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| Tu n’as pas le choix

Author: Alissia
last update publish date: 2026-03-21 21:15:47

Livia n’avait pas dormi.

Ou peut-être qu’elle avait fermé les yeux quelques minutes, sans vraiment s’en rendre compte. Le genre de sommeil qui ne repose pas, qui n’efface rien, qui laisse les pensées tourner encore plus fort.

Le dossier était resté ouvert sur la table.

Comme une preuve. Comme une condamnation.

Elle était assise en face depuis des heures, les jambes repliées contre elle, le regard fixé sur les pages sans vraiment les lire. Chaque fois qu’elle essayait de se convaincre que tout ça n’était qu’une erreur, ses yeux retombaient sur le nom de sa mère.

Encore et encore.

— Tu comptes rester comme ça longtemps ?

La voix de Viktor brisa le silence sans prévenir.

Livia releva la tête. Elle ne l’avait même pas entendu entrer.

Il était appuyé contre le mur, parfaitement à l’aise, comme s’il était chez lui. Comme si cet endroit lui appartenait. Comme si elle lui appartenait déjà un peu.

— J’attends toujours de comprendre pourquoi vous pensez que ça me concerne, dit-elle, la voix sèche.

Il esquissa un léger sourire.

— Tu comprends très bien.

— Non.

Il s’approcha lentement, sans jamais la quitter des yeux.

— Alors je vais simplifier.

Il posa une main sur le dossier, refermant doucement les pages.

Le bruit sec du carton résonna dans la pièce.

— Ta mère nous devait une dette.

— Elle est morte.

— Et toi, tu es en vie.

Le silence retomba. Plus lourd cette fois.

Livia sentit quelque chose se crisper en elle.

— Je ne lui dois rien.

— Tu lui dois tout.

Ses mots tombèrent sans émotion. Sans hésitation.

Comme une évidence.

— Tu crois vraiment que tu serais là aujourd’hui si ce n’était pas pour nous ?

Son cœur accéléra malgré elle.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Viktor la fixa quelques secondes, comme s’il hésitait à aller plus loin. Puis il haussa légèrement les épaules.

— Rien que tu n’as besoin de savoir pour l’instant.

Cette phrase, plus que tout le reste, lui donna envie de le frapper.

— Alors arrêtez de parler comme si j’étais impliquée dans vos histoires.

Il la regarda, presque amusé.

— Tu es déjà impliquée.

Un silence.

Puis il ajouta, plus doucement :

— Tu l’as toujours été.

Livia se leva brusquement.

— Non.

Elle recula d’un pas, puis d’un autre.

— Non, je ne fais pas partie de votre… de votre truc.

Elle secoua la tête, comme pour chasser ses propres mots.

— Trouvez quelqu’un d’autre.

Viktor ne bougea pas.

— Ce n’est pas une proposition.

Elle sentit sa respiration se bloquer.

— Alors c’est quoi ?

Il s’approcha encore. Trop près.

— Une décision.

Livia soutint son regard, refusant de céder.

— Et si je refuse ?

Le silence s’étira..Pesant.

Puis Viktor sortit lentement son téléphone.

Il fit défiler quelque chose, avant de lui tendre l’écran.

— Regarde.

Livia hésita une seconde avant de prendre l’appareil.

Ses yeux parcoururent l’écran. Puis son sang se glaça.

— Qu’est-ce que c’est que ça… ?

Sa voix n’était plus qu’un souffle.

Des photos d’elle, plus jeune.

À l’école, dans la rue, chez elle.

Des moments volés. Observés.

Conservés.

— Vous me surveillez depuis combien de temps ?

Elle releva brusquement les yeux.

Viktor ne répondit pas tout de suite.

— Depuis assez longtemps pour savoir que tu ne refuseras pas.

Elle sentit sa gorge se serrer.

— Vous êtes complètement malade.

— Peut-être.

Il récupéra son téléphone.

— Mais efficace.

Le silence retomba.

Livia sentit quelque chose se fissurer en elle. Pas de peur. Pas encore.

Quelque chose de plus profond. Une perte de contrôle.

— Qu’est-ce que vous voulez ?

Sa voix était plus basse maintenant.

Plus froide.

Viktor la fixa.

Comme s’il attendait ce moment depuis le début.

Puis il parla.

— Tu vas épouser un homme.

Les mots mirent une seconde à faire leur chemin.

— Pardon ?

— Tu vas entrer dans sa vie. Gagner sa confiance. Devenir indispensable.

Chaque phrase s’enfonçait un peu plus.

— Et ensuite…

Il marqua une pause.

Ses yeux s’ancrèrent dans les siens.

— Tu vas le trahir.

Le cœur de Livia battait trop vite.

— Non.

Le mot sortit immédiatement. Instinctivement.

— Non.

Elle recula.

— Vous êtes complètement fou.

— Possible.

— Je ne vais épouser personne pour vous.

— Tu ne le fais pas pour moi.

Il s’approcha encore.

— Tu le fais pour survivre.

Le silence devint assourdissant.

Livia secoua la tête.

— Vous ne pouvez pas m’obliger.

Un léger sourire étira ses lèvres.

— Regarde-moi.

Elle le fixa.

— Je peux tout t’obliger.

Ses mots ne sonnèrent pas comme une menace, mais comme une réalité.

Et c’était ça, le pire.

— Qui c’est ?

Sa voix était presque inaudible.

Viktor sembla satisfait.

— Il s’appelle Kael.

Le nom resta suspendu dans l’air.

— Et pourquoi lui ?

Viktor inclina légèrement la tête.

— Parce qu’il est un problème.

— Et vous voulez que je le résolve ?

— Exactement.

Livia resta silencieuse.

Son esprit tournait trop vite.

— Et si je refuse encore ?

Cette fois, Viktor ne sourit pas.

— Alors tu perdras beaucoup plus qu’un simple choix.

Il s’approcha une dernière fois.

Puis murmura, tout près de son oreille :

— Tu penses que ta vie t’appartient encore ?

Il recula. Calme, imperturbable.

— Tu as jusqu’à demain.

Il se dirigea vers la porte.

— Après ça…

Sa main se posa sur la poignée.

— Je déciderai pour toi.

La porte se referma.

Et le silence revint.

Livia resta immobile. Longtemps, trop longtemps.

Puis lentement… Elle se laissa tomber sur la chaise.

Son regard glissa vers le dossier fermé.

Mais toujours là.

Toujours réel.

Elle inspira profondément. Puis ferma les yeux.

Et pour la première fois depuis le début…

Une pensée claire traversa son esprit.

Pas de fuite, pas de refus, pas d’illusion.

Juste une vérité.

Elle était déjà coincée.

Et au fond d’elle… Quelque chose venait de changer. Pas brisé.

Non.

Quelque chose venait de s’éveiller.

Et cette fois… Ce n’était pas de la peur.

C’était pire.

C’était de la lucidité.

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