로그인Une larme coule. Elle atteint son pouce, à la commissure de mes lèvres. Son pouce y reste. Il essuie la larme. Il ne l'essuie pas , il l'étale, doucement, sur ma lèvre inférieure, comme une pommade. Je ferme les yeux. — Un jour, dit-il, tu me remercieras autrement. Il retire sa main. Il tourne les talons. Il ramasse son manteau. Il monte l'escalier. Je reste seule dans le vestibule. La lumière blanche tombe sur mes épaules. Le silence est complet. Je porte la main à ma joue, à l'endroit où était la sienne. Ma peau y est brûlante. Je porte le doigt , l'index, celui qu'il a sucé , à ma bouche. Je pose la pulpe sur ma langue. Elle a le goût de lui. Et ce goût, je ne sais pas encore comment je le sais, mais je le sais : ce goût, je ne l'oublierai plus. Lorenzo Deux jour
Je tremble comme une feuille, en réalité. Mais pour une raison qui n'a rien à voir avec le collier. Madame Fiore hoche la tête. Elle range le collier dans le sachet de velours violet. — Je continue les fouilles, alors. — Non. La fouille est finie. Personne d'autre n'a pris ce collier. Ce collier a été mis dans la poche d'Aurora par une personne qui n'est plus au service de cette maison depuis vingt-quatre heures. Il ne prononce pas le nom de Bianca. Il n'a pas besoin. Il regarde Madame Fiore. Madame Fiore hoche la tête, gravement. — Bien, Monsieur. — Renvoyez tout le monde. Aurora reste avec moi. Les domestiques se dispersent. Le majordome lâche mon bras. Les valets s'éloignent en jetant vers moi des regards que je ne sais pas déchiffrer — de la pitié, de la curiosité, de l'envie. Je ne sais plus. Il
Quelque chose de lourd. Quelque chose de métallique, avec des pierres. Je retire la main comme si je m'étais brûlée. Mon visage se vide de tout son sang. Je le sens. Je sens le froid monter de la nuque jusqu'aux tempes. Je porte les deux mains à ma bouche. Madame Fiore s'avance. Elle plonge la main dans ma poche. Elle en sort le collier. Trois rangs d'émeraudes vertes, montées sur or blanc. Un objet obscène de richesse au milieu de la robe grise d'une femme de chambre. Un cri collectif étouffé traverse le vestibule. Une des femmes de chambre porte la main à sa bouche. Le jardinier détourne le regard. Le cuisinier me fixe, incrédule. — Je… Je n'ai jamais… — Aurora. Madame Fiore me regarde. Ses yeux sont durs. Mais quelque chose y passe — une fraction de seconde de doute. Elle m'aime bien, je crois. Elle ne comprend pas. — Aurora, comment ce collier est-il arrivé dans votre poche ? — Je ne sais pas. Je vous jure. Je vous jure sur ma mère. Je vous jure sur… — Sur Dieu ? — Su
Elle porte les deux mains à ses oreilles. Comme un enfant. Je me lève. Je m'approche. Elle se recroqueville dans le fauteuil. Je m'accroupis devant elle. Je ne la touche pas. Mais je suis là, à trente centimètres de son visage. Je baisse la voix. — Aurora. Écoute-moi bien. Il y a des choses qu'il aime. Je vais te les dire. Tu en feras ce que tu voudras. Il aime qu'on lui lèche les couilles. Il aime qu'on aille chercher, avec la langue, l'endroit derrière. Il aime qu'on prenne son sexe dans la bouche et qu'on le regarde en même temps. Il aime être griffé dans le dos. Il aime, quand il finit, qu'on avale. Toujours. Sans grimacer. — Je vous en prie. Elle pleure. Elle pleure vraiment. Ses épaules tressautent. — Je te dis cela, ma petite, pour que tu saches. Le jour où tu iras dans son lit — et tu iras, ne me réponds pas, tu iras —, tu seras en face d'un homme qui aura eu, avant toi, mille femmes qui savaient tout cela. Mille femmes qui savaient comment lui prendre le sexe dans la b
Elle rougit. Ce n'est pas une rougeur ordinaire — elle rougit par plaques, en montant du cou vers les joues. — Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. — Si. Tu comprends. Ne fais pas cette tête. Tout le monde ici comprend. Les domestiques rient de toi dans les cuisines. Le jardinier a un pari en cours avec le cuisinier sur la date à laquelle Lorenzo t'aura mise dans son lit. Le jardinier a misé sur mardi prochain. Le cuisinier sur la fin du mois. Ils comptent sur ta pudeur pour tenir jusqu'à la fin du mois. Ils vont être déçus. — Ce n'est pas vrai. — Quoi ? Le pari ? Il est bien vrai. Je viens de le vérifier. — Il ne me touchera pas. Je ris. Je ris fort. C'est un rire de gorge, un rire long, un rire qui sort tout seul, tellement il me monte à la bouche. — Il ne te touchera pas ? Ma petite. Ma pauvre petite. Il t'a déjà touchée. Il te touche depuis le premier jour. Peut-être qu'il n'a pas encore posé la main sur ton sexe, mais il t'a déjà touchée partout. Il t'a touchée av
Je pense et cette pensée me fait horreur, mais elle vient, elle vient à toute vitesse et je ne peux pas la refouler — je pense à Lorenzo, à genoux entre mes cuisses écartées, sa bouche sur mon lotus, sa langue faisant ce que la femme dans la vidéo faisait crier. L'image est si nette qu'elle me coupe le souffle. Je porte la main à mon ventre. Mon ventre est lourd. Il tire vers le bas comme si on y avait mis une pierre. Mais une pierre chaude, une pierre vivante, une pierre qui palpite.Je serre les cuisses. Je gémis à voix basse. Un tout petit gémissement, comme celui d'hier soir. Un gémissement qui vient de moi et qui me fait honte.J'entends un bruit.Un pas.Sur le parquet, à l'entrée de la bibliothèque.Un pas d'homme.Je me fige. Je ne respire plus. Je suis assise par terre, cachée par l'armoire vitrée qui fait un angle avec le mur. On ne peut pas me voir de la porte. Mais si l'homme entre, s'il fait le tour, il me trouvera.







