MasukAurora
Il est vingt-deux heures. Je suis dans ma chambre. Je me prépare. Ce n'est pas une préparation classique. Je ne me maquille pas. Je ne mets pas de robe. Je me lave — un bain long, très chaud, dans lequel je verse une petite fiole d'huile parfumée que Madame Fiore a fait porter dans ma chambre en fin d'après-midi, avec un mot : pour ce soir, ma petite. Que Dieu vous bénisse tous les deux. Comment sait-elle ? Je ne sais pas. Elle sait tArthus Cette nuit-là, je ne veux pas dormir. Je veux la garder. La sentir. L'aimer. La nuit a été longue. La soirée a été éprouvante. Mais nous sommes rentrés. Ensemble. Victorieux. Et maintenant, je veux la récompense. Je veux elle. Nous montons dans ma chambre. La chambre que je lui ai ouverte il y a des mois. La chambre qui est devenue la nôtre. Je ferme la porte à clé. Je me retourne. Elle est là. Debout devant la fenêtre. La lune éclaire son visage, ses épaules, sa robe vert émeraude. Elle est belle. D'une beauté qui me coupe le souffle. D'une beauté qui me fait mal. — Vous êtes belle. — Vous me l'avez déjà dit. — Je vous le dirai encore. Toute la nuit. Toute la vie. Jusqu'à ce que vous me croyiez. Je m'approche. Lentement. Je pose mes mains sur ses épaules. Je sens sa peau tiède sous mes doigts. Je fais glisser la fermeture de sa robe. Le tissu s'ouvre. La robe tombe. Elle est nue. Nue devant moi. Nue pour moi. Je la regarde. Longuement. Je regarde chaque parcelle de so
Béatrice de Montclair. La mère d'Arthus. Une femme grande, mince, élégante, avec des cheveux blancs relevés en un chignon sévère et des yeux gris glacials. Elle porte une robe de velours noir, des bijoux de diamant, un parfum capiteux. Elle s'approche de nous, un sourire aux lèvres. Un sourire qui ne monte pas jusqu'aux yeux. Un sourire de serpent. — Arthus. Mon fils. — Mère. Elle ne m'embrasse pas. Elle ne me regarde même pas. Elle parle à Arthus comme si je n'étais pas là. Comme si j'étais invisible. Comme si j'étais un meuble, une potiche, une chose. — Je suis surprise de te voir ici. Avec... elle. — Elle s'appelle Élise. Et elle est avec moi. — Je vois. Elle tourne enfin la tête vers moi. Son regard me transperce. Un regard froid, méprisant, cruel. Un regard qui m'évalue, qui me juge, qui me condamne. — Ainsi, c'est vous. La servante qui a ensorcelé mon fils. — Je ne l'ai pas ensorcelé, madame. Je l'aime. Et il m'aime. — L'amour. Quelle jolie notion. Vous croyez vraiment
Élise La soirée de gala a lieu au domaine des Beaumont, à une heure de route du manoir. C'est une invitation que nous ne pouvions pas refuser. Un bal de charité organisé par la haute société locale, où se pressent les familles les plus influentes de la région. Les Montclair, les Beaumont, les Rochefort, les La Tour d'Auvergne. Toute cette aristocratie provinciale qui se cramponne à ses titres, à ses terres, à ses privilèges, comme si le monde n'avait pas changé depuis deux siècles. Arthus m'a prévenue une semaine à l'avance. Il m'a dit que nous y irions ensemble. En public. Pour la première fois. Devant tous ceux qui, depuis des semaines, chuchotent sur notre compte, qui se moquent, qui jugent, qui condamnent. — Vous êtes sûre ? m'a-t-il demandé, la veille, alors que nous étions allongés dans son lit, nos corps encore luisants de sueur, nos souffles mêlés. — Plus que sûre. — Ils seront là. Béatrice. Camille. Toute la vieille garde. Ils ne vous épargneront pas. Ils vous humiliero
Le silence retombe. Les larmes coulent. Je ne les essuie pas. Je les laisse me purifier. Me libérer. Me laver de trois ans de culpabilité. — Je vous aime, Élise. Je vous aime plus que tout. Je vous aime plus que je n'aurais cru possible. Je vous aime d'un amour qui me terrifie et qui me libère. Je vous aime. Elle se penche. Elle m'embrasse. Doucement. Tendrement. Comme une promesse. Comme un pardon. Comme une absolution. — Je vous aime, Arthus. Je vous aime. Nous restons là. Agenouillés dans le jardin des rosiers. Entourés de fleurs d'hiver. De fleurs fragiles. De fleurs qui défient le froid. De fleurs qui s'obstinent à vivre. Comme nous. Comme notre amour. — Je voudrais vous montrer quelque chose, dis-je. — Quoi ? Je me lève. Je l'emmène vers un coin du jardin, caché derrière une haie taillée. Là, dans un enclos de pierre, pousse un rosier unique. Un rosier ancien, aux fleurs pourpres, qui embaument l'air de leur parfum capiteux. — C'est le rosier de ma mère. Elle l'a planté
Il me regarde. Longtemps. Le silence est lourd. Chargé. Électrique. Puis il m'embrasse. Voracement. Désespérément. Comme s'il avait peur de me perdre. Comme s'il voulait me marquer. Me posséder. M'appartenir. — Pardonne-moi. — Vous êtes jaloux. — Oui. — C'est stupide. — Je sais. — Je ne suis pas à Thomas. Je ne suis pas à vous. Je suis à moi. — Je sais. Pardonne-moi. — Mais je vous aime. Il se fige. Il me regarde. Ses yeux s'adoucissent. La colère laisse place à la tendresse. — Tu m'aimes ? — Oui. Je vous aime. Mais si vous me traitez encore une fois comme un objet, je partirai. Et cette fois, je ne reviendrai pas. Il me serre contre lui. Il pose sa tête dans mon cou. Il murmure des excuses. Des promesses. Des mots d'amour. Je le laisse faire. Je le laisse se rependre. Je le laisse m'aimer. Puis je le repousse. Doucement. Je le regarde dans les yeux. — Maintenant, prouvez-moi que je vous appartiens. — Comment ? — En me prenant. Ici. Maintenant. Contre cette porte. Il
Élise Thomas arrive au manoir un après-midi de décembre. Le ciel est bas, gris, chargé de neige. Le vent souffle en rafales, faisant claquer les volets et gémir les girouettes. Je suis dans la cuisine, en train de préparer une soupe pour le dîner, quand j'entends frapper à la porte de service. Trois coups hésitants, presque timides. J'essuie mes mains sur mon tablier, je traverse le couloir, j'ouvre. Et je le vois. Thomas. Debout sur le perron, les épaules couvertes de neige, les mains enfoncées dans les poches de son manteau élimé. Il a maigri. Il a vieilli. Ses yeux sont cernés, ses joues creuses, ses cheveux plus gris qu'avant. Mais son sourire est le même. Ce sourire timide, doux, un peu triste, qui m'a toujours serré le cœur. — Élise. — Thomas. Qu'est-ce que tu fais ici ? — Je voulais te voir. Je n'ai pas pu m'en empêcher. Je pensais à toi. Tous les jours. Toutes les nuits. Je n'arrive pas à t'oublier. Je soupire. Je sens la culpabilité m'envahir, lourde, écrasante. Thom







