froide. Plus précise. Comme quelqu’un qui connaissait déjà les règles et attendait simplement de voir qui allait les briser en premier.— Ne fixe pas trop longtemps les mêmes personnes, dit-il à voix basse sans tourner la tête.Livia esquissa un léger sourire.— Et pourquoi ça ?— Parce qu’ici, ça signifie que tu as compris quelque chose… ou que tu caches quelque chose.Elle détourna légèrement le regard, comme pour illustrer ses paroles.— Et toi, tu regardes qui ?Un léger silence passa.— Ceux qui évitent de me
La soirée tomba lentement, comme si le temps lui-même prenait plaisir à faire durer l’attente. Livia se tenait devant le miroir, immobile, observant son reflet sans vraiment se reconnaître. La robe qu’on lui avait imposée épousait parfaitement sa silhouette, sombre, élégante, presque trop parfaite pour être honnête. Tout, dans cette image, semblait calculé. Maîtrisé. Comme si elle n’était plus qu’un rôle. Ses doigts effleurèrent le tissu, puis s’arrêtèrent. Ce n’était pas elle. Pas vraiment. Mais ce soir, ça n’avait pas d’importance. Elle inspira lentement, puis détourna les yeux du miroir. Ce n’était pas le moment de douter. Pas maintenant. Un léger bruit derrière elle. — On y va. Elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir que c’était lui. Kael. Sa présence remplissait la pièce avant même qu’il ne parle. Livia pivota lentement. Son regard croisa immédiatement le sien. Un silence s’installa, court mais chargé. Il la détailla, sans gêne, sans précipitation. — Ça
Le lendemain arriva plus vite que prévu.Livia n’avait presque pas dormi. Pas vraiment. Elle avait passé la nuit à observer le plafond, à rejouer chaque mot, chaque regard, chaque détail. Tout semblait calculé. Tout sauf elle. Et c’était précisément ce qui la dérangeait.Un léger bruit contre la porte la tira de ses pensées.— Entre.La porte s’ouvrit sans hésitation. Une femme entra, suivie de deux autres. Elles portaient des vêtements soigneusement pliés, des boîtes, des accessoires. Tout était organisé, silencieux, presque mécanique.— Monsieur Kael vous attend dans une heure, dit la première d’une voix neutre.Livia fronça légèrement les sourcils.— Pour quoi faire ?— Il souhaite vous voir.Pas d’explication. Bien sûr.Elle laissa passer un silence, puis hocha légèrement la tête.— Très bien.Les femmes déposèrent les affaires sur le lit. Robes, chaussures, bijoux. Tout semblait choisi avec une précision dérangeante. Comme si quelqu’un avait anticipé ce qu’elle devait devenir.—







